Équipe de France

Michael Young, forever Young

Membre de la confrérie des smasheurs fous de Houston, Michael Young débuta sa carrière de basketteur aux côtés de son grand ami Clyde Drexler. Mais pour lui, l’aventure NBA tourna court. Il rejoignit le CSP Limoges en 1992 et fut un élément-clé dans l’acquisition du titre européen suprême au printemps suivant. Le premier d’une équipe française tous sports confondus.

Comment peut-on être drafté au 1er tour en 1984 (24e choix) par les Celtics, champions NBA deux semaines auparavant, et se retrouver 8 ans plus tard dans le Limousin ? Comment peut-on être meilleur marqueur de son université – Houston – en 1982, 83 et 84, disputer trois Final Four NCAA les mêmes années mais ne pas faire mieux qu’un cireur de banc chez les pros américains et se retrouver aux Philippines ? Du calme, du calme… On va tout vous expliquer !
Regard tendre aux lueurs d’éclair. Sourire candide. L’éclat d’un homme bien dans sa peau. Michael Wayne Young ne comprend pas mais se veut philosophe. « C’est la vie. On ne m’a pas donné ma chance. En NBA, jamais on ne m’a fait le moindre reproche sur mon jeu. »
Boston, Phoenix (en 1984-85, 2 matches), Seattle et les Clippers (en 1989-90, 2 matches) lui ont ouvert les portes du paradis. Un rêve vite brisé. Pourtant, Michael a toujours su l’entretenir. « Je donnais le meilleur de moi-même. Je n’ai jamais triché. »
Cette éducation, il la doit à un couple modèle régnant sur une famille de huit enfants. Son père était gérant d’une concession automobile, sa mère infirmière. « Rien n’était facile pour nous. Nous n’étions ni riches, ni très pauvres. On ne manquait de rien à la maison. »
Michael habite Houston, sa ville natale. Ici, dans les années 70, un gamin lâché dans la rue est comme une biche lâchée dans la jungle. « Mais j’étais très casanier. Je sortais uniquement pour suivre mes frères sur les terrains de sport. »
James Young, l’aîné, héros de Michael, est un adepte de football américain et de basket. « Je voulais l’imiter. Je faisais de tout : basket, athlétisme, foot US. Après l’école, j’allais au playground et j’y restais près de trois heures. Pendant les vacances, j’y passais toute la journée. J’adorais ces moments parce que j’étais toujours avec mon meilleur pote : Clyde Drexler. »
C’était le duo d’enfer du quartier de Collins Place, à Houston. Seule l’école les séparait momentanément dans la journée. Michael étudie à la Yates High School. Un soir, il est introuvable. Panique générale. Où est-il donc passé ? A-t-il été enlevé par un gang ? Il n’a jamais fait de fugue. A minuit et après six heures de recherches, le gardien du lycée aperçoit une lueur venant du gymnase, qu’il avait pourtant éteint. Michael se tapait une séance de tirs en solitaire. Ouf de soulagement pour la famille.
« Je jouais très bien au football américain, je voulais même devenir pro. Mais j’ai choisi le basket. Après cette soirée agitée, j’ai continué mes séances le soir. Je faisais 300 shoots par jour. » En une saison, il deviendra le leader « top gun » de son lycée. « Je suis un scoreur dans l’âme mais pas un obsédé de records. Je suis avant tout un joueur d’équipe. »
1980. Fin d’une époque. Young est désormais étudiant. Son choix est évident : University of Houston. « Je restais dans ma ville et je connaissais la majorité des joueurs. Nous étions tous coéquipiers sur les playgrounds ou dans les summer leagues. »
Les Cougars auront l’équipe pour flamber : Akeem « The Dream » Olajuwon, Clyde « The Glide » Drexler – Michael a fortement milité pour la venue de son pote -, Larry « Mister Mean » Micheaux, Benny « Bomber from Bernice » Anders, Greg « Cadillac » Anderson… Et Young. Pas de surnom ? « Non parce que j’ai toujours eu un jeu classique. »
En fait, si : ce sera « Silent assassin ». Young est sans doute le joueur le plus efficace des Cougars mais aussi le plus sous-médiatisé par rapport à son talent. En un année, il s’impose au sein de la confrérie des smasheurs fous, la fameuse Phi Slama Jama. Trois Final Four consécutifs, donc : 1982, 83, 84. Trois échecs aussi. Défaite 68-63 contre North Carolina en demi-finales (1982). Après le départ de Clyde Drexler, défaite 54-52 contre North Carolina State en finale, la première de l’histoire du college (83). Défaite 84-75 contre le Georgetown de Patrick Ewing en finale (84).

Pour gagner sa croûte, il part aux Philippines
Fini l’université. Moyenne sur 4 ans : 15.2 points, 5.9 rebonds. Une dernière année à 19.8 points. Record de matches (134) et de minutes (4 498) jouées pour la fac. Record de tournois NCAA comme titulaire (4) et de matches du tournoi disputés (16). Young est aussi, avec Elvin Hayes et Otis Birdsong, le seul Cougar à avoir dépassé les 2 000 points. Mike est prêt pour le grand saut. Il apparaît comme l’un des golden boys de la future draft. Ce 19 juin 1984 à New York doit être son jour de gloire. Mais voilà, les choix défilent et il est toujours recalé. « A ma grande surprise, je me suis retrouvé dernier du 1er tour (ndlr : 24e), choisi par les Celtics. »
Young a le même agent que Larry Bird. Il est aussi shooteur que Bird. Là s’arrêtent les similitudes. Michael doit faire son nid. On lui refile le 13, chiffre porte-malheur quand on a devant soi douze gars qui viennent d’être sacrés champions NBA (4-3 contre les Lakers). Avec, en prime, un salaire de misère. Le rêve s’envole lorsque les Celtics le coupent le 25 octobre. Le 27 novembre, il est engagé comme free-agent par Phoenix. Deux petits matches avec le n°43. Quatre points inscrits en 11 minutes et puis s’en va.
Mike va se consoler chez les Detroit Spirits, en CBA, avec un titre de MVP à la clé (26 pts par match). Maigre, la consolation. En avril 1986, il est de retour en NBA. A Philadelphie et avec le n°8. Deux matches, 2 minutes de jeu… Pour gagner sa croûte, il lui faut faire son baluchon. « Je suis parti aux Philippines. J’ai apprécié cette expérience. Ce n’était pas la NBA mais je me faisais plaisir. »
Comme ce soir où sa main, prise de haute tension, va envoyer la défense de Manille faire le trottoir : 67 points. Young enchaîne. Direction l’Europe. Valladolid (Espagne) dans un premier temps. Puis Udine (Italie). Là, sa femme réveille ses ambitions. « Elle voulait que je retente ma chance en NBA. J’ai fait le choix d’aller aux Clippers. A l’époque, il y avait Ron Harper, Charles Smith, Danny Manning… On m’a pris. Je jouais. Puis les titulaires sont revenus de blessure et mon temps de jeu a diminué. »
A l’arrivée, 45 matches pour 4.9 points de moyenne. Ce seront ses dernières apparitions dans la grande Ligue. Passage par le Sioux Falls Skyforce (CBA). Retour sur le Vieux Continent, à Reggio de Calabre (Italie). Dans le Sud de la Botte, on sait que « El Gaucho » ne paie pas de mine mais qu’il peut couler n’importe quelle défense. Durant deux saisons, il fait l’ascenseur. A1, A2 et remontée avec quelques coups d’éclat au passage. Un soir, Knorr Bologne fait les frais du Young Show : 63 pions.
Ses perfs sont décortiquées par Limoges. Le CSP veut rebâtir sur du solide après le faste des années Don Collins-Stéphane Ostrowski-Michael Brooks. Mike est une assurance tous risques. Ce passionné de pêche et mordu de jazz est d’abord un redoutable chasseur de points qui sait filer le blues aux défenses. Il ne lui manque que la consécration. Il a déjà 31 ans. Il a planté à volonté partout où il passé mais ses équipes n’étaient pas en mesure de disputer le titre. En 1992, il pose ses bagages dans le Limousin. Cela changera sa vie. Celle du Cercle Saint-Pierre aussi. Une page se tourne avec l’abandon du traditionnel maillot vert au profit du jaune.

Maljkovic, l’entraîneur parfaitement intraitable
Bozidar Maljkovic, arrivé à l’intersaison, ne rigole pas. Avec la tactique. Avec les consignes. Avec les entraînements. Avec la vie de groupe. Le sorcier serbe se montre parfaitement intraitable, imposant une discipline quasi-militaire à ses joueurs. Et ça commence sur le parquet où un véritable rideau de fer est dressé. Avec Maljkovic, les matches se gagnent en essorant l’adversaire. Beaublanc aura droit à l’une des plus belles démonstrations de basket défensif. Cette année-là, le CSP ne perdra qu’un match de championnat, à Pau. Dans ce schéma étouffant (surtout pour les autres équipes…) où on va au bout des 30 secondes de possession pour épuiser l’opposition, l’ailier de 2 m et 100 kg est une sorte d’électron libre. C’est surtout la gâchette attitrée de l’équipe.
Limoges atteint le Final Four de l’Euroleague programmé à Athènes. Le Croate Toni Kukoc, vice-champion olympique à Barcelone, dispute là son quatrième Final Four en cinq ans avant de s’envoler pour les Etats-Unis. Il a remporté les trois premiers. Son équipe, le Benetton Trévise, fait figure de favori, comme le Real Madrid d’Arvydas Sabonis. L’ancien coach de Kukoc à Split est désormais assis sur le banc du CSP. En demi-finales, Limoges surprend le Real 62-52 avec 20 points de Michael Young et 14 de Richard Dacoury. Trévise écarte de peu le PAOK Salonique (79-77).
La finale se joue le 15 avril 1993. Comme d’habitude, Maljkovic veut contrôler le tempo. Ce n’est pas du « ball control » version foot US, où il s’agit de conserver la possession du cuir et d’avancer en faisant tourner l’horloge. Ici, il s’agit d’imposer le rythme du match en attaque comme en défense. Les joueurs du CSP sont des mineurs qui retournent inlassablement au charbon. Et Limoges fait complètement déjouer le Benetton de Stefano Rusconi et Terry Teagle (ex-Lakers). Victoire 59-55 avec 18 points et 7 rebonds de Michael Young, 15 points et 8 rebonds d’un magnifique Jim Bilba, 6 points et 10 rebonds de Willy Redden et deux lancers francs décisifs du meneur slovène Jurij Zdovc. Chef-d’œuvre absolu. Quelques semaines avant le sacre de l’Olympique de Marseille contre le Milan AC (1-0) en Ligue des champions, Limoges devient la première équipe française de l’histoire sacrée à l’échelle du continent. C’est encore à ce jour la seule victoire d’une équipe tricolore dans la meilleure épreuve européenne de basket.
Les nouveaux champions d’Europe ont pour noms Jim Bilba, Christophe Botton, Franck Butter, Richard Dacoury, Jean-Marc Dupraz, Marc M’Bahia, Frédéric Forte, Willie Redden, Jimmy Vérove, Michael Young et Jurij Zdovc.
« L’Euroleague était une compétition dans laquelle je ne pouvais pas imaginer une victoire française, expliqua le capitaine des champions d’Europe Richard Dacoury dans une interview au site officiel de la compétition. Ce fut une fantastique saison, avec la venue d’un nouveau coach. J’ai cru profondément en lui. Il a apporté une discipline nouvelle et une nouvelle façon de travailler. Bien sûr, il était impossible de penser que ça puisse payer aussi vite.
Avant d’apprendre la venue de Boja, j’étais prêt à mettre fin à ma carrière. Je ne trouvais plus de plaisir à jouer. J’étais frustré de ne pas pouvoir être capable d’atteindre le top européen. On était dominateur dans le championnat français – 19 victoires de suite si je me souviens bien – mais nous avions perdu le Tournoi des As quelques jours avant le début du Final Four. Au lieu de nous faire douter, ça nous a fait travailler plus dur.
(…) Pour moi, (la demi-finale face au Real Madrid) fut le moment le plus fort du Final Four. C’était un géant, un mythe en face de nous. Mais on l’a fait et tout est devenu possible. (…) Le coach a réussi à nous faire croire que cette équipe (du Benetton) n’était pas aussi forte que cela. Le Benetton de Kukoc ! Est-ce que tu peux t’imaginer ça ? Et on l’a cru. En première mi-temps, on avait la pression et on a mal joué. Dans les vestiaires, on a réalisé qu’on n’était qu’à -6 en jouant pourtant un basket faible. On savait que si on le voulait, c’était possible. Le reste fut historique, on en a parlé et reparlé depuis. Je n’ai qu’un seul regret : cette année-là, le trophée était laid. Je rêvais d’avoir le vieux dans mes mains. Ils ont réparé ça l’année suivante. »

Quelques semaines plus tard, Limoges s’adjuge le titre de champion de France en disposant de Pau (3-1). Désigné MVP étranger du championnat, Michael Young sera encore distingué l’année suivante. Le Panathinaïkos élimine le champion d’Europe sortant en quarts de finale mais Limoges décroche une deuxième couronne nationale en battant Antibes en deux manches.
Au printemps 1995, le CSP est de nouveau dans le dernier carré de l’Euroleague. Le Final Four se joue à Saragosse. Invités : Real Madrid, Olympiakos et Panathinaïkos. Coaché par Zeljko Obradovic qui a remporté deux fois le titre, avec le Partizan en 1992 et Badalone en 1994, Madrid prend sa revanche sur le CSP en demi-finales (62-49, 9 pts de Young). Dans le match pour la 3e place, Limoges encaisse 91 points du Pana (91-77). Le gaucher de Houston termine meilleur marqueur limougeaud devant Tim Kempton (14) et Richard Dacoury (10). En Pro A, le CSP est éliminé par Pau en demi-finales (1-2). Sans le n°8, blessé avant le début des playoffs.
Une nouvelle page se tourne. Michael réapparaît à l’automne suivant sous le maillot de la CRO Lyon. Il ne dispute que trois matches pour le club rhodanien avant de mettre le cap sur l’Italie et Fabriano.
Après l’arrêt de sa carrière professionnelle, il retourna à Houston où il fut assistant coach pendant une saison et préparateur physique pendant cinq ans. Il passa ensuite directeur des opérations basket de la fac. Avec sa femme Tina, il a eu cinq enfants, Michael Jr, Joseph, Mayorca, Jacob et Milan. Son fils Joseph fait partie du roster des Cougars pour la saison 2011-12. Houston retira le maillot n°42 de l’ex-Limougeaud le 18 décembre 2007. Young compléta son diplôme d’éducation en 2002.

Constant NEMALE / MONDIAL BASKET

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