Étranger

Manchester United, le diable s’habille en rouge (1/2)

Le plus grand club du football anglais et l’un des plus grands du foot mondial a écrit son histoire dans une symphonie d’émotions fortes. Bien au-delà de l’imaginable. Du rire aux larmes, jusqu’au sang. Entrez dans les entrailles de Manchester United, un club marqué au fer rouge !

Raconter Man United… Ah, la belle affaire ! C’est le club d’Angleterre au palmarès le plus prestigieux et l’un des plus formidables de la planète foot. Ce sont des joueurs de légende qui ont façonné son histoire. Pourtant et même si cela paraît réducteur, il nous semble que deux hommes ont un peu plus que les autres marqué d’une empreinte indélébile les Red Devils. Ce n’était pas des « game players » (combien de talents hors normes ont défilé dans la Maison Rouge ?). En plus, ils n’étaient même pas anglais. Non, il s’agit de deux managers – parce que l’un comme l’autre l’étaient avant l’heure. Et de deux Ecossais. Matt Busby et Alex Ferguson. Sir Matt et Sir Alex, comme ils le deviendront plus tard.
Incongru ? Déplacé ? Pas sûr. L’un a régné 24 ans, l’autre 27 dans les entrailles d’Old Trafford. Et surtout sur les 62 titres majeurs que compte MU (on oublie les deux titres de champion de Division 2 anglaise obtenus en 1936 et 1975, qui apparaissent à la limite du « shocking » accollés au mot « Palmarès »). Nos deux Scottish en compilent 52 ! Comment ne pas admettre qu’ils ont écrit une bonne partie et les meilleures pages de la saga mancunienne, même si celle-ci a évidemment débuté bien avant leur règne ?

• Les origines
En dépoussiérant les vieux manuels de l’histoire du football, on découvre que le Newton Heath Lancashire and Yorkshire Railway est fondé en 1878. Il s’agit, dans un premier temps, d’une formation corporative des chemins de fer régionaux, installée à 4,5 kilomètres du centre de Manchester. Ses couleurs sont jaunes et vertes. Le club va véritablement prendre une autre dimension au début du XXe siècle avec l’arrivée à la présidence du richissime brasseur de bière John Henry Davies.
La légende prétend que l’homme d’affaires croisa le joueur de Newton Harry Stafford et son chien, plein de tendresse, venu le léchouiller. Il voulut d’abord acheter l’animal avant de décider de reprendre le club au cours de la discussion qui s’en suivit. La réalité, c’est que Davies a beaucoup investi pour faire évoluer la maison de fond en comble. Dès sa prise de pouvoir en 1902, il change le nom du club, la marque Manchester lui paraissant indispensable pour la promotion de son projet. Manchester United sera finalement choisi.
Les couleurs changent également. On passe au rouge et blanc. Un entraîneur et des joueurs de renom sont engagés. Old Trafford est construit. Les résultats ne tardent guère. Le jeune Manchester United remporte le championnat en 1908 puis la Cup en 1909 et encore le championnat en 1911. Après la disparition de son président bâtisseur, la fin des années 20 et les années 30 seront pénibles. Le club n’est pas loin de plonger dans les profondeurs abyssales des divisions très inférieures.

• Matt et les Busby Babes
Quand il débarque pour prendre le coaching de Manchester United, juste après la guerre, Matt Busby a une honnête carrière de joueur derrière lui (une sélection avec l’Ecosse). Il a le désavantage d’avoir évolué à Manchester City puis à Liverpool qui vont devenir, au fil du temps, les meilleurs ennemis de la Maison Rouge. Le tableau n’est pas mirifique. Il découvre un stade détruit par les bombes et un club endetté. Mais le bonhomme ne manque pas d’idées.
Il s’adjoint d’abord, ce qui n’était pas vraiment dans les mœurs à l’époque, les services d’un assistant, Jimmy Murphy. Le duo fait remonter l’étoile de Man United (victoire dans la Cup 1948, vice-champion en 1947, 48, 49 et 51) avant de lancer une véritable politique de jeunes. Ça ressemble beaucoup à ce que l’on fait dans nos centres de formation actuels. La « new generation » a pour noms Blanchflower et Byrne. Suivent Foulkes, Jones, Whelan, Duncan and co. Des mômes pétris de talent que l’on va baptiser les « Busby Babes ». Ils seront champions d’Angleterre en 1956 et 1957. On les imagine aller encore plus haut, titiller les cieux et la toute nouvelle Coupe d’Europe des clubs champions lorsque la tragédie de Munich (voir partie 2) anéantit le club. United est meurtri, United est décimé mais United va se relever.
Busby, qui figure parmi les survivants, comme Bobby Charlton, va, après avoir passé deux mois à l’hôpital, patiemment reconstruire le puzzle mancunien avec des renforts comme Denis Law, des jeunes comme le très rock’n’roll George Best et des sages comme l’inoxydable Bobby Charlton. Jusqu’à mener cette équipe, dix ans après le drame, sur le toit de l’Europe (victoire 4-1 après prolongation contre le Benfica Lisbonne d’Eusebio), une première pour une formation anglaise. Quand, en 1969, il décide de laisser sa place (« Parce ceci n’est plus de mon âge et qu’il est temps pour moi de céder le poste à des plus jeunes »), il laisse l’armoire aux trophées garnie de treize nouveaux titres. Sa succession est tellement douloureuse qu’on va le pousser, au début des Seventies, à accepter une dernière pige de six mois pour remettre le bateau à flot. Avant de devenir le directeur technique puis le président du club.

• Alex et les Fergies Babes
Autant dire que la succession de Sir Busby a ressemblé à une longue purge. Si entre 1970 et 1986, les Red Devils ont remporté trois Coupes d’Angleterre, ils ont surtout connu l’humiliation d’une descente en division inférieure et des résultats souvent calamiteux par rapport au standing du club. C’est dans ce contexte un brin particulier qu’arrive très précisément le 5 novembre 1986, pour prendre la succession de Ron Atkinson, Alex Ferguson. Un Ecossais qui a réussi l’exploit, avec Aberdeen, de mettre fin, en championnat, à l’hégémonie des deux grandes équipes de Glasgow, les catholiques du Celtic et les protestants des Rangers. Cherry on the cake with the cream, il est parvenu, toujours avec les modestes gaillards d’Aberdeen, à remporter la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe. Il ne s’agit pas encore d’un Sir mais déjà d’un Monsieur.
Sauf que les premières années, dans l’antre d’Old Trafford, lui échappent. Ferguson n’est pas loin d’être décapité par le board de MU. Il ne sauve sa tête qu’à la faveur d’une victoire en Cup en 1990. Suivie, dans la foulée, d’une victoire en Coupe des vainqueurs de Coupe, la saison suivante. Enfin, la machine est en marche. Plus rien, désormais, ne va l’arrêter. Fergie, qui défendait déjà une vraie politique de jeunes à Aberdeen, lance sa School of Excellence à United. « Ne m’amenez pas les meilleurs joueurs de la rue mais les meilleurs du pays, lance-t-il aux scouts du club. Si ces jeunes ont la qualité, l’âge n’a pas de signification et ne constitue pas un problème. »
Les fameux jeunes vont remporter la Youth Cup 1992 (l’équivalent de notre Coupe Gambardella). Ils s’appellent Ryan Giggs, David Beckham, Phil et Gary Neville ou encore Nicky Butt. Encadrés, dans un premier temps, par un papa-poule nommé Eric Cantona (mais si, mais si), ils commencent à collecter leurs premiers titres nationaux. Avant que tout ne s’emballe. La machine de guerre des Diables Rouges écrase vite, à coups de transferts, parfois onéreux mais toujours judicieux (Ruud Van Nistelrooy, Cristiano Ronaldo et les autres), la concurrence nationale. MU s’empare surtout des couronnes européennes et mondiales (Ligue des champions 1999, au bout d’un improbable suspense, et 2008, Coupe Intercontinentale 1999 et Mondial des clubs 2008).
Quand Sir Alex Ferguson, anobli par la reine quelques années plus tôt, décide de rendre les clés de la maison à l’été 2013, sur un dernier titre de champion d’Angleterre, il part en laissant dans la fameuse armoire aux souvenirs la bagatelle inestimable de 39 trophées. Oui, 39 (!) conquis sous son règne.

• Et maintenant ?
Il part. « Fergie » pense avoir tout prévu. Rassuré par l’obtention du dernier titre de champion d’Angleterre, convaincu qu’il laisse à son successeur un grand cru (Sir Alex est un fin œnologue), il peut se permettre de désigner le successeur en question : ce sera un autre Ecossais, David Moyes, le coach d’Everton. Pour une fois, le fin limier se plante. L’affaire tourne rapidement au désastre. Éjectés de toutes les Coupes et largués en championnat, les Diables devenus diablotins terminent la saison avec un zéro pointé. Sans aucune perspective européenne, pour la première fois depuis des lustres.
Moyes est viré quatre journées avant la fin de la compétition, remplacé par son adjoint, Ryan Giggs, le fidèle parmi les fidèles, qui a disputé près de 1 000 rencontres (!) sous la tunique rouge. Il ne s’agit que d’un intérim pour le néophyte. Dès le début de la saison 2014-15, il visse à nouveau sur son crâne la casquette d’adjoint. C’est le grand chambardement. Man United décide, pour la première fois de son histoire, de recourir aux services d’un entraîneur qui ne vient pas du Royaume-Uni. Il s’agit du Néerlandais Louis Van Gaal. Le grand rigolard avertit, à son arrivée : « Il me faudra au moins trois mois pour mettre en place ce que je veux faire et obtenir des résultats à la hauteur des attentes. » Il lui en a fallu un peu plus de six. Mais au final, son équipe s’est glissée dans le quatuor de tête du championnat et elle a retrouvé, via les barrages, la Ligue des champions cet été. Alors, c’est reparti ?

A suivre…

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