Équipe de France

Marcel Desailly : « Mes débuts en bleu »

22 août 1993 à Solna, dans la banlieue de Stockholm. Marcel Desailly enfile sa première tunique bleue. Il y en aura 115 derrière…

Quand on a 116 sélections au compteur, il n’est pas toujours facile de se souvenir de la première. Enfin, ça dépend pour qui. Ce n’est pas un problème pour Marcel Desailly. « C’était en Suède, non ? » Exact. « Canto était-il déjà à Manchester ? » Vrai aussi. Nous sommes à l’été 1993. L’équipe de France s’échine sur la voie tortueuse de la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis. Avant d’emprunter une terrible voie de garage. Mais ça, les Bleus ne le savent pas encore.

Gérard Houllier est toujours le sélectionneur et pour ce match au sommet du groupe, en plein cœur d’août (une autre époque, vraiment), il va s’entretenir avec le grand Marcel. Pas encore « The Rock » mais déjà « garde noire » de Raymond Goethals, avec lequel il a décroché la Ligue des champions quelques semaines plus tôt. C’était bien sûr dans les rangs de l’OM et contre le Milan AC. « Me retrouver en équipe de France, se souvient-il, ne m’a pas mis une pression exacerbée. Je n’avais pas peur des attaquants que j’allais croiser car je m’étais déjà frotté à ce qui se faisait de mieux via la Coupe d’Europe. »

Desailly vient de signer à Milan. Il ne le sait pas encore mais il remportera, dans quelques mois, une seconde Ligue des champions consécutive. L’histoire chuchote même qu’il marquera un but magnifique en finale. Et pas encore un seul match en bleu ? C’est pour bientôt. « La veille de la rencontre contre la Suède, Jean-Luc Dogon se blesse à l’entraînement. Gérard Houllier vient me voir et me demande si je me sens prêt à évoluer à droite. Je lui réponds : « Coach, pas de problème. Défensivement, vous pouvez compter sur moi. » Ce n’était pas trop le cas en revanche pour l’apport offensif et les décalages. Je n’avais jamais joué arrière droit de ma vie ! Je me suis concentré sur ce que je savais faire. »

« Je ne me souviens pas du tout de ce qu’a pu devenir mon premier maillot »
En face, Martin Dahlin et Tomas Brölin ne lui font pas peur. Les Bleus rapporteront un nul de Stockholm et Marcel son premier maillot. « J’ai ressenti beaucoup de fierté. J’avais connu les sélections dans à peu près toutes les catégories de jeunes mais là, je touchais l’équipe de France, la vraie ! J’ai vécu un début de carrière intéressant à Nantes et à Marseille mais je n’ai pas connu l’équipe de France à 20 ans. Je suis arrivé un peu plus tard (ndlr : 23). La concurrence était rude avec Franck Silvestre et Alain Roche. Je me souviens aussi d’une rivalité saine entre les joueurs du Paris SG et de l’OM. Et puis nous avions Jean-Pierre (Papin) qui évoluait au Milan et Eric Cantona devant. Didier (Deschamps) n’a pas eu besoin de me materner, je connaissais déjà la plupart des joueurs. »

Marcel ne se doutait évidemment pas à l’époque que 115 autres rencontres internationales suivraient. Elles le mèneront sur le toit du monde et tout en haut de l’Euro. A l’arrivée, 115 capes et quelques brassards autour du bras. Celui qui fut un temps recordman des sélections (dépassé depuis par Lilian Thuram) avoue comme un gamin pris la main dans le sac : « C’est fou mais je ne me souviens pas du tout de ce qu’a pu devenir mon premier maillot. J’ai dû le donner à un de mes enfants sans y faire attention. A 23 ans, je n’étais pas trop dans le matériel. »

Les Bleus ont rapporté un nul intéressant de Solna mais ils ne verront pas la Coupe du monde aux Etats-Unis l’année d’après. L’histoire dit encore que c’est dans le cataclysme de cette non-qualification que les Français se forgeront un mental de champion du monde. Marcel, dès ses premières foulées, avait déjà, lui, l’air bien aguerri.

La fiche du match
■ Le 22 août 1993 à Solna (Suède), Suède-France 1-1 (0-0)
Buts : Dahlin (87e) pour la Suède ; Sauzée (76e) pour la France.
Spectateurs : 30 530. Arbitre : M. Schmidhuber (ALL).
■ Suède : Ravelli – Nilsson, Eriksson, Andersson, Ljung – Ingesson, Zetterberg (Rehn, 68e), Thern, Landberg (Limpar, 79e) – Brolin, Dahlin. Sélectionneur : Tommy Svensson.
■ France : Lama – Desailly, Roche, Blanc, Lizarazu – Deschamps, Le Guen, Sauzée, Pedros (Vahirua, 80e) – Papin, Cantona. Sélectionneur : Gérard Houllier.

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