Étranger

Mauro Icardi, l’attaquant 2.0

Repéré aux îles Canaries, recalé par le Barça, adoubé en Italie. Tel est l’incroyable parcours de Mauro Icardi, sorte d’avatar de Gabriel Batistuta qui sévit autant sur les pelouses que sur les réseaux sociaux. Portrait d’un type bien dans son époque !

Lui, c’est toute une histoire. Un profil gueule de star, un rebelle en herbe. Un drôle de loustic né à Rosario, dans le même quartier que Lionel Messi. Formé, comme « la Pulga », à la Masia de Barcelone. Mais pour les similitudes, on s’arrête là. « Messi est bon. Mais moi, mon idole, c’est Gabriel Batistuta. » Faut pas le chatouiller, Mauro !
Un phénomène depuis sa plus tendre enfance, si tant est que le mot « tendre » fasse partie de son vocabulaire. En 2002, quand la crise frappe de plein fouet l’Argentine, ses parents fuient le pays. L’avion traverse en partie l’océan. En partie seulement puisqu’il pose ses ailes et la petite famille aux Canaries. Mauro a 9 ans. Peu importe le traumatisme familial causé par le grand départ pour peu qu’il y ait un ballon sur place. En fait, il n’y a que ça qui l’intéresse. A l’UD Vecindario, le club de Sainte Lucie (situé au sud-est de l’île de la Grande Canarie), Mauro marque beaucoup de buts. Plus souvent qu’il ne change de pointure. Normal, à son âge et à cette cadence. Il paraît que pendant 7 ans, le petit Icardi aurait planté au moins 384 buts sur l’île. Dont 128 – ça, on en est sûr – en l’espace d’une seule saison. Forcément, ça vous assoit une notoriété en plein cœur de l’anticyclone des Açores.

Le Barça dégaine le premier
Dès l’année 2008, Arsenal et Liverpool manifestent ainsi un intérêt certain pour ce petit bout de terre qui émerge au millieu de l’Atlantique. Et ce petit bout d’homme qui claque pareilles statistiques. Il se dit aussi que le Real Madrid et Valence, toujours bien informés des choses de la vie au large de leurs côtes, suivent d’un œil aiguisé les premiers exploits du prodige. Et vlan, sans faire de bruit, comme ça, au milieu des embruns, c’est le FC Barcelone qui rafle la mise.
Les scouts catalans ont pris en pleine poire, eux aussi, cet espèce d’énergumène à crampons lors d’un tournoi de jeunes disputé par Vecindario. En face, il y avait notamment le FC Porto et l’Espanyol. Rodolfo Borrell, l’un des cerveaux de l’académie blaugrana, présent ce jour-là, se souvient. « Quand je l’ai vu, je me suis tout de suite demandé jusqu’où il serait capable d’aller. Il avait des qualités incroyables ! »
Icardi a le choix. Plusieurs grosses machines ont lancé une offensive mais l’histoire ne va pas s’éterniser. Pas le genre du garçon. « Depuis tout petit, chaque fois que je joue aux jeux vidéo, je prends le Barça ! Et maintenant, j’y suis. J’espère qu’un jour, je pourrai apparaître sur la PlayStation. J’ai toujours eu comme idole Gabriel Batistuta. Aujourd’hui que je suis au Barça, je m’identifie à Leo Messi. J’espère pouvoir jouer à ses côtés un jour. Dès que je suis là, il est venu vers moi. Il m’a juste dit de travailler dur. »

Erreur de casting
Le ton change mais pas le tempo. A la Masia, Mauro n’est pas le moins turbulent des pensionnaires mais personne ne bronche vraiment quand il enclenche la seconde sur les pelouses le week-end. Avec les U17 puis les U19, il plante 38 buts en deux saisons ! « Messi m’a pris sous son aile. Nous sommes devenus amis, poursuit Mauro. En plus d’être la meilleure école de football du monde, la Masia a été, pour moi, la meilleure école de vie possible. »
A l’initiative de la puce star, Icardi prend part à plusieurs séances d’entraînement des professionnels, conduites par Pep Guardiola et Tito Vilanova. C’est là, paradoxalement, que le chemin va bifurquer. Mauro est un animal de surface. Fidèle clone ou presque de son idole de toujours, « Batigol ». Brut de décoffrage. Pas franchement le profil type du numéro neuf que l’on trouve dans l’ADN du Barça. Zlatan Ibrahimovic, qui était en train de vivre exactement la chose en direct live du Camp Nou, chez les grands, quand il se fritait par médias interposés avec Guardiola, peut en témoigner. L’Argentin comprend que son histoire d’amour avec la Catalogne va s’arrêter là. « J’ai dû changer de club. Je ne sentais pas autour de moi la confiance nécessaire pour endosser un jour le maillot de l’équipe première. »
Le rêve d’évoluer avec Messi s’envole mais pas son caractère, toujours aussi bien trempé. Abian Moreno, son agent de l’époque, précisait de façon plus diplomatique : « Mauro n’arrivait plus à évoluer comme il le souhaitait. Nous avons estimé tous les deux qu’il était préférable pour lui d’aller dans un autre club. Nous avons compris que le système de jeu du Barça n’était plus adapté à ses talents. »

Décollage immédiat à la Samp
Il plie bagage pour aller en face. Traversée de la Méditerranée, arrivée au port de Gênes. Icardi rejoint la Sampdoria, qui a le nez creux. La Samp l’attire contre une indemnité estimée à 400 000 euros. Un investissement vite rentabilisé. La carrière de Mauro va décoller. Pour la première fois de son existence, il se retrouve dans un pays dont il ne parle pas la langue. Alors, il va parler avec ses pieds. Au sein de la Primavera (la réserve des pros), il claque 23 pions en 31 matches, pendant deux saisons. Dès la première année, il décroche le titre de meilleur buteur des réserves avec 19 réalisations en 23 rencontres.
Icardi effectue ses grands débuts chez les pros avec la Sampdoria en Série B, le 12 mai 2012. Comme à son habitude, le bonhomme ne fait pas les choses à moitié. Entrée en jeu à la 75e minute. Il ne lui en faut que 10 de plus pour marquer son premier but chez les grands. Celui de la victoire. La Sampdoria retrouve la Série A.
Mauro profite de la blessure de son nouvel ami argentin au club, Maxi Lopez, pour s’installer en attaque. Après 6 matches de Série A, nouveau coup d’éclat. Il choisit bien son moment pour marquer son premier but dans le Calcio : le 18 novembre 2012, jour du « derby de la lanterne » (voir par ailleurs), Sampdoria-Genoa ! La Samp restait sur sept défaites consécutives en championnat. Les voisins de palier se pointaient avec une paire d’attaque à faire trembler toute la Botte (Marco Borriello-Ciro Immobile). Et c’est le gaillard venu de Catalogne qui assure la victoire (3-1) à 3 minutes de la fin.

Quadruplé contre Pescara
Numéro 98 dans le dos, torse bombé, Mauro crève l’écran. Adoption définitive d’un stade Luigi Ferraris enfiévré. Dans la série « buts qui comptent », il parfait le tableau au tout début de l’année 2013 quand il s’offre un doublé sur la pelouse du Juventus Stadium pour faire chuter la Vieille Dame, championne en titre, imprenable dans son antre (2-1). Un coup de maître qui marque le début de sa grande chevauchée.
Trois semaines plus tard, soit quelques jours seulement après le décès de Riccardo Garrone, président d’honneur de la Sampdoria, le kid de Rosario plante un quadruplé contre Pescara, dans un match chargé d’émotion et dans un parallèle assez saisissant puisque le même jour, de l’autre côté de la Méditerranée, son pote Leo Messi fait de même contre Osasuna dans la victoire 5-1 du Barça. « C’est une étape supplémentaire dans ma carrière et aussi une grande émotion car nous voulions gagner ce match pour notre président. Quatre buts dans un match de Série A ? C’est grand, surtout à 19 ans. » Ah oui, on avait oublié… Son âge.
En très peu de temps, Maurito devient l’idole de Marassi (le surnom du stade gênois), toujours chaud bouillant. Sans que cela ait quelque chose à voir avec le cocktail et les feuilles de menthe. Icardi devient la star de la Samp où sa façon de fendre les défenses, son art du démarquage et sa frappe de balle, puissante et cadrée, commencent vraiment à rappeler Gabriel Batistuta dans le petit monde du Calcio. La reconnaissance suprême mais pas seulement. « Je suis un vrai attaquant axial, pas un chasseur de buts qui campe dans les surfaces de réparation, déclare-t-il. J’aime bien varier mon jeu, décrocher pour aider l’équipe à ressortir le ballon, partir de loin, jouer en profondeur… »

« Wanda derby »
Fidèle à son image, Icardi ne se fixe pas de limites. Il refuse la sélection Espoirs italienne qui vient le courtiser ardemment. Il n’a qu’un maillot en tête. Ciel et blanc, avec des rayures. « Je sais que ce sera difficile de décrocher une place pour la Coupe du monde au Brésil, déclare-t-il à l’époque, parce que les attaquants argentins sont, en ce moment, les meilleurs du monde. Mais je rêve de porter le maillot albiceleste et je sais que je le ferai un jour. »
Trop fort, Mauro quitte les docks de Gênes. Et file vers le Nord. En Italie, le régime de la copropriété est courant dans le foot. Pour 6,5 millions d’euros, l’Inter Milan acquiert « Ica ». La moitié d’Icardi. Après avoir fait cocu Maxi Lopez, Mauro s’affiche pour de bon avec Wanda Nara, qui était mariée avec son compère. Argentine bombasse et mannequin à la fois. Mauro ne manque pas une occasion de provoquer Maxi  sur ses comptes numériques. « Les réseaux sociaux, c’est comme une drogue », ose-t-il un jour.
Les retrouvailles ont lieu le 13 avril 2014. Avant le coup d’envoi de Sampdoria-Inter, rebaptisé pour le coup « Wanda derby » en Italie, les deux joueurs refusent de se serrer la main. Maxi Lopez finit le match humilié comme jamais. Il rate un penalty, Icardi claque un doublé. Les Nerazzurri éclatent la Samp 4-0 à Marassi. La totale !

Gagner avec l’Inter
Après s’être fait tatouer les prénoms des trois enfants de Wanda (et du cocu) sur les bras, parce qu’il n’est pas à ça près, Icardi épouse la belle à Buenos Aires le 28 mai 2014. Devenu taulier à la pointe de l’attaque de l’Inter, il enchaîne, à 21 ans, avec une nouvelle saison statistiquement effrayante. Mais ce coup-ci à San Siro. Walter Mazzarri licencié, Roberto Mancini relancé ? Peu importe. « Maurito » claque but sur but.
On en est à 17 après 30 rencontres de Série A. Il n’en fait qu’à sa tête, comme lorsqu’il oublie son comparse Pablo Osvaldo pour un but tout fait. « J’ai tenté ma chance, j’ai foiré, je n’aurais pas dû », dit-il. Sa cagade provoque le coup de sang d’Osvaldo, arrêté par Freddy Guarin alors qu’il allait lui sauter dessus. Un incident qui ne pouvait pas rester sans suite. Osvaldo a été prié de s’entraîner en marge du groupe la semaine suivante.
A l’Inter, on ne touche pas à Icardi. Pour le moment, tout lui réussit. Provoc ou pas. Tant qu’il marque des buts… Il ne joue pas au Barça mais il a son nom dans les jeux vidéo. « Je veux gagner avec ce maillot de l’Inter et je suis sûr que j’y réussirai. » Elle n’est pas belle, la vie ?

C’est quoi, le derby de la lanterne ?
C’est le phare (« lanterna ») qui a guidé les navires au fil des siècles, dont ceux de Christophe Colomb, natif de Gênes et symbole de la cité méditerranéenne. C’est donc le phare qui a tout naturellement donné son nom au derby gênois entre le plus vieux club d’Italie, fondé en 1893, le Genoa Cricket Football Club, et la Sampdoria, où ont notamment évolué les champions du monde français Christian Karembeu et Alain Boghossian. Pas le plus médiatisé ni le plus international de la Botte mais sans aucun doute l’un des plus chauds !

Profil
Mauro Emanuel ICARDI
■ Né le 19 février 1993 à Rosario (ARG)
■ Attaquant
■ 1,81 m, 75 kg
■ International argentin
■ Première sélection : le 15 octobre 2013 à Montevideo, Uruguay-Argentine, 3-2
■ Roadbook : Sampdoria Gênes (ITA, 2011-13), Inter Milan (ITA., depuis 2013)

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