Étranger

Neymar, samba et rock’n roll

La pépite de Santos est un phénomène de précocité souvent vénéré, parfois décrié. Question de personnalité. Itinéraire d’un petit surdoué, des promesses plein la crête.

C’est à se demander s’il entre encore dans la case « New star ». Son nom revient dans toutes les discussions. Son jeu ne cesse de susciter l’admiration. Sa crête d’Iroquois a fait le tour du Net, chez nous en Europe, et créé de fortes, très fortes chaleurs parmi les midinettes, chez lui au Brésil. Un vrai phénomène, ce Neymar. C’est à se demander s’il ne serait pas trop jeune, à la limite, pour faire partie de la caste. Pourquoi, quand on n’a pas encore 20 ans, ne pas postuler plutôt dans la rubrique « Futur crack » ? Inclassable Neymar. C’est Justin Bieber au pays du ballon rond. Pas encore un vrai bonhomme mais déjà une méga star. Limite insolent, narquois Iroquois, mais tellement différent balle au pied.

« Dès qu’il a touché le ballon, mon cœur s’est emballé »
Neymar, c’est le retour du Brésil au pays du football. L’artiste, celui qui crée pour jouer, qui joue pour inventer. A Santos, en plus, le club du roi Pelé. Belle histoire. Label Brazil. Un conte de fées qui prend forme sur la plage d’Itararé, à la croisée des chemins entre Santos et Sao Vicente, avant de plonger dans l’Atlantique Sud. C’est là, en 1998, que Betinho, casquette vissée sur le front, regarde une simple opposition entre deux formations locales. Celui qui a découvert huit ans plus tôt un certain Robinho est devenu coach de futsal. Il ne va pas suivre le match très longtemps. Sur le côté, en bas dans la tribune, une frêle silhouette attire son attention. Un petit bout d’homme de 6 ans qui monte, qui descend, puis remonte et redescend la tribune. Sans arrêt. Et sans effort apparent. Betinho n’oubliera jamais. « C’était comme s’il courait sur du plat. »
Le lascar se nomme Neymar et ne joue nulle part. Betinho lui offre un essai dans son équipe de futsal et frôle la syncope. « Dès qu’il a touché le ballon, mon cœur s’est emballé ! » Quelques années après Robinho, l’homme à la casquette a trouvé sa nouvelle pépite. Neymar, lui, vient de rencontrer son guide. Betinho a préféré se tourner vers l’église plutôt que les ruelles sombres de la dope et de la cocaïne, le quotidien à Sao Vicente, pourtant collé au très chic voisin Santos. Il a la confiance aveugle de la famille Da Silva. Le môme enchaîne les démos dans les gymnases de futsal. Déjà, ça se confirme : le ballon n’a pas la même relation avec lui qu’avec les autres. Tellement forte qu’elle le mène, dès 12 ans, au seuil du centre de formation du Santos FC. Là où éclata Robinho. Le club du roi Pelé. Neymar est l’objet de toutes les curiosités dans l’Etat de Sao Paulo. Il jouit d’un régime différent au club, convaincu de détenir un nouveau joyau.

Il refuse le Real parce que sa sœur lui manque trop
Le gamin découvre les attentions particulières. Wagner Ribeiro, la crème des agents au Brésil, s’occupe notamment de Robinho. Il prend Neymar sous son aile. A star is born. Un peu à l’image de Lionel Messi au FC Barcelone, Neymar traverse l’Atlantique. Lui le fait à 14 ans. Wagner Ribeiro l’emmène, avec son père, à la découverte du Real Madrid, qui lui offre un contrat. Le clan reste près de trois semaines dans la capitale espagnole. Le Real est déjà prêt à l’accueillir mais Neymar refuse. Le papa ? Non, le fils. Sa petite sœur lui manque trop. Il veut rentrer à la maison. Son seul coup de semelle sur la pédale de frein. Un peu normal, à 14 ans. Depuis, tout s’enchaîne. En accéléré.
Le prodige découvre la D1 brésilienne à 17 ans et remporte le championnat de l’Etat de Sao Paulo et la Coupe du Brésil à 18. Très vite, il déclame son amour pour la Seleçao. A quelques semaines de la Coupe du monde en Afrique du Sud, il réclame même une place au du sélectionneur Dunga ! Insolent ? Pas tant que ça. Dans le championnat paulista, remporté par son équipe, il affiche 27 buts en 29 matches ! Mais la requête reste sans suite. La Seleçao file en Afrique du Sud sans lui… et revient les mains vides. Un petit Brésil, taxé d’ultra-défensif, à l’image de son sélectionneur. Eliminé 2-1 en quarts de finale par les Pays-Bas.

La crête fière, l’insolence rivée au short
En août, Mano Menezes, le nouveau sélectionneur, offre à Neymar sa première sélection. La crête fière et l’insolence rivée au short, l’enfant prodige saute sur l’aubaine. Il claque (victoire 2-0 contre les Etats-Unis dans le New Jersey) et envoie un signal fort. En un match, il devient le symbole de tout ce que le pays attend de son équipe sur le terrain : du mouvement, des dribbles, des buts. Neymar l’Iroquois revient en héros national. Lui qui avait découvert la Seleçao lors de la Coupe du monde des U18 au Nigeria en 2009 remporte la Coupe d’Amérique du Sud chez les U20 début 2011. Il est élu meilleur joueur de la compétition et termine meilleur buteur (9 buts). Il remporte aussi la Copa Libertadores (la Ligue des champions d’Amérique du Sud) avec Santos au printemps. Mais passe un peu au travers de la Copa America en Argentine (la Seleçao est éliminée en quarts en finale par le Paraguay aux tirs au but). Pas grave, il en a assez fait pour devenir le nouveau phénomène du foot mondial. Au moins aussi talentueux qu’impétueux.
Neymar, c’est la classe à tous les étages. La provoc aussi. Ses frasques vestimentaires et capillaires sont devenues célèbres (« Cette coupe de cheveux, c’est de la désobéissance pure, rigole aujourd’hui son père. Personnellement, je n’étais pas du tout au courant »). Mais le gamin n’a pas attendu d’avoir 18 ans pour manifester son arrogance. En 2010, il avait institué une nouvelle mode : la « Paradinha » (« Hésitation » en portugais). « Nouvelle technique pour frapper un penalty » dans « Le Petit Neymar illustré ». En clair, un pas d’arrêt en forme de pas de danse au moment de frapper. Le temps de voir le gardien plonger d’un côté et le tour est joué : on peut glisser le ballon de l’autre. Rogerio Ceni, le gardien aux 100 buts… marqués (!), l’un des plus expérimentés du pays, en fut la première victime. Forcément, ça fit du bruit. Et ça eut un écho quelques semaines plus tard. Même motif, même punition. A nouveau Ceni dans le but. Encore Neymar au point de péno. Toujours Santos-Sao Paulo mais cette fois en demi-finales du championnat paulista. Et nouvelle « Paradinha ». La dernière, un mois plus tard. La FIFA juge le procédé trop pénalisant pour les gardiens de but et interdit cette manière de tirer. Puis c’est son coach, désireux sans doute de s’épargner une nouvelle montée d’adrénaline, qui lui interdit quelques semaines plus tard de frapper un penalty. Furieux, Neymar chipa le ballon et joua les dernières minutes du match tout seul. Bébé boudeur ! Exclu du groupe par son coach, il allait vite retrouver le vestiaire : c’est l’entraîneur qui fut viré !

Tout est permis à l’enfant prodige-enfant terrible
A Santos, tout est permis à l’enfant prodige-enfant terrible. On ne peut rien contre l’ADN du 1 contre 1, le gène du provocateur, balle au pied comme ailleurs. Objet de toutes les convoitises, Neymar met le feu chaque semaine en Espagne, annoncé tantôt au Real, tantôt au Barça. Il se murmure qu’il a plus de chances de rejoindre la Casa Blanca que la Catalogne. Les souvenirs d’un premier contact à 14 ans sans doute. Mais qu’importe, il va rester à Santos, au moins quelques semaines encore. En décembre dernier, il parlait de remporter la Coupe du monde des clubs face au FC Barcelone de Lionel Messi (Santos s’est finalement incliné 4-0 en finale). « Rencontrer le meilleur joueur et la meilleure équipe du monde, ça me donne des frissons », précisait-il, presque sage. Avant d’ajouter, avec son naturel et son culot habituels : « Messi est le seul à pouvoir faire son crochet sec et serré. C’est le meilleur. Cristiano Ronaldo ? C’est encore un autre style que moi. Moi, je suis beau ! » Le tout ponctué par un grand éclat de rires. Pas sûr que la tête de gondole du Real se marre autant.
Ah, l’insouciance des 19 ans… Enfin, pas tout à fait : Neymar est aussi père de famille. Papa d’un petit David Luca depuis l’été dernier. Décidément, l’Iroquois ne s’arrête jamais. Il annonçait encore : « Je suis heureux à Santos, je n’ai pas de raison de partir. Ici, j’ai mes amis, ma famille. C’est ce qui m’importe. Je veux rester jusqu’au centenaire du club (ndlr : le 14 avril 2012). Si ça ne dépendait que de moi, je resterais encore longtemps. » Des promesses plein la crête, toujours.

Vu par… Kün Agüero (Manchester City)
« Il est impossible de comparer Neymar et Lionel Messi. Messi a gagné trois Ballons d’or et Neymar n’en a aucun, non ? C’est un grand joueur mais j’ai hâte de le voir évoluer en Europe. On sait très bien que la concurrence est plus rude. Lui joue toujours au pays. »

Papa depuis l’été 2011
C’était dans la nuit du 24 au 25 août 2011 sur le Twitter de Neymar : « Je suis très heureux de vous annoncer la naissance de mon fils David Luca ce matin à l’hôpital Sao Luiz de Sao Paulo. Deux kilos huit de pur bonheur. Nous remercions Dieu pour sa bonté de nous offrir ce petit David Luca. »

Profil
Neymar da Silva Santos Junior
■ Né le 5 février 1992 à Mogi das Cruzes (Brésil)
■ 1,74 m, 66 kg
■ Attaquant
■ Roadbook : Santos FC (BRE)
■ International A (Brésil), première sélection : Etats-Unis-Brésil, 0-2, le 10 août 2010
■ Palmarès
– Vainqueur de la Coupe d’Amérique du Sud U20 en 2011
– Vainqueur de la Copa Libertadores 2011
– Champion de l’Etat de Sao Paulo en 2010 et 2011
– Vainqueur de la Coupe du Brésil 2010

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