Équipe de France

N’Golo Kanté : « Non, je ne couvre pas 30% de la surface de la Terre »

Didier Deschamps l’a rappelé en marge du dernier rassemblement des Bleus. « Il va certainement enchaîner deux titres de champion d’Angleterre d’affilée. » Depuis deux ans, tout ce qu’il touche se transforme en or. On a rencontré le phénomène. On a tendu l’oreille, parce qu’il murmure, mais on a tout de suite compris. Parce qu’il est vraiment très fort. Entretien à l’huile essentielle.

Planète Foot : Tu viens de souffler ta première bougie chez les Bleus. Un an après, tu te dis quoi ? Que tout a vraiment changé autour de toi ? Que tu es installé en équipe de France ? As-tu l’impression d’avoir un rapport nouveau avec les Bleus ?
N’Golo Kanté :
Non, absolument pas. La vraie différence, c’est que je connais mieux les gens aujourd’hui. C’est humainement que ça change. C’est plus facile pour moi parce que je sais certains trucs que j’ignorais lors de mes premiers pas au sein de la sélection. Maintenant, je ne pense pas que mon parcours en club modifie quoi que ce soit dans le regard des autres. En tout cas, je ne le perçois pas comme ça.

PF : Mais quand même… Tu es passé de Caen à Leicester : champion d’Angleterre. Puis de Leicester à Chelsea : bientôt champion d’Angleterre. Comment vit-on cette mutation, le fait de devenir un top player en quelques mois ?
N.K. :
Depuis l’époque de Caen, je cherche à progresser avec l’équipe au sein de laquelle j’évolue. C’est pareil aujourd’hui à Chelsea. Je suis là, j’écoute les coaches, j’écoute mes coéquipiers. Ils sont bien plus expérimentés que moi. C’est ainsi que je vois le truc. Je me nourris des autres, en fait. Je suis dans la demande, dans la recherche. Donc, je ne me pose pas ce genre de questions. Sincèrement. C’est comme ça que je compte progresser.

PF : Et il y aurait des domaines particuliers, des champs à explorer dans cette progression ?
N.K. :
A Chelsea, les coaches insistent sur la dernière passe, ils me disent que je dois être plus efficace dans les trente derniers mètres. Je mets l’accent là-dessus. Enfin, j’essaie. J’ai conscience d’avoir encore beaucoup à faire dans ce domaine. Trouver l’efficacité dans cette zone du terrain peut me permettre d’être plus décisif.

PF : Tu es en passe de remporter deux titres de champion d’Angleterre en deux ans mais on te sent très détaché. Cool, zen. Comment l’expliques-tu ?
N.K. :
Bah, à Chelsea, j’ai rejoint un club qui a la victoire dans son ADN. C’est un club qui a l’habitude de gagner. Ça se sent au quotidien, à travers le staff et tout ce que ce club respire. Mais ça se sent surtout dans les rapports avec mes coéquipiers. Ils sont là pour gagner, c’est leur norme et leur mentalité. Du coup, on se dit tous les jours que le championnat n’est pas encore plié. Jusqu’au bout, tout peut se passer, même en ayant dix points d’avance à dix journées de la fin. On le sait. Enfin, je le sais parce qu’ils le répètent sans cesse. C’est aussi quelque chose qui flotte dans l’air à Chelsea. Et le coach n’arrête pas non plus. Alors non, je ne suis pas détaché de tout ça. Tout se passe bien, je suis vraiment content de ma saison, content d’avoir fait ce choix. On réalise du bon boulot, on est en bonne position. Mais ce n’est pas fini.

PF : Tu es encensé en permanence en Angleterre. Puisque tu ne veux pas dire trop de bien de toi, comment reçois-tu les louanges qui te tombent tous les jours dessus ?
N.K. :
Bien sûr que ça touche, ça me fait plaisir… Mais ce n’est pas le plus important. J’essaie de les entendre mais pas de les écouter. Je veux rester concentré sur mon travail.

PF : Et les « Kanté Facts », répandues et très à la mode en Angleterre, tu les entends ou tu les écoutes ?
N.K. :
(Il sourit) Mes coéquipiers m’en ont sorti quelques-uns. J’en ai entendu parler…

PF : Peux-tu solennellement nous confirmer que tu ne couvres pas 30% de la surface de la Terre en dehors de l’eau ?
N.K. :
(Il se marre) Non, je ne couvre pas 30% de la surface de la Terre. Bien sûr que non !

PF : Depuis Londres, Chelsea et la tête du championnat, comment as-tu vécu le licenciement de Claudio Ranieri à Leicester ?
N.K. :
De manière triste, très triste. Après ce qui s’est passé l’année dernière, la saison entière, la joie du titre, la folie en ville… Mais ce sont des choses qui peuvent arriver. Des décisions de président. Après, on n’enlèvera jamais ce que Claudio Ranieri a fait à Leicester.

PF : Tu es censé courir partout, on l’a bien compris. Mais dans quel système préfères-tu évoluer ?
N.K. :
Depuis mon arrivée dans le monde professionnel, j’ai l’habitude d’évoluer dans plusieurs systèmes. Soit à la base d’un milieu à trois, en pointe basse ou sentinelle, comme on dit, soit en milieu relayeur, avec deux récupérateurs. Ces derniers temps, je me sens plus à l’aise dans un système à deux récupérateurs.

PF : A ton poste, on parlait souvent des « aboyeurs ». Or, à te voir, à t’écouter, on aurait plutôt envie de parler du discret, du silencieux. T’arrive-t-il de prendre la parole sur le terrain, d’affirmer ton autorité ?
N.K. :
Je ne suis pas le genre de joueur qui parle à toute l’équipe ou qui donne des consignes à tout le monde. En revanche, autour de moi, avec les joueurs qui sont proches, ceux qui forment le milieu de terrain, en l’occurrence, oui, je m’efforce d’être dans l’échange. C’est très important de communiquer sur le terrain, on est obligés de se parler pour être coordonnés. On se recadre, oui, ce n’est pas un problème. Au contraire, c’est naturel. Mais en ce qui me concerne, c’est vraiment avec les joueurs qui m’entourent. Je ne vais pas traverser toute la pelouse pour dire trois trucs à un gars.

PF : Pour en revenir à l’équipe de France, le dernier rassemblement de mars a été un gigantesque laboratoire à essais. Un grand nombre de jeunes, voire de très jeunes joueurs, vous ont rejoints. Il a bien fallu que tu leur parles, à eux ? Comment as-tu vécu ce rajeunissement ?
N.K. :
C’était un moment très sympathique, notamment avec les bizutages.

PF : Ah… Et le meilleur ?
N.K. :
Je dirais Florian Thauvin meilleur chanteur.

PF : Et sinon, le rajeunissement ?
N.K. :
Depuis que je suis arrivé en équipe de France, ce qui n’est quand même pas vieux puisque ça fait un an, des joueurs sont partis et d’autres ont débarqué. Le coach fait ses choix. On a vécu un truc fort avec l’Euro mais nous sommes tournés vers la Coupe du monde maintenant. Concernant les nouveaux, je ne connaissais pas Tiémoué (Bakayoko) ni Corentin (Tolisso). J’ai découvert des gars sérieux, motivés. Sinon, j’ai évolué avec d’autres en sélection Espoirs. Ou je les avais vus quand j’évoluais à Caen. C’est bien pour l’équipe de France. Ils méritent d’être là. On est tous dans le même projet : la qualification pour la Coupe du monde. La concurrence nous fait avancer.

PF : Et Kylian Mbappé ?
N.K. :
Ce qu’il fait à son âge est exceptionnel. Il a montré, aussi bien en Ligue 1 qu’en Ligue des champions, des qualités assez dingues. Sur ce que j’ai vu dans l’intimité du groupe et sur ce qu’il a montré sur le terrain, contre le Luxembourg et l’Espagne, c’est vraiment une confirmation. Son intégration a été facilitée, aussi, par la présence de plusieurs Monégasques.

PF : Parmi les aboyeurs du milieu, il y en a deux qui ont évolué ensemble à la Juventus et qui t’entraînent maintenant. Trouves-tu des similitudes entre Didier Deschamps en équipe de France et Antonio Conte à Chelsea ?
N.K. :
Ils ont joué ensemble, OK, mais dans la manière de coacher, c’est différent. Conte à Chelsea, c’est toute une saison. On a le temps de travailler davantage la tactique, de s’attarder sur certaines choses en général ou en particulier. En équipe de France, c’est plus bref. On prépare un match, on le joue et on se quitte. On travaille sur le court terme mais avec toujours un fil rouge. Là, il s’agit de la qualification pour la Coupe du monde.

L’œil de… Didier Deschamps
« Il y a un moment qu’il est avec nous et même s’il n’a pas pu jouer tous les matches, N’Golo a été performant. Il va très certainement enchaîner deux titres de champion d’Angleterre d’affilée. Dans son registre, il fait partie des meilleurs joueurs du monde. C’est un élément important, qui le sera peut-être encore plus à l’avenir. Il est très efficace dans ce qu’il fait. Et en plus, il se met à marquer des buts ! »

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017-2018 Editions Blue Print / SESIMS

To Top