Équipe de France

Paul Pogba, le divin enfant

C’est le plus doué de la nouvelle génération, surtout s’il ne se perd pas en route. Lui n’a aucun doute sur le programme à venir qu’il a déjà visualisé dans sa tête. Il sera le meilleur. Parole de Paul Pogba.

Pour savoir à qui l’on a affaire, avec Paul Pogba, il faut replonger en Seine-et-Marne, là où il a grandi, là où il a commencé à se construire. Au milieu des barres de HLM mais avec, au fond de sa tête, l’envie nettement prononcée de sortir de ce cadre. Parce que le môme avait déjà une énorme personnalité. Une si forte personnalité qu’il ne faudra jamais l’oublier, durant son parcours hors normes. Il a vite fait, dans sa tronche, de dépasser la frontière des banlieues.
Il était, chez les jeunes, le meilleur de son club, en Seine-et-Marne. Il n’a à aucun moment douté qu’il serait le plus doué aux échelons supérieurs. Cette force l’a toujours mené. Aussi incroyable que cela puisse paraître. C’est ainsi, sans aucun complexe, que le gamin a débarqué au Havre. Il avait tout juste 13 ans, le short à peine ajusté, les crampons tout juste aux pieds. Et il s’est pointé, là-bas, nature et sûr de son fait.
Trois ans plus tard, malgré les envies normandes de ne pas lâcher cet incroyable talent, il fait son baluchon, dans le bruit et la fureur (le HAC a tenté de faire annuler l’opération), direction Manchester United, sans plus de remords. Un el dorado ? Cela pourrait y ressembler mais ce n’est pas le cas. Pas forcément.
Au bout de trois saisons chez les Mancuniens, alors que l’entraîneur multi-titré d’United, Alex Ferguson himself, tente de le retenir, le gamin, admirable roi du contre-pied et dont les fulgurances s’apprêtent à en anesthésier quelques-uns, prend la tangente. « Fergie » tente de l’amadouer : « Tu es à deux doigts de rejoindre l’équipe première », avance-t-il. L’impertinent lui répond : « Deux doigts, c’est un bras. »
Pourtant, le môme avait apprécié l’environnement très rouge, très Red Devil de la maison. « Oui, assure l’intéressé, quand tu as la chance de côtoyer et de faire des passes à des messieurs comme Paul Scholes, Ryan Giggs, Wayne Rooney et quelques autres, ça te marque, forcément. Mais je voulais davantage de confiance, pas de la part de ces joueurs géniaux mais de l’encadrement. » Vous avez dit « forte personnalité » ? On va continuer d’y revenir.
En fin de contrat, donc, Paul refuse de prolonger et force la porte de sortie. Il rejoint la Juventus Turin où il va, malgré son jeune âge – 19 ans quand il a débarqué dans le Piémont -, rapidement s’imposer comme un incontournable dans le système mis en place par Antonio Conte d’abord. Et dans celui mijoté par Massimiliano Allegri ensuite. Il devient celui qui fait mieux jouer les autres, une sorte de mec plus ultra.
Quatre titres de champion consécutifs plus tard, une Coupe d’Italie, deux Supercoupes d’Italie et une finale de la Ligue des champions (perdue) n’ont pas étanché sa soif de succès. « Non, les quatre Scudetti avec la Juve ne me suffisent pas. Je veux écrire l’histoire. Je ne travaille pas pour être le plus aimé mais le plus fort. » Sûr de son fait et de sa destinée, le bonhomme annonce, dans cette logique qui le caractérise, des lendemains encore meilleurs. Et comme il a les moyens de ses (énormes) ambitions…
Il s’est récemment épanché, dans le quotidien romain « La Repubblica », sur ses rêves d’éternité. Attention, âmes sensibles, s’abstenir, c’est du Pogba grandeur nature et ça décoiffe, au moins autant que les plus improbables de ses crêtes : « Je ne prétends pas que je suis le plus fort mais je veux le devenir. C’est pour ça que je travaille. Mon souhait est d’atteindre la perfection. Il n’y en a jamais assez pour moi. J’ai toujours été comme ça. Les gens vont peut-être penser que je suis fou mais dans ma tête, c’est clair, je veux m’imposer comme le plus grand milieu de l’histoire. Celui qui est capable de tout et au plus haut niveau. De tirer, de dribbler, de marquer et de défendre. De tout faire, quoi. »
Comme notre gourmand n’en est pas à une friandise près, il n’hésite pas à rajouter une couche, vaguement sucrée : « Je ne mentirai pas. Mon souhait est de devenir une légende du foot, claironne-t-il. Oui, quelqu’un meilleur que Pelé ou Diego Maradona ! Ce n’est pas le cas, aujourd’hui, je le sais, mais il s’agit de mon objectif. »
Qu’on le comprenne bien : ce mec, champion du monde des U20, n’a peur de rien ni de personne. Toujours guidé par son instinct, il est persuadé de pouvoir atteindre les cieux. A-t-on le droit de lui en faire le reproche ? On ne le pense pas. Ce type a tellement de qualités dans les pattes et d’envies dans la tête qu’il doit tutoyer le meilleur. Et le meilleur, le concernant, est forcément à venir. « L’Euro, salive-t-il, tout le groupe en rêve et c’est tous ensemble qu’on va aller le chercher, ce trophée. Je sens que nous sommes portés par une force indestructible. On s’avance pour le remporter. »
C’est vrai qu’avec le talent de l’anguille ou, si l’on préfère, de Paul le Poulpe, l’équipe de France, même défroquée par quelques absences, ne manque pas d’arguments. Qui en doute vraiment ? Certainement pas le principal intéressé qui assène encore de toutes ses forces les certitudes qui l’habitent : « Je ne ressens aucune pression à l’idée de jouer le tournoi à domicile. Cet Euro en France, cela me rappelle la Coupe du monde 1998. J’étais un gamin de 5 ans à l’époque. Les images qu’il m’en reste, ce sont des flashes. Le carton rouge de Zinédine Zidane contre l’Arabie Saoudite, les buts de Brian Laudrup, Dennis Bergkamp ou Ronaldo. Et puis ce doublé de Lilian Thuram, que j’ai adoré mais dont je n’ai jamais compris la célébration. Enfin, la finale. On est tous sortis comme des fous dans la rue après la victoire. »
Cette histoire ne lui appartient pas, la prochaine pourrait rapidement débarquer dans son domaine privé. Avec cette patte droite chirurgicale – la gauche n’est pas maladroite non plus – qui peut causer tant de naufrages. Avec ses inspirations, susceptibles de déstabiliser et de transpercer la plus imperméable des défenses. Avec, quand il n’abuse pas de sa facilité balle au pied, ses coups de génie. « Il est exceptionnel, estime Luis Fernandez. Il s’agit d’un gars capable de prendre le jeu à son compte, de marquer, de tirer, aussi, un groupe vers le haut. Match après match, il prend une dimension énorme. Pour moi, il a le potentiel pour s’imposer comme un véritable leader en équipe de France. »
Une idée dont on est à peu près convaincus qu’elle a déjà trotté dans la tête de l’insatiable Monsieur Paul.

PROFIL
Milieu relayeur
Né le 15 mars 1993 à Lagny-sur-Marne
23 ans
1,91 m, 80 kg
Club : Juventus Turin (ITA)

VISA
29 sélections, 5 buts
Première sélection : le 22 mars 2013 à Saint-Denis, France-Géorgie 3-1 (qualifications pour la Coupe du monde)
Sélectionneur : Didier Deschamps
Expérience à l’Euro : 0 match
SA SAISON INTERNATIONALE 2015-16 : 7 matches, 517 minutes jouées
SITUATION PERSONNELLE
Sous contrat jusqu’en juin 2019. La Juve n’a absolument pas envie de lâcher sa perle et veut même lui proposer une prolongation de son bail avec une revalorisation salariale. Maintenant, si les chiffres atteignent, comme on peut l’imaginer, des altitudes vertigineuses (le Real Madrid, les deux Manchester et Chelsea, entre autres, restent à l’affût), la « Vieille Dame » aura-t-elle les moyens de rester campée sur ses positions ?

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