Étranger

Memphis Depay, sur la route de Manchester

Natif de Moordrecht, dans la banlieue de Rotterdam, Memphis Depay a traversé des zones de turbulence dans sa jeunesse. Cela ne l’empêche pas, aujourd’hui, d’être l’un des plus grands espoirs du foot mondial. Sa vie est un roman et pas un long fleuve tranquille…

A seulement 21 ans – il les a fêtés le 13 février -, la vie de Memphis Depay, que Manchester United a chipé au Paris SG courant mai, s’apparente davantage à un roman qu’à un long fleuve tranquille. Blessures, fêlures, cicatrices, écarts, lignes brisées et tentation des interdits : pour le comprendre, il faut passer de l’autre côté du miroir, on the dark side of the moon. Avant, enfin, d’apercevoir la lumière. Elle l’a irrésistiblement attiré sous le maillot du PSV Eindhoven, où Memphis a laissé éclater son incroyable talent. Voilà, en condensé, la vie du môme né à Moordrecht, un bled à côté de Rotterdam.
Son background ? Une mère néerlandaise, un père ghanéen. Le paternel largue très vite les amarres et quitte le foyer familial. Voici pour les premières cicatrices de l’enfance. Elle ne se sont jamais complètement refermées. Comme pour effacer définitivement de son univers ce père inconnu, le joueur ne porte plus, désormais, de maillot floqué à son nom. Il l’a remplacé par son prénom. Appelez-le Memphis. « Depay, c’est le nom de mon père et je n’ai aucun contact avec lui, a-t-il confié un jour. Mes parents ont divorcé quand j’avais 4 ans. S’il me manque ? Tout ce que je sais, je l’ai appris par moi-même ou de ma mère. Je ne lui dois rien. Je vis ma propre vie. S’il m’appelait, je lui parlerais mais je n’ai pas besoin de lui. »
Cette absence, le sauvageon la compense à grands coups de révolte. Avec de grands coups de pied dans le ballon aussi. Au club du coin, le VV Moordrecht, et dans la rue. Partout, tout le temps. Haut comme trois pommes mais déjà doté d’une technique assez sidérante pour son âge. Il ne tarde pas à attirer l’attention. Memphis n’a que 9 ans lorsqu’il rejoint le Sparta Rotterdam. Il y restera 3 ans et laissera le souvenir d’un joueur prometteur. Mais également l’image d’une tête brûlée ingérable. Elle pousse le club à stopper l’aventure. Kevin Valkenburg, l’un de ses coaches à l’époque, se souvient : « Il était déjà très fort au niveau football mais il se trouvait dans une situation familiale compliquée. Il ne savait pas ce que « bien se comporter » signifiait. Il était impossible à entraîner. Il refusait toute remarque, n’acceptait pas d’être corrigé. Il semblait dévasté, totalement perdu. Tout cela a fait qu’on ne l’a pas gardé. »
Fin de l’histoire ? Il ne s’en est pas fallu de grand-chose. Le PSV Eindhoven, qui a décelé de la graine de star chez le pré-ado, veut croire qu’il parviendra à canaliser son caractère impétueux pour ne laisser parler que son talent. Pour cela, les dirigeants le placent dans une famille d’accueil (il va découvrir une structure beaucoup plus stable que ce qu’il a connu jusque-là). Et ils lui adjoignent un coach personnel, Joost Lenders, qu’ils vont chercher à l’Académie des jeunes de La Haye. Son rôle est de cadrer et d’encadrer le turbulent.
Entre les deux, le courant passe, même si Memphis ne devient pas un saint du jour au lendemain. « Il m’a énormément aidé, convient aujourd’hui le joueur. Je pouvais lui ouvrir mon cœur, me confier à lui. Il a été comme un père pour moi et il l’est toujours. » Sur le terrain, l’espoir vole. C’est un droitier qui préfère évoluer sur l’aile gauche. Ses dribbles sont dévastateurs, ses accélérations supersoniques et sa puissance de frappe constitue une arme fatale. Il signe son premier contrat pro à 17 ans et s’offre ses premières sortie avec l’équipe A (11 matches et 5 buts lors de la saison 2011-12).

Trop porté sur le rap
Depay est dorénavant sur la bonne voie mais tout n’est pas encore parfait. Fred Rutten, entraîneur du PSV de juillet 2009 à mars 2012, est celui qui l’a lancé dans le grand bain. Il raconte : « En dehors du foot, il était aussi passionné de rap et cette activité lui prenait beaucoup de temps. Je lui ai expliqué qu’il ne pouvait pas être à la fois le meilleur footballeur et le meilleur rappeur. Il fallait qu’il se concentre sur le jeu s’il voulait devenir le meilleur dans ce domaine. »
Plus docile, Memphis va placer la zique au second plan, sans totalement délaisser cet autre amour. En club, il reste un peu dans l’ombre de Dries Mertens, l’homme fort de la gauche au PSV, lors de la saison 2012-13 mais le départ de l’international belge pour le Napoli l’été suivant lui permet de définitivement prendre son envol. A 19 ans, pour sa première année en tant qu’indiscutable titulaire, Depay inscrit 12 buts et offre 7 passes décisives en 32 rencontres de championnat. Après avoir été sacré champion d’Europe avec les U17 néerlandais (victoire 5-2 en finale face à l’Allemagne avec un but de celui qui se laissait encore appeler Depay), il fête sa première sélection chez les grands, le 15 octobre 2013 en Turquie. Et surtout, il accroche une place pour le Mondial brésilien. Dans le rôle de « super substitute » que lui attribue Louis Van Gaal, il va faire des merveilles.
Entré en cours de partie, lors du deuxième match de poule contre l’Australie, il signe le but de la victoire (3-2). Entré une nouvelle fois en cours de partie, lors du troisième match contre le Chili, il plante le but du 2-0 dans le temps additionnel. La Coupe du monde comme un révélateur, à tout juste 20 ans. L’expérimenté Robin Van Persie, qui l’a côtoyé pendant cette campagne brésilienne, en a plein la bouche. « Ce que j’apprécie particulièrement chez lui, explique l’attaquant de MU, c’est qu’il assimile très vite les choses. Il est très mature pour son âge, il est très mûr dans tout ce qu’il entreprend. C’est le partenaire rêvé. On se comprend bien et j’aime vraiment son style de jeu. »
Dans la foulée de son merveilleux été, le gamin de Moordrecht a encore élevé le niveau avec le PSV cette saison. En phase de groupes de la Ligue Europa, il a tout déchiré : 7 buts en 6 matches ! En Eredivisie, le championnat néerlandais, il tournait à la moyenne phénoménale, pour un joueur de couloir, de 0,75 but par match (22 pions en 30 rencontres à l’arrivée). Luuk de Jong, son partenaire de l’attaque, était, comme les autres, sous le charme. « Je comprends que les adversaires aient peur de lui. Il est imprévisible et surtout, il parvient toujours à trouver des espaces dans les défenses. »
Après une première moitié de saison très réussie, les rumeurs avaient commencé à enfler durant le mercato d’hiver. L’intéressé y avait vite mis un terme. « Je n’ai jamais été champion des Pays-Bas, ce serait un must pour moi (ndlr : c’est désormais chose faite). Et c’est pourquoi je vais rester. » Du côté d’Eindhoven, on ne se faisait pas trop d’illusions sur la suite des événements. L’entraîneur, Phillip Cocu, se montrait plutôt fataliste en évoquant le futur proche de celui que l’on compare déjà à Arjen Robben, son alter ego sur l’aile droite. « Je crois que Memphis va nous quitter à la fin de la saison. C’est malheureux mais d’un autre côté, nous devons être fiers de l’avoir formé. Il apparaît évident qu’il est prêt, aujourd’hui, à franchir une nouvelle étape dans sa carrière. »
Parmi les mastodontes lancés à ses trousses, c’est Manchester United qui a donc eu le dernier mot. Le coach des Red Devils, Louis Van Gaal, est l’homme qui avait lancé Depay en sélection. C’est lui qui lui avait permis d’étaler tout son talent lors de la Coupe du monde. Paris ne pouvait rien faire contre ça.

La date à retenir
23 juin 2014, troisième match de poule de la Coupe du monde entre les Pays-Bas et le Chili. Entré en cours de jeu, Memphis, le super joker, inscrit le but du 2-0 dans le temps additionnel.

Profil
■ Né le 13 février 1994 à Moordrecht (P.-B.)
■ 1,78 m, 78 kg
■ Attaquant
■ Roadbook : PSV Eindhoven (P.-B., depuis 2011, formé au club), Manchester UTD (depuis 2015)
• International A (Pays-Bas), première sélection : le 15.10.2013 à Istanbul, Turquie-Pays-Bas, 0-2
• Palmarès :
Troisième de la Coupe du monde 2014 avec les Pays-Bas
Champion des Pays-Bas 2015 avec le PSV Eindhoven
Meilleur buteur d’Eredivisie 2015
Vainqueur de l’Euro U17 en 2011 avec les Pays-Bas
Vainqueur de la Coupe des Pays-Bas en 2012 avec le PSV Eindhoven
Vainqueur de la Supercoupe des Pays-Bas en 2012 avec le PSV Eindhoven

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