Basket

Ron Anderson, 32 ans au service du basket

Ron Anderson a raccroché ses baskets en novembre 2010, à 52 ans. Le cousin de Nick (ex-Orlando Magic) s’imposa sur le tard et débuta en NBA quand il en avait 26. Sa carrière aura duré plus de trois décennies. « Awesome » !

Juin 1984. Ronald Gene Anderson ne fait pas le mariole dans une draft d’une densité rare, l’une des meilleures de l’histoire. Le premier tour accueille l’élite des élites. Il y a là Akeem Olajuwon, Michael Jordan, Sam Perkins, Charles Barkley, Otis Thorpe, Kevin Willis, Terence Stansbury, John Stockton, Vern Fleming ou encore Michael Young. A 26 balais, Anderson échappe de justesse aux affres du basket underground. Il est sélectionné en 27e position d’un deuxième tour salvateur grâce à la compassion de Cavaliers à l’artillerie un peu légère. Il faut savoir que l’étudiant modèle de Fresno State a la gâchette facile.
Sur son cahier à spirales, on note 17 points de moyenne à 57%. Boyd Grant, maître coach de Fresno State, a façonné un tireur d’élite. Néanmoins, on est loin d’un « first draft pick » indiscutable. Et pour cause : 10 ans se sont écoulés entre son séjour à la Bowen High School, à Chicago, où il n’avait jamais touché un ballon de basket, et cette summer league de rêve (35 pts de moyenne) qui a convaincu George Karl, nouvel entraîneur de Cleveland, de l’engager. Ron est lucide : « A 26 ans, je n’avais aucune chance d’obtenir un contrat garanti. Alors j’ai tout misé sur cet été 1984. »

Picks et sorties d’écran ? Un vocabulaire barbare
Dans le Chicago rebelle des années 70, Ron vivait planqué dans le « bunker » Anderson. Six mômes nourris par un papa manager chez UPS et une « Ma » attentionnée, ouvrière avant de s’occuper du foyer. « The Loop », centre-ville théâtre de rassemblements revendicatifs, est ignoré par le clan Anderson. Les enfants sont élevés dans le respect du droit chemin, les mains sur la table et la serviette nouée autour du cou. Ron passe plus de temps aux fenêtres que sur le playground voisin de Hyden Park où la marmaille du quartier règle quotidiennement ses comptes. « J’y allais mais je n’y passais pas des heures. Entre 12 et 16 ans, j’ai été un enfant plutôt studieux. »
Ce qu’il veut faire à 16 ans ? Ron n’en sait trop rien. En revanche, il sait ce qu’il ne veut pas faire : « Ennuyer (ses) parents en restant sans travail et devenir la proie de l’argent facile. » La Bowen High School sera un véritable petit paradis pour un adolescent qui veut plus que tout éviter les pièges à rats dans un Chicago où la vermine a souvent pignon sur rue. A 18 ans, l’élève peinard mais limité sort du bahut avec son « pass » mais sans ballon. Il a pourtant grandi parmi les cogneurs de la batte, les flingueurs du foot US et des Kareem Abdul-Jabbar en culottes courtes.
C’est un Ron Anderson transparent de 2,01 m qui s’assoit derrière un desk de supermarché. Durant 3 ans, il va contrôler des stocks de boîtes de conserves avec pour seule denrée d’évasion le playground Cabrini. « Le niveau était plutôt bon, se souvient-il. A l’occasion d’un tournoi, j’ai rencontré un coach de Californie qui m’a conseillé de tenter ma chance. » A 22 ans, Anderson quitte pour la première fois son Chicago natal, direction Santa Barbara, un junior college. Frank Carbajal, le coach, hérite d’une machine à shooter tout juste sortie de l’usine d’assemblage. Le ballon est une savonnette dans les mains du small forward novice pour qui les picks et autres sorties d’écran relèvent d’un vocabulaire barbare. Mais il est attentif et intelligent dans le jeu. Aussi, l’adaptation ne sera pas longue.

« No baby allowed in NBA »
C’est un All American College qui révèle définitivement le shooteur fou, vite alpagué par l’université de Fresno State en 1982. Dans une team de kakous où seul Bernard Thompson émerge, Anderson pige vite les systèmes. « Je suis tombé sur un super coach, Boyd Grant, qui m’a tout appris durant deux ans chez les Bulldogs. D’autres en auraient mis quatre à tout assimiler. » Le shooteur fou (17.6 à 57%, 6.1 rbds) se métamorphose en shooteur fun. Grand frère pour ses coéquipiers, Ron se frotte désormais aux purs et durs, futurs basketteurs NBA.
Au Hawaï Tournament, pendant la pré-saison NCAA, le Houston d’Akeem Olajuwon, Clyde Drexler et Michael Young (futur Limougeaud) tombe sous les coups de patte d’Anderson. Même sanction pour DePaul avec une saveur particulière. Ron racontre : « De Paul, c’est Chicago. Pour moi, c’était une revanche et un moyen de prouver à mes parents que j’étais en train de réussir dans le basket. »
Seuls Louisiana Tech et Karl Malone stoppent un Fresno State ressuscité par le dieu Anderson. Cette fois, Ron est bien en NBA. Et pour un bail. L’aventure durera 10 ans exactement, entre Cleveland (1984-85), Indiana (1985-88), Philadelphie (1988-93), New Jersey (1993) et Washington (1994). A la recherche du temps perdu. D’entrée, face aux Sixers de Dr J, il planta 27 points avec un 5/5 derrière l’arc. Par définition, la grande Ligue est interdite aux enfants (« No baby allowed in NBA »). Avec World B. Free, Phil Hubbard, Lonnie Shelton et leur ailier rookie de 26 piges, Cleveland ne fait vraiment pas dans la dentelle.

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Contre Michael Jordan et Scottie Pippen, il serre les fesses
Après seulement six matches, Ron se retrouve malheureusement sur le carreau. Elongation. Et complications : « out » 4 mois. Le retour est laborieux. En pleine saison 1985-86, c’est l’exode à Indianapolis (échangé contre un 4e tour de draft). Un transfert mal vécu par Ron : « L’arrivée de Jack Ramsay comme coach en 1986 m’a perturbé. Il m’a demandé de faire autre chose. En fait, je ne pouvais pas défendre en homme à homme et je brûlais mes cartouches inutilement. »
Ses stats replongent (5.8 pts) et défensivement, c’est le courant d’air ! Philadelphie, où il est tradé en octobre 1988, doit lui apporter la bouffée d’oxygène désormais nécessaire. « J’ai d’abord été pris pour scorer, ensuite pour défendre. » Ça tombe plutôt bien : lors de l’exercice 1988-89, sur 32 minutes, Ron tourne à 16.2 points et 49.1% aux tirs. Il se classe 3e meilleur scoreur de l’équipe. Le Philadelphie de l’insipide Jim Lynam et du turbulent Charles Barkley lui permet de prendre une nouvelle dimension. « Quand on est bon en attaque, c’est plus facile de défendre. J’ai toujours souffert en défense sur Michael Jordan et Scottie Pippen mais je suis accroché. » Des Bulls auxquels il planta 30 points lors de l’exercice 1989-90…
Charles Barkley parti à Phoenix, Anderson devient, en 1992, le sixième homme de luxe de moneytimes qui se font de plus en plus rares. Avec Hersey Hawkins, Jeff Hornacek, Clarence Weatherspoon et Armen Gilliam, les Sixers tombent en déconfiture (26-56). Ron (8.1 pts) en est à cinq ans de bons et loyaux services. Il s’offrira, à 35 balais, ce qu’on pense alors être une semi-retraite chez les Nets (11 matches en 1993) puis chez les Bullets, futurs Wizards (10 matches en 1994), à l’époque où le Soudanais Manute Bol se charge de former le Roumain Gheorghe Muresan, mesuré comme lui à 2,31 m. Une dernière salve de shoots avec un temps de jeu qui s’est rétréci comme peau de chagrin. Ron, qui transite également chez les Rochester Renegades (CBA) de décembre 1993 à février 94, a les yeux tournés vers Baltimore et son bateau. Sa famille l’y attend. Il doit œuvrer dans un centre d’animation jeunesse. « J’y travaillerai après le basket », précise-t-il.

La France lui offre une deuxième jeunesse
Il reste un Anderson shooteur dans la grande Ligue. « Nick, mon cousin, a pris le relais à Orlando. » Ron, lui, traverse finalement l’Atlantique, boussole et sextant dans la sacoche. Il laisse derrière lui 10 saisons NBA, 664 matches, 7 056 points, 2 312 rebonds et 952 passes sur les parquets pros US (une carrière qui lui aura rapporté un peu plus de 3,2 M$). C’est la première fois qu’il met les pieds en Europe. Son périple le mène à Montpellier, en Pro A. Et en France, l’ami Ron va connaître une deuxième jeunesse. Avec 25.5 points de moyenne et 48.9% de réussite aux tirs (assortis de 8.3 rbds, 2.5 pds et 2 cts), il se classe tout simplement meilleur marqueur du championnat.
Une « deuxième jeunesse » ? Non, il faudrait parler de deuxième vie. En 1995-96, il réapparaît au Maccabi Tel-Aviv, grosse cylindrée du basket européen. Blessé au ménisque, Ron est opéré et coupé après quelques matches. L’année suivante, après un détour par les Atlantic City Seagulls (USBL), il revêt le maillot du Mans et remporte le concours à 3 points du All-Star Game français. En 1997-98, il transite par Netanya (Israël) et Tours, en Pro B, avant de signer son grand retour dans l’Hérault. A son crédit, à 39 ans, le record de points sur un match durant la saison : 38. Sa moyenne sur l’exercice : 23.5 à 52.5%…
En 1999, après une deuxième saison montpelliéraine à 15.7 pions, Anderson conte fleurette à Angers (15.8 pts sur 4 matches) puis Nantes (14.5 pts sur 4 matches aussi). Avec sa femme Corine, une Choletaise rencontrée durant son passage au Mans, il s’installe ensuite à La Séguinière (Régionale 1), dans les Mauges. L’équipe décroche sa montée puis remporte le titre de Nationale 3 (la 5e division en basket) en 2003. La voici en Nationale 2. Elle sera reléguée mais retrouvera sa place en N2 en 2010-11. C’est là que Ronald a définitivement raccroché ses baskets, à 52 piges (!), le 27 novembre 2010.

Vigile à Intermarché pour tuer le temps !
Il pouvait encore planter à gogo (23 pts contre Tourcoing) mais ses genoux n’en pouvaient définitivement plus. Et les séances de mésothérapie ne faisaient plus de miracles. « J’ai pris la décision d’arrêter parce que je pense à ma fille, expliquait-il à « Ouest-France ». J’ai envie de m’amuser avec elle. Je veux rester debout et non marcher avec une canne. Quand on me fait des piqûres, ça va mais je ne ne peux pas continuer à faire ça, ça use les genoux. Je n’ai jamais eu de soucis pour marquer des points. Le problème est que j’avais mal. »
Amateur de parties de pêche, l’Américain naturalisé français expliquait qu’il était « parti pour faire une carrière modeste dans un supermarché », façon John Starks. Il voulait « juste (s’assumer), vivre (sa) vie comme elle venait. J’ai croisé le basket. » S’il a accepté un poste de vigile dans un Intermarché à Saint-André-de-la-Marche, près de La Séguinière, après sa carrière pro, c’était surtout pour tuer le temps ! Ron a eu deux enfants, une fille Angie, née en 2003, et un fils, Ron Jr. Né d’un premier mariage, ce dernier a évolué à Kansas State et à South Florida, en championnat universitaire. Dans sa saison senior, en 2011-12, le fiston, ailier de son état, a tourné à 6.9 points et 5.5 rebonds.
La carrière du papa se sera étalée sur trois décennies. Il avait débuté en NBA le 26 octobre 1984. Fin 2011, Ron a pris en charge le coaching de l’Union Saint-André-de-la-Marche Bégrolles Basket (Régionale 3). Ses meilleurs souvenirs ? Le titre de la division Atlantic en 1990 avec Philadelphie, ses 32 points contre les Bulls, le titre de Nationale 3 en 2003… « Jouer au basket 32 ans et jusqu’à 52 ans, ce fut exceptionnel, résumait-il. Le basket m’a appris la joie, l’envie, le plaisir. Désormais, j’ai juste l’ambition de vivre comme tout le monde. »

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