Équipe de France

Paul Pogba, les diagonales du fou (2/2)

Vainqueur de la Ligue Europa avec Manchester United, l’ami Paul n’a pas perdu son temps pour sa première saison sous les ordres de José Mourinho. Pourtant, pour certains, ce n’est pas encore ça. Vraiment ? De « Pogboom » à Pogba, on a essayé de crever l’abcès.

Son impact dans le jeu des Bleus
« Pogboom » est un chouchou d’Old Trafford. Ses grands compas, ses crochets courts, ses feintes de corps comme ses grands ponts, les fans d’United en raffolent, comme ils adorent cette gueule de star, cette façon qu’il a de communiquer, entre les good wibes qu’il envoie, les bras écartés et le regard qui tue. En fait, les interrogations qu’il suscite encore proviennent surtout de France, où l’on attend qu’il prenne pour de bon les rênes du jeu en bleu. Qu’il n’alterne plus le très bon et le moyen. Des attentes d’autant plus vivaces que l’équipe de France se fait rare.
Entre les matches de qualification, les amicaux et ceux qu’il a manqués pour blessure, comme au mois de mars, Paul, qui affiche déjà 47 sélections au compteur (!), n’a pas vu les Bleus de novembre à juin. Les attentes se gonflent toujours dans le temps qui s’étire. En Bleu, on a envie de le voir magnifique, tout le temps. Oui mais derrière les attentes se cachent les consignes, les schémas, les orientations de départ. On se souvient de la première mi-temps de France-Irlande, dans la touffeur de Lyon, en huitièmes de finale de l’Euro.
Souviens-toi, l’été dernier : Blaise à droite pour donner à Paul la liberté d’évoluer à gauche. Ça n’a duré qu’une mi-temps. Un vrai fiasco. Matuidi était perdu et c’est tout le milieu qui avait perdu le fil. Aux côtés de N’Golo Kanté, qui rafistole, nettoie, lessive tout et son contraire devant la défense (remember France-Angleterre il y a quelques jours, en seconde période, à 10 contre 11 par exemple… Tiens, France-Angleterre, un Pogba plutôt magnifique, non ?), il se situe plus haut sur le terrain et il est aussi plus libre dans sa tête. Comme délesté d’un poids défensif.
Bien sûr, nous ne sommes pas ici en train de condamner Matuidi. Ce serait injuste, débile, voire les deux. Mais le constat est là. Dans la lignée de sa progression à Manchester, c’est-à-dire plus haut sur le terrain, le gaillard se sent plus à l’aise. Face au jeu, il peut distiller la passe qui casse les lignes, soit au sol (sur le but d’Ousmane Dembélé, c’est lui qui touche Kylian Mbappé, à l’avant-dernière passe), soit dans les airs, où son jeu long fait toujours des merveilles. Là, il n’y a pas débat.

« Le meilleur du monde » selon José Mourinho
« Pour moi, l’étiquette, le prix collé sur son dos avec son transfert a constitué un problème. J’espère que ce le sera moins à partir de cet été, qu’il ne sera plus le plus gros transfert et que la pression ira sur quelqu’un d’autre. Mais tout le monde attendait des performances en lien avec l’incroyable montant de la transaction, ça entraîne de la pression et des analyses qui ne sont pas toujours justes. Paul a réalisé de bons matches, de très bons matches. Il s’est toujours sacrifié pour l’équipe. Il a fait de petits matches où ses performances n’étaient pas très bonnes mais reflétaient aussi celles de l’équipe. Quand l’équipe était très bonne, il était très bon. Quand l’équipe n’était pas très bonne, il n’était pas très bon. Je pense donc que les jugements à son égard sont un peu disproportionnés. Comme milieu de terrain, je n’aime pas parler de meilleur du monde. On ne dit pas le meilleur joueur du monde pour un gardien. Le meilleur du monde est toujours celui qui marque des buts et je trouve ça un peu injuste. Quand je pense milieu de terrain, pour moi, Paul est le meilleur. Je ne vois pas un autre joueur qui a autant de qualités que lui. Le physique, l’intelligence. Il est très agile avec ce grand corps. Il est bon dans le secteur défensif et le secteur offensif. Je crois qu’il a tout. » Et si le Mister Mourinho avait tout dit ?

Tableau noir
Dans un 4-2-3-1 à double sentinelle, le duo doit toujours se partager les tâches. L’un est plutôt recentré sur le coup d’œil latéral et le rappel des troupes, quand l’autre cherche les grands espaces et le lancement des offensives. Le duo Matuidi-Pogba en équipe de France, dans ce schéma-là, rassemble deux joueurs qui adorent se projeter vers l’avant et qui savent gratter les ballons. L’entente et la coordination sont souvent au rendez-vous, ce n’est pas l’organisation qui est ici remise en cause mais plutôt ses conséquences.
Car à se partager les tâches, c’est un peu comme si les deux purs-sangs (c’est aussi vrai pour Matuidi d’ailleurs, qui ne se projette pas autant en bleu qu’au PSG avec un Thiago Motta derrière lui) étaient bridés. Pas vraiment à fond dans l’exploitation offensive et la projection. Toujours ce petit frein à main qui trotte. Dans le jargon professionnel du coach, on appelle ça « mettre les sécurités ». Mais les sécurités éloignent Paul Pogba des deux zones de vérité. Il se cantonne trop dans cette zone franche autour de la ligne médiane.
Il est milieu. C’est vrai. Mais il se fond un peu dans le décor, là. Or, Paul Pogba n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il se sent libre. Que José Mourinho lui ait répété ces mots-là en début de saison n’est sûrement pas anodin. En 4-3-3, on reprend volontiers l’exemple de France-Angleterre et la présence de N’Golo Kanté en pointe basse du triangle. Là, « la Pioche » est redevenue « la Pioche », « Pogboom », comme ils disent à MU, gratifiant le public de transversales du gauche, de transversales du droit mais aussi de gestes techniques et de prises de balle bluffantes. Pas un autre homme mais presque un autre joueur.

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