Équipe de France

Mathieu Debuchy, la momie vous salue bien

C’est lui, le taulier du couloir droit des champions de France. Coup de zoom sur le Daniel Alves de la Ligue 1 en version rafistolée. En août dernier, il a été convoqué pour la première fois en équipe de France.

« C’est notre guerrier à nous. Ce mec, il jouerait avec une jambe cassée ! »
Rio Mavuba a la chambrette facile mais il ne rigole pas dès qu’il s’agit de « son » Debuch’. Mathieu Debuchy à Lille, pas toucher ! Membre permanent du Conseil des Sages (mis en place par Rudi Garcia à l’été 2008, le quintet comprenait Rio Mavuba, Mickaël Landreau, Florent Balmont, Stéphane Dumont et Debuchy), Mathieu est un peu plus qu’un joueur chez les champions de France sortants.
Né à Frétin, à quelques encablures de Lesquin et de la métropole lilloise, Debuchy est un pur produit du LOSC, élevé à la sauce Dogue depuis ses crocs de lait. Il sait tout du club, connaît tout le monde, s’y sent comme à la maison. Et il le dit.
« Oui, je suis chez moi au LOSC. »
Ça tombe bien, il a décidé de prolonger l’aventure.
« Je me suis posé la question l’été dernier (ndlr : en 2009). J’aurais pu partir mais franchement, il y a tout ici pour vivre une grande aventure. Je ne peux pas rêver mieux. »
Mathieu est désormais lié contractuellement à Lille jusqu’en juin 2015. Et à vie côté cœur.
« Le LOSC, c’est mon club de toujours. J’y suis arrivé en 1993, j’avais 8 ans. »
Celui que Ludovic Obraniak a surnommé « Terminator » fait partie des joueurs qui comptent un peu plus que les autres dans un groupe par cette capacité – ce n’est pas qu’un cliché – d’aller glisser la tête là où personne n’oserait mettre le pied. Remonter le fil de sa carrière médicale en dit long sur les ressources mentales du bonhomme et les qualités hors normes du compétiteur. Debuch’, c’est une encyclopédie de la médecine illustrée ! Avec une litanie de blessures. Les croisés d’un genou, le gauche, en 2003 à l’entraînement. Le droit en 2006 à Strasbourg. Privé d’Euro Espoirs au Portugal.
A Rennes, il termine le match avec plusieurs côtes cassées. Bah oui, Rudi Garcia avait effectué ses trois changements. Il trouvera la force d’être à l’origine du but victorieux avant de s’écrouler dans le vestiaire et d’être hospitalisé d’urgence. On vous épargne les épaules ? Non : il s’est fait opérer pour en fixer une avant de se faire déboîter l’autre en mai 2010, au Vélodrome, après avoir marqué le but décisif contre l’OM et pris… tous ses coéquipiers sur le dos ! Depuis, il joue toujours avec une protection.
On en reste là ? Toujours pas : il s’est aussi cassé les deux poignets en valdinguant par-dessus son bi-cross quand il était gamin. On vous passe en revanche les multiples entorses. Le garçon joue strappé de partout, de toute façon ! Pas encore une énigme pour la science mais depuis longtemps, un exemple pour l’équipe. Les Dogues ne s’y trompent pas. Franck Le Gall, ancien kiné de l’INF Clairefontaine passé à Lille, témoigne :
« Quand on dit, dans le vestiaire, que « c’est du Debuchy », cela signifie qu’on ne s’écoute pas et qu’on passe par-dessus la douleur, quel que soit le problème. Je me souviens qu’à quelques heures du match contre Brest, Mathieu ne posait quasiment pas le pied au sol. Mais il a joué. »
Quatre-vingt-dix minutes, sans broncher. Comme contre Wasquehal en Coupe de France.
« C’est parce que c’était face à mon frère Grégoire. Mon mental me permet de supporter beaucoup de choses mais je ne suis pas non plus un surhomme. Parfois je ne peux pas. »
Pas un surhomme mais une référence du jeu, considéré comme le meilleur arrière droit du championnat l’an passé. Et plutôt à raison. Sur l’ensemble de l’exercice, il fut le défenseur ayant touché le plus de ballons (voir encadré). « Daniel Alves », comme le surnomment les suiveurs du LOSC, est capable d’enchaîner les allers-retours avec son coffre et cette espèce de supplément d’âme qui en fait un joueur à part.
Appelé par Laurent Blanc en Norvège en août dernier, il n’a pas joué. Il n’a pas été convoqué depuis, barré par Bacary Sagna et Anthony Reveillère, dans la hiérarchie du sélectionneur. Mais il n’a que 26 ans. Après tout, à cet âge, Paolo Maldini et Cafu n’étaient encore que des juniors.

Le défenseur qui a touché le plus de ballons en 2010-11
Avec 2 179 ballons joués en 35 matches dans le championnat 2010-11, Debuchy a fini 15e au classement général de la Ligue 1 et premier défenseur. Il était le 4e joueur ayant touché le plus la balle à Lille derrière Yohan Cabaye (2e, 2 728), Rio Mavuba (7e, 2 345) et Eden Hazard (14e, 2 249).

3 virages pour 1 titre
Voici les trois tournants de la saison 2010-11 selon l’arrière droit du LOSC.
1. Lens-Lille, 1-4 (5e journée)
« On sort de 4 nuls au cours des quatre premières journées. On a repensé à la saison précédente où on avait complètement manqué notre départ (ndlr : 1 nul, 3 défaites). Là, il fallait qu’on gagne absolument. Il s’agissait du derby. Ce n’est jamais évident. Pourtant, c’est bien là qu’on a lancé notre saison. Il s’est produit un déclic dans nos têtes. »
2. Marseille-Lille, 1-2 (26e journée)
« On s’impose au Vélodrome, avec la manière en plus. Une victoire sans aucune contestation possible. On a fait la différence en mettant un gros, gros coup sur la tête des Marseillais. »
3. Saint-Etienne-Lille, 1-2 (35e journée)
« C’est peut-être à Sainté qu’on gagne le titre. Tout Geoffroy-Guichard nous a applaudis à la fin du match. C’était fort, un beau moment. »

Mathieu Debuchy en short
■ Né le 28 juillet 1985 à Frétin
■ 1,77 m, 74 kg
■ Défenseur
■ Roadbook : Lille (formé au club)
■ Palmarès : Champion de France 2011, vainqueur de la Coupe de France 2011 avec Lille

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