Étranger

Mario Gomez, l’empreinte d’un géant

Sans faire beaucoup de bruit mais avec opiniâtreté et ténacité, le Bomber du Bayern Mario Gomez est en train de s’élever à la hauteur des plus grands. Comme il l’a toujours rêvé. Récit.

Mario Gomez a fini l’année 2011 comme il l’avait commencée. En trombe. Meilleur marqueur du championnat 2010-11 avec 28 buts, soit 35% des réalisations du Bayern, il a attaqué l’édition suivante sur des bases encore plus affolantes. A la trêve hivernale, il s’affichait à 16 buts en 16 matches de Bundesliga et 7 buts en 7 rencontres de Ligue des champions. La moyenne ? Facile à calculer, n’est-ce pas… En tout, club et sélection confondus, c’est 50 pions qu’il aura plantés dans l’année civile. Des chiffres encore ? Il est le plus jeune joueur de l’histoire à avoir dépassé (en mai dernier 2011, à 25 ans) la barre symbolique des 100 buts en Bundesliga.

« Aussi important au Bayern que Messi au Barça »
A ce tableau flamboyant, on pourrait ajouter cette dédicace du mythique Gerd Müller, le plus grand avant-centre de la formation bavaroise (de 1964 à 79) et du football allemand. L’ancienne terreur des surfaces va, comme au temps de sa glorieuse époque, droit au but : « Selon moi, Mario est tout à fait capable de battre mon record (ndlr : 40 buts en Bundesliga lors de la saison 1971-72). Je n’ai aucun doute là-dessus. Il a toutes les qualités pour y parvenir. » Parole d’expert. Ecoutez aussi Ottmar Hitzfeld, coach en Bavière pendant sept ans, au micro. « Messi ou Cristiano Ronaldo sont des solistes. Gomez est davantage un finisseur. Mais comme buteur, il n’a rien à leur envie. Il s’agit d’un joueur de classe mondiale. Il est aussi important au Bayern que Messi au Barça. C’est un grand goleador qui contribue à l’effort collectif. »
Finalement, il n’y a que le comité chargé de désigner les 23 nominés pour le Ballon d’Or qui semble sceptique puisqu’il ne lui a pas trouvé une petite place dans sa liste 2011. L’intéressé préfère déplacer le débat sur un autre terrain. « C’est vrai que je traverse une période faste mais ma réussite personnelle n’aura pas servi à grand-chose si on ne décroche pas de titre à la fin. Le Bayern et l’Allemagne ont les moyens de viser très haut. Nous ne pouvons pas nous contenter de la 2e place. » Le killer est aussi un winner.

Mario rêvait de Romario
Fou de foot, Mario Gomez Garcia est tombé dans la marmite tout petit. Né d’un père peintre espagnol et d’une mère allemande, il se souvient : « A 4 ans déjà, j’annonçais que je deviendrais footballeur. J’en étais persuadé. Ma confiance était sans limites. Mes parents ont parcouru des milliers de kilomètres pour m’emmener aux entraînements et aux matches. » Mario commence au SV Unlingen, passe au FV Bad Saulgau puis à Ulm 1846. A 16 ans, il rejoint le club phare de la région, le VfB Stuttgart. Déjà devant, déjà attaquant, déjà buteur dans le sang. « A l’époque, mon idole s’appelait Romario. D’abord parce que c’était un avant-centre qui marquait beaucoup. Il représentait exactement ce que je voulais devenir. Et puis quand on est enfant, qu’on a un rêve et qu’un joueur prestigieux porte presque le même nom que vous (ndlr : Mario-Romario), ça marque, ça influence… On y voit des connexions, un signe du destin. Il y a une forme d’identification. »
Après deux saisons dans les équipes de jeunes du VfB où l’ado s’est déjà fait remarquer par sa force de frappe, son sens du placement et sa combativité, Gomez approche son rêve en intégrant la réserve de Stuttgart. Dans l’antichambre de l’équipe professionnelle, le très pro Mario continue de tracer son sillon et d’empiler les buts. Il obtient même ses premières minutes de jeu en Ligue des champions, contre Chelsea, s’il vous plaît, en mars 2004, avant d’effectuer ses débuts en Bundesliga deux mois plus tard. Petit à petit, l’oiseau fait son nid. Il s’installe définitivement dans le team A à l’été 2005.
Au milieu du public avec des lunettes et une perruque Mohawk
La suite est une inexorable montée en puissance. Elle lui vaut les compliments du Kaiser Franz Beckenbauer en personne. « Lui, prophétise-t-il, je pense qu’on ne va pas tarder à le voir en équipe nationale (ndlr : Gomez joue alors avec l’Allemagne Espoirs). Il a vraiment le potentiel pour postuler à une place dans le groupe. » Celui qui est en train de devenir « Super Mario » va suivre la Coupe du monde made in Germany, devant sa télé, souvent. Dans les tribunes, parfois. « Ouais…, rigole-t-il. Je suis allé assister à quelques matches avec une paire de lunettes et une perruque Mohawk sur la tête. Je me suis retrouvé au milieu des fans sans que personne me reconnaisse. Complètement incognito. »
Gomez l’a dans la peau, cette équipe. Il n’hésite pas – alors qu’il possède la double nationalité germano-espagnole – à franchir le Rubicon quand Joachim Löw l’appelle contre la Suisse en février 2007. Tout est clair et net dans sa tête. « Comme footballeur, explique-t-il, sûr, je me sens Allemand. J’ai toujours joué ici, que ce soit en club ou avec les équipes nationales de jeunes. A partir du moment où l’on me convoque où Nationalmannschaft, y évoluer me paraît normal et logique. En tant qu’homme, c’est un peu différent. Je suis partagé, c’est moitié-moitié entre les deux pays… J’apprécie de passer du temps, notamment lors des vacances, avec la partie de ma famille qui vit en Espagne. J’aime leur chaleur et leur manière d’exprimer leurs émotions. Mais, je le répète : en tant que joueur, je me sens complètement Allemand. »

30 millions d’euros, plus gros transfert de Bundesliga
Gomez va pourtant mettre du temps avant d’apprivoiser la Mannschaft. A l’Euro 2008, il débute titulaire aux côtés de Miroslav Klose mais se retrouve sur le banc, après le 1er tour, sans avoir inscrit le moindre but. En Afrique du Sud, pour la Coupe du monde 2010, il n’apparaît que pour quelques bouts de match, sans plus de réussite. Depuis, tout va mieux. Gomez s’est révélé un acteur majeur lors des qualifications pour le prochain Euro (6 buts en 6 matches). Le gaillard a même été nommé capitaine à l’occasion d’une rencontre amicale en Ukraine. « Il ne faut pas accorder trop d’importance à cet événement, calme-t-il. Ce jour-là, plusieurs titulaires comme Philipp Lahm ou Bastian Schweinsteiger, qui ont fait leurs preuves dans ce rôle, étaient absents. Ce brassard reste néanmoins une reconnaissance de mon implication et donc une fierté. »
En club, tout s’est enchaîné plus rapidement. Elu meilleur footballeur de l’année 2007 sous le maillot de Stuttgart, le Bomber confirma la saison suivante en terminant 2e buteur du championnat (19 réalisations). Puis l’année d’après avec 24 nouveaux buts en Bundesliga. Enormissime. Le VfB sait alors qu’il ne pourra plus retenir son prodige. Il va le lâcher mais pas à n’importe quel prix. C’est pour 30 millions d’euros – record toutes catégories en Allemagne – que l’attaquant s’engage en faveur du Bayern Munich durant l’intersaison 2009. Petit hic : il était le premier choix du manager bientôt président Uli Hoeness, pas forcément celui de l’impénétrable coach Louis Van Gaal. Barré par le duo de feu Ivica Olic-Thomas Müller, Gomez va donc traverser de manière un peu terne cette première saison en Bavière (10 buts quand même en championnat).

Défenseur de la cause gay
Puis, entre blessures des uns et méforme des autres, le malin parvient à saisir sa chance. Pour se lancer dans une spirale positive qu’il magnifie au fil du temps. Toujours plus haut, toujours plus loin. Surtout, toujours plus efficace. Meilleur réalisateur du dernier championnat (28 buts), il pourrait encore pulvériser ses stats cette saison (25 après 30 matches, plus 11 en 9 matches de Ligue des champions, soit 3 de mieux que Cristiano Ronaldo et 3 de moins que Lionel Messi, le n°1).
Mario a annoncé qu’il voulait reprendre des études après sa carrière. Il n’hésite pas à s’engager. S’il vit depuis plusieurs années avec sa compagne Silvia Meichel, l’attaquant bavarois a osé briser quelques frontières. « Etre gay ne doit plus constituer un tabou, a-t-il déclaré dans le journal « Die Zeit ». Nous avons un vice-chancelier gay. Le maire de Berlin aussi est homosexuel. Beaucoup de gens assument aujourd’hui leurs préférences sexuelles. Les footballeurs devraient également le faire. Je pense qu’ils se sentiraient libérés, y compris sur le terrain. » Si cette sortie a entraîné de vives réactions et causé pas mal de vacarme, elle ne l’a pas empêché de continuer à enquiller les buts avec la précision d’un horloger.
Alors, au Bayern pour la vie ? « Impossible à dire, répond « Super Mario », qui aura 27 ans en juillet et dont le contrat court jusqu’en 2013. Tout ce que je peux affirmer, c’est que je me sens heureux aujourd’hui dans ce club. C’est comme ma seconde maison. Et puis j’aime cette ville avec ses places attrayantes. J’apprécie aussi les gens, leur mentalité. Tout me plaît ici. Sans savoir ce qu’il adviendra par la suite, je souhaiterais rester à Munich. » Là où il a déjà déposé sa marque, son empreinte. Celle d’un grand.

Mario Gomez en short
Né le 10 juillet 1985
1,89 m, 88 kg
■ VfB Stuttgart (Allemagne)
2003-09 : 157 matches, 87 buts
■ Bayern Munich (Allemagne)
Depuis 2009 : 133 matches, 91 buts
■ Equipe nationale d’Allemagne
Depuis 2007 : 51 matches, 21 buts
■ Saison 2011-12 : 30 matches et 25 buts en Bundesliga, 4 matches et 2 buts en Coupe d’Allemagne, 9 matches et 11 buts en Ligue des champions. Total : 43 matches, 38 buts
■ Palmarès
• 2 championnats d’Allemagne avec le VfB Stuttgart (2007) et le Bayern Munich (2010)
• 1 Coupe d’Allemagne avec le Bayern Munich (2010)
• 1 Supercoupe d’Allemagne avec le Bayern Munich (2010)
• Finaliste de la Ligue des champions avec le Bayern Munich (2010)
• Meilleur buteur du championnat d’Allemagne 2010-11 avec 28 buts au Bayern Munich
• Elu footballeur de l’année 2007 avec le VfB Stuttgart
• Troisième de la Coupe du monde 2010
• Finaliste de l’Euro 2008

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