Étranger

Nicolas Nkoulou, quelque chose en lui de Laurent Blanc

Celui qui a, depuis l’enfance, le « Président » pour idole et modèle n’en finit pas d’épater son monde depuis son arrivée à l’OM il y a deux ans. Où s’arrêtera Nicolas Nkoulou ?

Deux chiffres. 38 et 3 403. Deux chiffres qui ne veulent pas tout dire mais quand même. Trente-huit, c’est le nombre de matches de championnat joués comme titulaire par Nicolas Nkoulou lors de l’exercice 2012-13. Trois-mille-quatre-cents-trois (sur 3 420 possibles), c’est le nombre de minutes qu’il a passées sur les pelouses de L1, ce qui en faisait le joueur de champ le plus utilisé, toutes équipes confondues, au cours de la saison écoulée. Des stats encore ? Sur les 19 rencontres disputées au Vélodrome, il n’a commis que 6 fautes. Ajoutées aux 19 commises à l’extérieur, on arrive au total de 25. En revanche, lui en a subi, domicile et extérieur cumulés, 41. Avec le Camerounais, les rôles sont inversés : les défenseurs deviennent des gentlemen et les attaquants des matraqueurs. Il fait voler en éclats les clichés.
Il faut dire que le gaillard ne répond pas aux critères de l’arrière central moderne tel que l’imaginent certains poètes du ballon. Grand fan de Laurent Blanc (il était surnommé « Lolo » au Kadji Sport Academies de Douala où il a effectué sa formation), Nkoulou préfère défendre debout plutôt que de se lancer dans des tacles rageurs. Sa science du placement, sa technique toute en finesse et sa lecture du jeu lui permettent souvent d’anticiper en douceur. Que dire de la qualité de sa relance ? Oui, il y a un peu – et même beaucoup – de Laurent Blanc chez ce garçon, intégré au circuit pro depuis ses 18 ans.

Deschamps : « Impressionné par sa confiance, sa maturité et ses qualités morales »
Quand il débarqué à l’OM en provenance de Monaco à l’été 2011, contre un chèque de 3,5 M€, Didier Deschamps, son coach, confie être « impressionné par sa confiance, sa maturité et ses qualités morales ». Elu meilleur joueur de l’OM au bout de cette saison galère – seulement 10e en championnat -, l’enfant de Yaoundé fut l’un des rares à surnager. Le seul aussi à avouer « un sentiment de honte », un soir d’élimination de la Ligue des champions face au Bayern Munich.
L’année passée, au sein d’une formation pas forcément plus brillante mais certainement plus solidaire, il a encore montré l’exemple. Point d’ancrage et rassembleur. « C’est rassurant d’avoir quelqu’un comme lui derrière soi, résume Charles Kaboré. Tu te sens tout de suite plus serein. » Elie Baup, arrivé aux manettes, affine le portrait. « Il n’y a pas qu’en match qu’on sent la discipline, l’exigence qu’il s’impose. A l’entraînement aussi. Nico n’aime pas la médiocrité. » Depuis le début de son histoire, son entrée au Kadji Sport, c’est toujours le leitmotiv. Il lui a servi à tracer sa route. « Très jeune, j’ai assimilé le fait que je devais réussir dans le foot pour aider ma famille. Je ne me sentais pas le droit de la décevoir. »
Aujourd’hui, il est très haut. En Ligue 1, à son poste, on ne voit guère que Thiago Silva, à qui on l’oppose souvent. Peut-être se situe-t-il un cran au-dessus dans la hiérarchie. Ce talent n’a évidemment pas échappé aux écuries européennes qui ont tâté le terrain au mercato d’hiver avant de revenir à la charge l’été dernier. Vincent Labrune a déclaré son roc, sous contrat jusqu’en 2015, intransférable mais le joueur entretient le mystère sur son avenir et ses envies, tout en clamant son amour du club (« Porter ce maillot, c’est plus qu’une fierté, c’est un honneur. Et l’OM, c’est plus qu’un club, c’est une institution »). Son partenaire André-Pierre Gignac lance tout de go : « Je ne vais pas le supplier mais ce serait bien qu’il reste. Nico est un grand joueur. Il est au-dessus des autres sur le terrain. C’est vraiment monstrueux, ce qu’il réalise. J’aimerais qu’il reste mais je pense qu’il aspire à connaître le meilleur niveau européen. » Pour marcher un peu plus sur les traces de son idole Laurent Blanc ?

Profil
■ Né le 27 mars 1990 à Yaoundé (Cameroun)
■ 1,80 m – 77 kg
■ Défenseur
■ Roadbook : Monaco (2008-11), Marseille (depuis 2011)
■ International A (Cameroun). Première sélection : le 19.11.2008, Afrique du Sud-Cameroun 3-2
■ Palmarès : vainqueur de la Coupe de la Ligue 2012 avec Marseille

L’honneur d’un capitaine
Au début, cela lui est tombé sur la tête. Enfin, plutôt autour du bras. Un peu par hasard. En décembre 2011, Samuel Eto’o, capitaine des Lions Indomptables, est suspendu pour une longue durée par la Fédération du Cameroun. Son tort : avoir été le meneur du boycott d’un match amical contre l’Algérie. Le vice-capitaine, Eyong Enoh prend deux matches pour le même motif. Du coup, c’est à Nicolas Nkoulou, même pas 22 ans, que revient le privilège de porter le brassard. Et ce qui ne semblait devoir être à l’origine qu’une promotion provisoire, a duré. L’intérimaire du capitanat s’est installé dans la fonction. Il apprécie : « Si on m’avait dit ça il y a quelques années, je n’y aurais pas cru. C’est un grand honneur et une marque de confiance. A moi de justifier tout cela à travers mes performances et de bons résultats avec l’équipe nationale. » Objectif : la Coupe du monde 2014 au Brésil, bien sûr.

Photo de Une : 14 avril 2012. Nicolas Nkoulou, ici face à Bafétimbi Gomis, ouvre son palmarès professionnel en remportant la Coupe de la Ligue avec l’OM aux dépens de l’OL (1-0 après prolongation).

Populaires

To Top