Équipe de France

Naples, plongée au cœur du volcan

Bienvenue au pied du Vésuve. Ici, le fantôme de Diego Maradona côtoie maintenant celui d’Edinson Cavani mais San Paolo bouillonne, toujours effervescent et volcanique. Naples est de retour et c’est brûlant, évidemment.

Naples, troisième agglomération d’Italie (un peu moins de 4,5 millions d’habitants), est aussi l’une des plus vieilles villes du monde et l’une des plus grosses cités méditerranéennes. Alors question foot, y’a pas d’équivalent. Naples, le maillot bleu comme le ciel et le soleil qui tapait, c’était les premières images du foot d’Italie, c’était les débuts de Canal+, les années 80 et Dieu en culotte courte : Maradona. Naples, c’était Diego face au reste du monde, les riches du Nord, la Juve, les deux Milan, les pas beaux. On revoit encore le but de la tête que le « Pibe de oro » avait marqué face au Milan de l’extérieur de la surface et cette réaction tectonique dans un stade unique en son genre, cratère au pied du Vésuve, là-bas, de l’autre côté de la baie. Un cratère en fusion à chaque but, chaque victoire du Napoli. C’était déjà les matches à 15h le dimanche et c’était donc déjà très, très chaud, même à la télé.
Aujourd’hui ? Le fantôme de Diego hante toujours les ruelles serrées et ombragées de la vieille ville. Mais si le Napoli n’a pas connu l’orgasme du titre depuis 1987, les Partenopei (les Blues, en latin) tutoient à nouveau les sommets depuis plusieurs saisons maintenant. Et l’histoire est partie pour durer. Un retour en accéléré qui coïncide avec la reprise du club par Aurelio de Laurentiis. Cette réussite sportive fut aussi celle de Walter Mazzarri, parti à l’Inter l’été dernier et remplacé par Rafael Benitez. Le cycle change mais les ambitions suivent toujours le thermomètre. Elles continuent de grimper.

L’héritage de Mazzarri
Walter Mazzarri arrive à Naples en octobre 2009. En quatre ans (et 182 matches), il va (ré)installer le Napoli en haut du Calcio. Qualifiés pour la Ligue Europa dès la première saison, les Napolitains décrochent par deux fois leur qualification pour la Ligue des champions. Révélations de l’épreuve, ils prolongent l’aventure et atteignent les 8es de finale. Là, Ezequiel Lavezzi, Edinson Cavani and co font trembler Chelsea (3-1, 1-4). Une Coupe d’Italie agrémentera un tableau presque parfait. Oui mais le cycle se termine.
Un an après Lavezzi, c’est le matador Cavani qui déserte, direction Paris. Puis Walter Mazzarri qui rejoint l’Inter. Pour prendre la suite, De Laurentiis fait le choix du développement à l’international. Avec Rafael Benitez, un temps courtisé par Paris, le boss s’offre un CV qui compte à l’échelle européenne (1 C1, 2 C3). Et des challenges toujours plus grands à relever. « J’essaierai de faire mieux que mon prédécesseur », lança le coach espagnol dès sa présentation. Mieux. Donc, le titre ? Avec les 64 millions d’euros injectés dans les caisses grâce au seul transfert du « Cav’ », Naples a sorti l’artillerie lourde sur le marché des transferts.
Un seul être s’en va mais tout est repeuplé. Naples a été, de loin, le club le plus dépensier d’Italie l’été dernier. Bien sûr, le chèque signé par le PSG a aidé. Il n’empêche. Dès son arrivée à la tête de la maison bleue (en faillite), De Laurentiis s’est appliqué à restaurer les comptes, positifs chaque saison depuis plusieurs années. Aujourd’hui, le club est sans doute celui qui sent le moins la chaussette dans toute la Botte. Le plus sain d’Italie, quoi. Sa gestion est son autre réussite. Ça aide aussi.

L’expérience de Benitez
Et Benitez, alors ? Pour mettre ses paroles en application, l’Espagnol fait ce qu’il sait faire de mieux : du Benitez. Sa seule expérience italienne a tourné au fiasco (à l’Inter, il avait pris la suite de José Mourinho et n’avait tenu que quelques mois, le temps de remporter le championnat du monde des clubs) mais Rafa prend, ici, les rênes d’un projet à ses débuts. Ce qui n’est pas tout à fait la même histoire. Il y a de nouveaux visages, il doit transformer les figures. Le Naples de Mazzarri était une équipe de contres. Les équipes de Benitez ont toujours fait le jeu et considéré la possession de balle comme un principe de base. Dès le premier entraînement, le ballon était au centre des débats. Cela changeait des méthodes à l’ancienne de Mazzarri et cela ravissait les joueurs.
A commencer par le milieu suisse Blerim Dzemaili. « Ses méthodes me plaisent énormément. On travaille beaucoup avec le ballon, l’idée est de faire le jeu nous-mêmes. L’an passé, on évoluait tout le temps en contre-attaque. Ça change du tout au tout. » La verticalité à une passe et Cavani faisant le reste, c’est du passé. Le vice-capitaine Marek Hamsik reste l’agitateur offensif en chef (il peut devenir l’égal d’un Frank Lampard ou d’un Steven Gerrard, dixit Benitez qui croit beaucoup en lui), en soutien de Gonzalo Higuain, avec José Callejon et Dries Mertens sur les côtés. Ça peut le faire, ç’a de la gueule mais c’est surtout derrière que tout a été chamboulé. Exit la défense à trois de Mazzarri, sa marque de fabrique. Avec Benitez, le bloc doit monter, évoluer haut et à plat. A quatre, donc. Le brassard est resté la propriété de Paolo Cannavaro, le frère de l’autre.

Un mercato en trompe-l’œil ?
Avec un mercato à plus de 80 patates, les supporters du Napoli ont le droit de rêver. Il faudra que le coach assume ses choix. Car les recrues sont les siennes. Il a voulu, il a eu. Bien sûr, il y a Gonzalo Higuain en tête de gondole, promu « Crack » ou « Supercrack » à la Une des journaux napolitains. Mais l’Argentin, accueilli comme une rock star le jour où il posa ses semelles au pied du Vésuve, prévenait d’emblée : « Je ne suis pas là pour être comparé à Cavani. C’est un énorme joueur qui a réussi des choses incroyables ici. Je vais tout faire pour connaître de grands moments avec ma nouvelle équipe. Nous avons de grands joueurs et de grandes ambitions. »
Derrière le nouvel attaquant de pointe, qui n’a jamais planté 30 buts au Real Madrid, le recrutement s’est axé sur des éléments à fort potentiel, des garçons d’avenir, plus que des valeurs sûres. A l’exception de Raul Albiol, barré au Real par… José Mourinho. Benitez défendait son projet : « Callejon a des déplacements de finisseur, il peut terminer à 20 buts. Mertens va surprendre beaucoup de monde avec ses passes décisives. C’est un vrai joueur de rupture. »
Sûr de lui, comme d’habitude, Benitez fanfaronnait. « Mon effectif est fort, très fort. Avec Mertens, Callejon, Goran Pandev, Lorenzo Insigne, nous avons beaucoup de gros potentiels. Le plus important, c’est de bien travailler, semaine après semaine, pour donner le maximum. Ce n’est pas toujours l’équipe favorite qui l’emporte. » Une manière de mettre la Juve, double tenante du titre, sous pression. Du côté des joueurs, on emboîtait le pas. Marek Hamsik, star slovaque à la crête d’Iroquois, le premier. « L’année dernière a été exceptionnelle mais nous voulons faire encore mieux. Encore un peu mieux. »

Quel schéma de jeu ?
Pour mettre en pratique ses grandes théories, Benitez a rangé au fond des placards, on l’a dit, le 3-5-2 de Walter Mazzarri. Paolo Cannavaro s’est retrouvé en concurrence avec Miguel Britos dans l’axe, aux côtés d’Albiol, promu nouveau chef de défense. Sur les côtés, les joueurs n’ont pas bougé pas mais leur comportement devait changer. Christian Maggio, international italien, à droite, et le Colombien Juan Zuniga, à gauche, ont dû s’adapter au nouveau système. A quatre derrière, il y en a toujours au moins un au marquage individuel. L’équilibre entre apport offensif – cher au coach – et tâches défensives – très chères aussi à l’entraîneur – était leur nouvelle priorité.
Au milieu, la sentinelle à deux têtes se nomme Gökhan Inler-Valon Behrami. Le tandem suisse fait dans la complémentarité au niveau du jeu et dans l’étrangeté au niveau de la numérotation : Inler porte le 88, Behrami le 85 ! Devant eux, Marek Hamsik est la crête pensante. A sa gauche, le Macédonien Pandev. A droite, l’Espagnol Callejon. Higuain, s’il ne part pas à Capri toutes les semaines (il est tombé sur un rocher et s’est fracassé le crâne en descendant d’un bateau ; bilan : dix points de suture) doit finir le travail. Sinon, on suivra la progression de Lorenzo Insigne, pépite italienne de 22 ans qui n’en finit pas de faire jaser (5 buts, 7 passes décisives la saison dernière en championnat). C’est vrai que, vus comme ça, les Partenopei ont tout pour créer la sensation.

Qui êtes-vous, M. De Laurentiis ?
Neveu du célèbre producteur de cinéma italien Agostino De Laurentiis, Aurelio (ici face au Vésuve) est le président de la société de production Filmauro depuis la mort de son père Luigi en 1992. Originaire de Torre Annunziata, tout près de Naples, et tifoso du Napoli depuis le biberon, il a racheté le club en 2005. Au fond du fond de la Série C1, le Napoli Soccer vivote. Le 23 mai 2006, De Laurentiis rachète les trophées et le titre sportif perdus avec la faillite. Le club reprend son appellation d’origine : Societa Sportiva Calcio Napoli (SSC Napoli). Comme un symbole, c’est sous son vrai nom que le club retrouve les sommets. Série B – en même temps que la Juve de Didier Deschamps -, Série A, Coupe d’Italie, Coupe d’Europe.
De Laurentiis gère son club de main de maître. Celui-ci présente des bilans positifs chaque saison. Aurelio est dur en affaires, qu’elles soient cinématographiques que footballistiques. Mais c’est un vrai passionné. Entier, bouillant, brûlant. Napolitain. Jamais avare de bons mots. Sa communication est un travail d’orfèvre. Après l’accident de Gonzalo Higuain durant une excursion sur l’île de Capri (l’Argentin a chuté sur un rocher et a été transporté d’urgence à l’hôpital pour se faire poser plusieurs points de suture au visage et à la mâchoire), il réclamait 100 millions de dommages et intérêts à la ville de Naples. « Nous allons poursuivre toutes les institutions et demander 100 millions d’euros en compensation. Tout sera ensuite donné à des œuvres de charité. Les politiciens doivent apprendre la leçon. Je suis malade de ne pas avoir de bonnes installations médicales à proximité de cette ville. »
« Vois Naples et puis meurs », disait Goethe…

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