Équipe de France

Mickaël Landreau, le livre de ses records

Avant de probablement tirer sa révérence, le gardien bastiais Mickaël Landreau a battu le record de matches joués en Ligue 1. Retour sur une carrière entamée en 1996.

Quand, l’été dernier, Mickaël Landreau a décidé de poursuivre une année encore l’aventure à Bastia, il s’est laissé aller à quelques confidences. « Je repars avec la même envie, le même plaisir, la même motivation. J’ai un objectif collectif, nous maintenir avec le Sporting, et un objectif personnel : battre le record de matches en Ligue 1 (602) de Jean-Luc Ettori. Si je n’ai ni blessure, ni suspension, cela se passera à l’occasion du derby contre Ajaccio. »
L’automne venu, le gardien international est toujours dans les temps pour devenir le nouveau « Monsieur L1 » ce 4 décembre, lors de la 16e journée de championnat. Pour marquer l’événement, Kipsta, son partenaire, a organisé un jeu-concours. Les participants devaient dessiner son maillot pour ce jour très spécial. Le vainqueur, désigné par un jury présidé par Landreau himself, aurait l’honneur de remettre le paletot gagnant au héros de la soirée.
« Micka » a lui aussi tenu à fêter, à sa manière, ce moment forcément exceptionnel. « J’ai proposé à Jean-Luc Ettori de diriger mon échauffement pour la rencontre où je battrai son record. Il était hyper enthousiaste, trop content que je lui demande ça. »

« Je n’ai pas peur de la petite mort du sportif de haut niveau »
L’été dernier toujours, Landreau s’était laissé aller à d’autres confidences. « Je n’en suis pas sûr à 100% mais il s’agit probablement de ma dernière saison. Je ne veux pas l’affirmer et changer d’avis dans quelques mois. Comment dire ? C’est un ressenti… J’aurai 35 ans en mai prochain et il faut bien que ça s’arrête un jour. Dans ma tête, je suis prêt pour cette échéance. Franchement, je n’ai pas du tout peur de la petite mort du sportif de haut niveau. Et puis le dernier match de championnat sera un Bastia-Nantes. Ce serait quelque chose d’incroyable, de magnifique de terminer sur cette affiche. La boucle serait ainsi bouclée. Il ne s’agit peut-être pas d’un hasard, plutôt d’un signe du destin qui me dit de finir sur cette rencontre. »
Il faut rappeler en effet qu’il y a dix-sept ans, le 2 octobre 1996, le tout jeune Mickaël Landreau – 17 ans – disputait son premier match de Ligue 1 (qui s’appelait encore Division 1), dans la cage des Canaris, à l’occasion d’un déplacement brûlant en terre bastiaise ! Le gardien titulaire, Dominique Casagrande, blessé, et le n°2, Eric Loussouarn, dans une phase de doute, Jean-Claude Suaudeau, l’entraîneur nantais, n’avait pas hésité à titulariser ce gamin sans aucune expérience – hormis deux matches en Coupe Intertoto contre les Belges du Standard de Liège l’été précédent – pour défier les Corses dans leur antre.

Impérial à Furiani pour ses débuts pros
Coup de folie ? Coup de génie, plutôt ! Le môme inconnu devient le héros de la soirée en gardant son but inviolé (score final 0-0) après avoir notamment détourné un penalty du Slovaque Lubomir Moravcik. Sa réaction d’après-match ? « On m’avait prévenu que ce serait chaud à Furiani mais moi, je n’ai pas trouvé. Je n’ai pas été plus impressionné que ça… » Le môme avec trois poils au menton épate par sa maturité et la sérénité qu’il dégage. Il vient d’effectuer son entrée par la grande porte dans le monde pro, il ne va plus quitter la place, repoussant la concurrence. Mieux : à seulement 19 ans, il s’empare du capitanat !
En dix ans sous le maillot jaune, Landreau, l’enfant du pays, va disputer plus de 400 matches, remporter un titre de champion de France, deux Coupes de France et aussi deux Trophées des champions. Devenu incontournable, ce leader de vestiaire se retrouvé en première ligne des joueurs qui mènent, en décembre 2004, une fronde contre l’entraîneur de l’époque, Loïc Amisse. Jusqu’à obtenir sa tête. Autre épisode douloureux, sa Panenka ratée en finale de la Coupe de la Ligue 2004, durant la séance de tirs au but face à Sochaux. Elle coûta le titre aux Nantais. Il n’empêche : à chaque fois qu’il revient à la Beaujoire – cette saison, lors de la 1ère journée de championnat avec Bastia -, « Micka » est toujours accueilli chaleureusement. Les supporters canaris savent l’amour qu’il a porté à ces couleurs et à ce maillot.

« Contrairement à ce que certains pensent, j’ai continué de progresser à Paris »
En 2006, le petit gars d’Arthon-en-Retz se décide à couper le cordon. « Je pars pour grandir », se justifie-t-il. C’est au Paris Saint-Germain, tout juste racheté par Colony Capital, que le « goalkeeper » choisit de poser ses gants. Grandir ? Il va surtout vivre deux premières saisons galères. Le PSG lutte pour… le maintien (15e en 2006-2007, 16e et sauvé lors de la dernière journée l’année suivante). Mais au moment du départ, en 2009, il persiste et signe. « Contrairement à ce que certains pensent, j’ai continué de progresser à Paris. Le bilan, c’est 150 matches, des rencontres de Coupe d’Europe, une victoire en Coupe de la Ligue et une finale de Coupe de France. Bien sûr, j’aurais aimé faire mieux, remporter davantage de trophées mais je me suis toujours investi à fond. »
C’est dans le même état d’esprit qu’il s’engage pour trois saisons à Lille. Mais patatras, à peine a-t-il apposé sa signature que l’ancien Nantais est victime d’une rupture des ligaments croisés du genou droit, lors de la préparation estivale. On pronostique six mois d’indisponibilité, il mettra moins de quatre mois pour retrouver les terrains. L’entame a été affreuse, la suite sera délicieuse. Jusqu’à ce savoureux doublé Coupe-championnat en 2011 qui lui vaut les éloges de son coach, Rudi Garcia. « Il n’y a pas de grande équipe sans grand gardien. Micka nous a apporté toute son expérience au moment du titre. Ses arrêts décisifs nous ont permis de remporter la Coupe et le championnat. Il a eu un rôle primordial dans ces succès. »

« Je resterai dans le foot »
Dans l’euphorie, Landreau prolonge son contrat jusqu’en 2014, imaginant probablement finir sa carrière dans le Nord. Mais les histoires d’amour finissent mal en général et celle-ci n’échappe pas à la règle. Coup de tonnerre : début décembre 2012, le club et le joueur annoncent la rupture. « D’un désaccord commun, explique l’intéressé. Nos façons de fonctionner étaient devenues trop différentes. Déjà, il y avait eu des choses étranges au moment de ma prolongation. Ensuite, en début de saison, Frédéric Paquet (ndlr : directeur général adjoint du LOSC) est venu me voir pour me dire que je n’étais pas forcément un exemple à ses yeux. J’en ai parlé à l’entraîneur qui a décidé de ne rien dire et de ne rien faire. J’ai alors décidé de quitter le conseil des sages (une cellule formée des cadres du groupe, régulièrement consultée par Rudi Garcia). Enfin, il y a, une semaine, j’ai été trouver le conseiller du président, Jean-Claude Vandamme, pour lui expliquer que la situation devenait difficile au quotidien. Il m’a répondu que si ma volonté était de partir, cela pourrait aller très vite. Et voilà… »
L’ancien Dogue ne va rester longtemps sans cage. Durant la trêve hivernale, il se met d’accord avec Bastia, lancé dans une opération maintien, pour un contrat de six mois. Dès son premier match à Reims (victoire du Sporting 2-1), le portier n°3 chez les Bleus de Didier Deschamps enchante les siens. « Il nous apporte énormément dans tous les domaines, s’enthousiasme son nouveau coach, Frédéric Hantz. Qu’il s’agisse de son jeu au pied, de sa relance, de ses prestations sur la ligne, dans les airs et dans les sorties, il est déjà décisif. » Et cette fois, la lune de miel continue. Lune de miel que les deux parties ont donc décidé d’étirer d’une année encore avec, pour Landreau, ce record de matches de L1. Avant, probablement, de tirer sa révérence. Sans pour autant quitter le milieu. « Je ne sais pas dans quel rôle précisément mais je resterai dans le foot », conclut-il. Toute sa vie !

Monsieur Péno
Depuis son premier match chez les pros à aujourd’hui, ce sont pas moins de 39 penalties ou tirs au but que Mickaël Landreau a sauvés au cours de sa carrière. Au point de devenir LE spécialiste de la question. Quelle est sa potion magique ? « Avant chaque match, j’ai à ma disposition une vidéo consacrée aux tireurs de pénos mais il n’y a pas vraiment de secret, assure-t-il. Il m’est arrivé de stopper des tirs de gars que je ne connaissais pas bien et d’en encaisser de joueurs que je pensais mieux connaître. Le penalty, c’est un duel, un peu comme des boxeurs à la pesée. L’intox et l’intimidation jouent un rôle. » Encore à Nantes, il avait complètement désarçonné Ronaldinho, alors Parisien, en s’excentrant sur le côté droit de sa cage avant la frappe trop molle et trop dans l’axe du Brésilien, qu’il arrêta sans peine. Une de ses 39 glorieuses.

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