Étranger

Oscar, le marathon man dont raffole José Mourinho

Arrivé presque dans l’anonymat à Chelsea à l’été 2012, Oscar n’a pas fait beaucoup de bruit depuis. Sur le terrain en revanche, ce n’est pas la même chanson. Essayez de suivre le n°10 qui court comme un Kényan.

Il faut mettre un « S » à quatre-vingts lorsqu’il n’y a pas d’unité derrière. La spécificité orthographique vaut aussi pour lui. A l’occasion de la finale de la Coupe des Confédérations (3-0 contre l’Espagne), Oscar a disputé son quatre-vingtième match de la saison 2012-13. Ne cherchez pas, il n’y a pas d’équivalent. Personne n’a fait mieux ni même aussi bien. A l’échelle d’une saison de footballeur pro, que l’on peut étaler d’août à la fin juin, puisqu’il y a eu la Coupe des Confédérations, le neo-Blue a joué un match tous les 3,75 jours. Bon, il faut bien préciser que les cadences fortes, cet infatigable coureur connaît depuis un bail déjà.
Quand, à 13 ans, on doit choisir entre Santos, Sao Paulo ou Barcelone, on se dit que l’adolescence n’a pas les mêmes attraits pour tout le monde. Lui n’a pas attendu la majorité pour faire un choix fort. Majeur, même. Abstention interdite. Il fallait voter. Scrutin à un tour. A 13 ans, le gamin interpelle par sa faculté à traverser le terrain balle au pied. Par la précision et la puissance de sa frappe de balle aussi. Il opte finalement pour Sao Paulo. C’est là qu’il découvrira le monde pro dès l’âge de 17 ans. A croire que même au Brésil, y’a plus de saison.

Un aimant qui attire les trophées
Oscar a, très vite, fait plus vieux que son âge. C’était déjà le cas lorsqu’il avait fait le choix de Sao Paulo au lieu de s’envoler pour l’Europe. « Je me souviens d’un match, je devais avoir 15 ans. Nous jouions un championnat inter-écoles. Nous avons gagné 20-0. J’ai dû marquer 8 buts mais je ne sais plus trop. » A une certaine heure, on ne compte plus.
Surtout, il a presque de manière mécanique trouvé sa place dans le cercle très fermé des joueurs qui attirent les trophées. Un véritable aimant, le kid. Champion du Brésil dès sa première saison pro, il compile six titres en trois saisons avec Sao Paulo et l’Internacional Porto Alegre ! Sans compter la Coupe du monde des U20 en 2011. Il est la pièce maîtresse de la Seleçao et l’un des meilleurs joueurs du tournoi avec, excusez-du peu, un triplé en finale face au Portugal. C’est au lendemain d’un autre triomphe, celui de Chelsea en Ligue des champions, que les Blues officialisent l’arrivée du prodige sur les rives de la Tamise. Ils intensifient par la même occasion le rajeunissement de leur effectif.

Un Oscar pour José Mourinho
Après Eden Hazard et Kevin de Bruyne, notamment, voilà Oscar. Cinq ans de contrat et un peu plus de 30 millions d’euros dans la balance. L’heure du choix a de nouveau sonné. A 21 ans, la pépite opte pour Londres, où il s’apprête à disputer les Jeux Olympiques. Défait en finale contre le Mexique, il passera à côté de l’or. Pas dans ses habitudes. Mais il remet ça très vite : sa première année anglaise garnit la chapelle aux trophées. Et, hop, une Ligue Europa dans la vitrine. Avant, donc, une Coupe des Confédérations avec le Brésil dans cette fameuse saison à 80 matches. « J’avais fait une bonne préparation de pré-saison. On termine toujours les premiers matches de compétition très fatigué car on a supporté des charges de travail conséquentes pendant cinq à six semaines. Mais je savais qu’au fil des rencontres, ça irait de mieux en mieux. »
La saison en cours a marqué un tournant pour Oscar. José Mourinho est revenu à la maison. Come-back annonciateur de changements ? Pas pour lui. C’est bien simple : le « Special One » est fou de son Oscar. Et Oscar le lui rend bien. « Je suis certain que beaucoup de joueurs vont s’améliorer avec lui. C’est un grand entraîneur, l’un des plus grands du monde. Il m’apprécie beaucoup, il aime mon travail. Et moi, j’aime qu’il m’aime ! C’est fantastique de pouvoir avancer avec lui. Nous constatons son influence chaque jour, il nous transmet beaucoup de confiance. Je me sens beaucoup mieux, je suis persuadé que je vais marquer davantage de buts. » Sa ligne de stats affichait 12 buts et 12 passes décisives toutes compétitions confondues la saison passée. Ce qui donne une idée de l’ambition qui l’anime.

Mordu de tennis
Très pro, le Sud-Américain semble à l’abri des vieux démons qui guettent toujours un peu quand on n’a que 20 ans (ou 21) et que tout vous tombe dans la main. Hyper consciencieux, Oscar est un acharné de travail et un vrai marathonien des pelouses, pas des discothèques où la samba chamboule tout, à toute heure. Même à Londres, il y en a. Lui, son kif, c’est le sport. Le foot et le tennis. Fan de Roger, Oscar. « Oui, Federer est mon joueur préféré. J’adore le tennis, j’adore y jouer et en regarder. J’étais plutôt bien classé quand j’étais jeune, jusqu’à 16 ans. Maintenant, je n’ai plus trop le temps. L’an passé, je suis allé voir les Masters à Londres, j’ai suivi le match Andy Murray-Jo-Wilfried Tsonga, c’était terrible. Rien que pour ça, j’ai de la chance de vivre ici ! » Evidemment, mention particulière à Gustavo Kuerten qui reste une icône au pays. « C’est le plus célèbre au Brésil, oui. Normal, il a gagné trois fois Roland-Garros et il a été n°1 mondial. »
A Londres, ce n’est pas le gazon de Wimbledon qu’Oscar foule chaque week-end. Mais la position de n°1 figure dans un coin de sa tête. Même s’il faut aller la chercher à onze. « On vise tous les objectifs les plus élevés à Chelsea. Je ne pouvais pas rêver mieux. Et puis il y a le but ultime avec la Coupe du monde à la fin de la saison. » Oscar a maté Mata, parti à Manchester. Ce n’est pas la concurrence qui lui fait peur. Ce sont plutôt les cadences infernales qu’on lui impose qui inquiètent au Brésil. Car oui, on ne vous l’a pas dit mais c’est déjà un demi-dieu là-bas. Ses amis d’enfance le surnomment « Magrelo » (coton-tige). Ce qui veut tout dire !

Un papa parti trop tôt
Luiz Felipe Scolari suit ses temps de jeu de très près. « Il fait beaucoup de physiothérapie, il y est abonné », explique son sélectionneur qui envisage de replacer David Luiz au milieu de terrain pour libérer Oscar de certaines tâches défensives. L’intéressé suit le protocole, très pro mais très timide aussi. Il s’est imposé ce mutisme depuis la mort tragique et accidentelle de son paternel. Oscar avait 3 ans. « Il me manque dans tous les moments de ma vie. Même aujourd’hui, même après avoir grandi. J’aimerais tellement l’avoir à mes côtés… Je me souviens de mes amis qui me pressaient pour que je parle. Et moi, je ne disais rien. Je suis quelqu’un de tranquille en dehors du terrain. »
Et sur l’herbe ? « Il bouge bien, il a la vista, expliquait Juninho il y a quelques mois dans « France Football ». Il fait bien jouer ses partenaires. Moi, je crois plus en lui qu’en Ganso. » De même que Mourinho croyait plus en Oscar qu’en Mata. « Oui, il est mon n°10 pour le moment et si quelqu’un me dit qu’Oscar n’est pas le meilleur joueur de Chelsea cette saison, je ne suis pas d’accord. » Compris ?

Police dans la peau
Fan du groupe Police et des mélodies de Sting depuis son plus jeune âge, Oscar s’est fait tatouer quelques paroles du tube « Every Breath You Take » sur le bras. « C’est en mémoire de mon père, ces paroles me font toujours penser à lui. »

Vu par Pelé
« Il est très bon. Son jeu a de nombreuses facettes, je l’aime beaucoup. C’est un joueur qui a vraiment sa place en sélection, d’autant qu’il est polyvalent. Son talent est immense et il peut aller très loin. »

Profil
Oscar do Santos Emboada Junior
■ Né le 9 septembre 1991 à Americana-SP (BRE)
■ 1,79 m, 66 kg
■ Milieu
■ International A (Brésil). Première sélection : le 14 septembre 2011, Argentine-Brésil 0-0
■ Roadbook : Sao Paulo (BRE, 2008-juillet 2010), Internacional Porto Alegre (BRE, août 2010-juillet 2012), Chelsea (ANG, depuis août 2012)
■ Palmarès
1 Coupe des Confédérations en 2013 avec le Brésil
1 Coupe du monde des U20 en 2011 avec le Brésil
1 Ligue Europa en 2013 avec Chelsea
2 championnats de l’État du Rio Grande do Sul en 2011 et 2012 avec l’Internacional
1 Championnat du Brésil en 2008 avec Sao Paulo

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