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Magic Johnson, viens voir le magicien…

Avec son sourire Ultra Brite, son maillot jaune éclatant et son jeu flashy, Magic Johnson a été l’une des plus grandes stars du sport américain. Sa rivalité avec Larry Bird restera comme l’une des plus belles sagas de la NBA. L’annonce de sa séropositivité en novembre 1991, il y a presque 20 ans, créa la stupeur partout dans le monde. Mais il était dit que le destin d’Earvin ne ressemblerait à aucun autre. Le meneur emblématique des Lakers a postérizé la maladie et s’est reconverti en businessman avisé.

Stupeur dans le monde entier ce 7 novembre 1991 lorsque Magic Johnson annonce qu’il est atteint du VIH et décide de mettre un terme à sa carrière sur le champ. Earvin promet de se battre avec acharnement contre la maladie comme il l’a toujours fait sur un terrain de basket. Si la recherche avance, elle n’a pas atteint l’avancée qu’on connaît aujour­d’hui. On ne lui donne pas plus de quatre ou cinq ans à vivre. L’émoi est d’autant plus grand qu’on ne parle pas ici d’une starlette du basket comme la Ligue en produit une dizaine chaque année. Pilier des Lakers version showtime, Magic a fasciné tous les amoureux de sport durant la décennie 80.
Earvin Johnson a toujours été un battant, comme en témoignent ses cinq titres NBA (1980, 82, 85, 87, 88), ses trois titres de meilleur joueur de la saison régulière et ses neuf citations dans la All-NBA First Team. Un palmarès vertigineux ouvert en 1979 avec les Spartans de Michigan State. Lors de la Finale NCAA contre Indiana State, Magic dispose de celui qui deviendra son rival de toujours : Larry Bird. Durant sa vie de joueur pro, il aura pourtant l’impression de courir après « Larry Legend ». Quelques semaines avant de recevoir son premier award de MVP, il déclarait dans le « Los Angeles Times » : « Larry Bird en a déjà trois, moi aucun. Ça suffit maintenant… »
Nous sommes en 1987. Le meneur des Lakers a dû attendre huit ans pour décrocher la plus haute distinction individuelle. Deux autres suivront en 1989 et 1990, deux saisons où il loupera le titre.

Le sourire le plus célèbre de la Ligue
En 1989, Los Angeles est balayé par les « Bad boys » de Detroit. Magic termine l’année blessé. Kareem Abdul-Jabbar met un terme à sa carrière. En 1990, les Lakers sont sèchement écartés par Phoenix en demi-finales de Conférence. Un an plus tard, le règne de Michael Jordan commence (4-1 en Finales). Magic tire à son tour sa révérence à cause de la maladie. Il reviendra en février 1992 pour le All-Star Game d’Orlando (deuxième titre de MVP après celui de 1990). L’été suivant, il est à Barcelone avec la « Dream Team ».
La suite, c’est une expérience ratée comme coach – 16 rencontres à la tête des Lakers en 1994 – et un come-back en tant que joueur lors de la saison 1995-96, après plus de quatre ans d’interruption. Clap de fin pour le sourire le plus célèbre de la NBA. Le magicien de la balle, le roi du showtime version Pat Riley, le prince d’Hollywood follement glamour qui trouvait en Larry Bird sa parfaite antithèse. « Il faut sans cesser poursuivre ses rêves, expliquait Magic après son dernier retour sur le terrain. Le mien est d’être mon propre patron et un businessman accompli. Tant que je n’y serai pas parvenu, je ne vivrai pas complètement heureux. »
Du bonheur, Magic en a donné à tous les fans de basket pendant 13 saisons en compilant plus de 17 000 points, plus de 6 500 rebonds et plus de 10 000 passes, art dont il était devenu le maître absolu. Pour Magic, aucune passe n’était impossible. Il trouvait ses coéquipiers les yeux fermés. Sur les phases de contre-attaque, il s’amusait à tourner la tête dans la direction opposée au jeu pour servir en aveugle un partenaire idéalement placé (« no look pass »). Le showtime s’est nourri d’assists improbables, d’alley-oops amorcés du milieu du terrain et de paniers « impossibles » face à des défenses renforcées.
La plus grande prouesse de Magic fut peut-être de réussir à diriger le jeu du haut de ses 2,06 m. Roi du triple-double (138 derrière les 181 d’Oscar Robertson), il combina les qualités d’un arrière, d’un ailier et d’un ailier fort. En revanche, Earvin ne fut jamais vraiment scoreur. Sa meilleure moyenne de points : 23.9 lors de l’exercice 1986-87.

Il remplace Kareem Abdul-Jabbar et signe un match d’anthologie
Le surnom « Magic » lui fut donné par un reporter de presse écrite alors qu’il était encore au lycée d’Everett, dans le comté de Lansing proche de Detroit. Dans les années 80, les Abdul-Jabbar, Worthy et autres McAdoo ont été littéralement gavés de caviars. Le showtime est véritablement né lorsque Jerry Buss, le propriétaire des Lakers, recruta sept nouveaux joueurs en 1979, parmi lesquels Magic. Jack McKinney, nommé entraîneur au même moment, dirigea l’équipe pour 14 matches. Victime d’un accident de bicyclette en fin d’année, il frôla le pire. Paul Westhead prit la suite et mena les Lakers au premier de leurs cinq titres dans les années 80.
L’enthousiasme débordant du rookie Johnson pose les fondations de ce premier couronnement. Un premier titre personnel doublé d’un trophée de MVP des Finales contre Philadelphie. Une tranche d’histoire. Magic prend la place de Kareem Abdul-Jabbar, blessé à la cheville, au poste de pivot lors d’un Match 6 crucial et compile 42 points, 15 rebonds, 7 passes et 3 interceptions. Victoire de L.A. 123-107. Durant cette rencontre, Johnson a quasiment joué à toutes les positions. Sa performance dans cette série demeure l’une des plus « amazing » de l’histoire. C’est d’ailleurs le seul rookie à remporter le titre de MVP des Finales.
Kareem Abdul-Jabbar rapporte toujours cette anecdote : « Cette saison-là, on a joué notre premier match contre les Clippers. Je réussis un tir au buzzer pour la victoire. Tout au long du match, Magic est venu taper le five avec les joueurs qui marquaient. A la fin, c’était comme si on avait gagné le titre NBA… Je l’avais pris à part pour lui expliquer qu’il restait encore 81 matches et qu’il devait se calmer. Il était jeune, il ne savait pas encore ce qu’était une saison NBA. »
Abdul-Jabbar ignore à l’époque qu’il a affaire à un winner dans l’âme, playmaker de génie, légende naissante.

Magic-Bird, l’esthète contre le col bleu
Une légende qui s’étoffera avec les duels au couteau contre le Boston de Larry Bird dans les années 80. La saga de la décennie. Celle qui permettra à la NBA de s’imposer comme ligue sportive majeure et d’accroître sa popularité partout dans le monde. Magic-Bird, Los Angeles-Boston, c’est une tragédie grecque moderne. Une rivalité sans fin entre le meneur noir, sourire Ultra Brite, maillot jaune éclatant et jeu flashy, et l’ailier blanc, prolétaire du basket, à l’allure de plouc et à l’adresse diabolique.
Magic connaîtra les délices des sifflets jusque dans sa propre salle, le Forum d’Inglewood. Après une saison 1980-81 per­turbée par une blessure et une élimination préma­turée au 1er tour des playoffs contre Houston, Johnson revient avec un mental d’acier. Gonflé à bloc. Sans doute trop. Il n’accepte plus les systèmes offensifs de Paul Westhead dont il réclame la tête un soir de défaite à Utah. Il menace même de quitter la franchise s’il n’obtient pas gain de cause. Caprice de star pour certains. Mais caprice exaucé. Quelques jours plus tard, l’assistant coach Pat Riley prend les rênes de l’équipe. Lors de la présentation des joueurs contre Seattle, Magic est conspué au Forum. Il paiera son coup de sang au prix fort : il n’est pas sélectionné pour le All-Star Game en tant que starter.

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Johnson a tout connu, très vite. Le succès. La gloire. L’argent avec un contrat de 25 M$ en 1984. Les sifflets ne dureront pas longtemps. En cette année de tempête, il offre un nouveau titre à Los Angeles (4-2 face aux 76ers). Son jeu est aussi brillant que déroutant. Il compense son manque de rapidité par des fondamentaux parfaits. Surtout, il réalise ce dont les autres sont incapables. Les passes aveugles sont autant de coup de poignards. Désarmées devant tant de culot, les défenses sont impuissantes. Bien sûr, Magic commet des bourdes, notamment lors de la Finale 1984 contre Boston (3-4), mais son aura demeure intacte. Dès la saison suivante, il prendra sa revanche sur ces mêmes Celtics (4-2).

« Ma plus grosse déception : la fin de mon amitié avec Isiah »
1987 est une grande année pour le natif de Lansing (MVP de la Ligue, titre NBA contre les Celtics, MVP des Finales), qui n’a jamais été autant scoreur. Les Kings font les frais de son courroux un soir de folie où il plante 46 points, record en carrière. Magic remportera un dernier titre NBA en 1988 dans un fameux back-to-back contre Detroit (4-3). Mais les Pistons sont prêts à régner à leur tour. Comme Chicago où un certain Michael Jordan, tapi dans l’ombre, attendait son heure. La passation de pouvoirs aura lieu en 1991, en cinq manches. La 9e Finale d’Earvin Johnson en douze saisons ! Devant le prodige Jordan, Magic se montrera toujours très humble. « Il y avait Michael et puis le reste, c’est-à-dire nous. »
Aussi brillante ait été sa carrière sur les parquets US, Magic considéra l’aventure olympique de 1992 comme le vrai sommet de sa vie de joueur NBA. « Avec la Dream Team, j’ai réalisé mon rêve. Jordan et Bird étaient les deux basketteurs avec lesquels j’avais le plus envie de jouer. Dans cette équipe, il n’y avait que des futurs Hall of Famers (ndlr : Chris Mullin a été intronisé cette année, Christian Laettner est le seul médaillé de Barcelone à ne pas avoir connu cet honneur). »
Magic révéla qu’il fallait parfois séparer les joueurs à l’entraînement… Dans « When the game was ours » (Quand le jeu nous appartenait), co-écrit avec Larry Bird et paru en novembre 2010, le meneur emblématique des Lakers raconte les coulisses de la « Dream Team ». Il revient notamment sur l’éviction d’Isiah Thomas, attribuée à une pression exercée par Michael Jordan. En réalité, personne ne voulait du point guard des Pistons. « Isiah a ruiné ses chances d’aller aux Jeux tout seul. Personne dans l’équipe ne voulait jouer avec lui. Je suis triste pour Isiah mais il s’est fait tellement d’ennemis dans sa vie… Il ne comprend pas pourquoi il n’a pas été choisi et c’est vraiment malheureux. Quand vous êtes en froid avec plus de la moitié de la NBA, vous devriez le savoir. La fin de notre amitié est la plus grosse déception de ma vie sur un plan personnel. Isiah était comme un frère. »

Un businessman multimillionnaire
Quand Magic révéla sa séropositivité, Thomas aurait fait courir la rumeur selon laquelle le meneur des Lakers était homosexuel. Magic ne lui reparlera plus jamais. En 2004, ESPN désigna l’annonce de Johnson comme l’un des sept événements les plus mémorables des 25 dernières années. Fêté par ses pairs et par les fans à Orlando lors du All-Star Game 1992, Johnson a été régulièrement félicité, depuis, pour son combat contre la maladie et pour la prévention.
Byron Scott et A.C. Green s’étaient opposés à ce retour. Karl Malone fut de ceux qui se prononcèrent contre sa participation au match par « risque d’une contamination » en cas de saignement pour une raison quelconque. Magic répondit en compilant 25 points, 9 passes et 5 rebonds, titre de MVP à la clé. Il planta aussi un « trey » dans la dernière minute. En 2008, une radio de Minneapolis alla jusqu’à affirmer que le meneur californien n’avait jamais été atteint du sida. Accusation balayée par un communiqué.
Jusqu’au bout, le destin de Magic sera fabuleux. Le basketteur d’exception s’est transformé en un homme d’affaires avisé. Avec sa société, MJ Enterprises, il fait construire des cafés Starbucks, des complexes de cinéma et des salles de fitness dans des zones défavorisées aux Etats-Unis. Il a aussi investi des ronds dans la restauration et l’immobilier. Magic avance un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars.
Cette vie de businessman multimillionnaire le comble presque plus que l’ancienne. Celle qui s’acheva tristement avec une défaite en Finales et une conférence de presse pour le moins embarrassante, alors que sa femme Cookie attendait leur premier enfant, Earvin III (il eut un fils, Andre Johnson, en 1981 de son union avec Melissa Mitchell et adopta une fille, Elisa, avec Connie en 1995). Heureusement, le bébé et elle n’étaient pas atteints. Après s’être interrogé sur l’origine de sa contamination, il dut reconnaître avoir eu plusieurs partenaires.
En juin 1994, il avait acheté 5% des parts des Lakers en investissant quelque 10 M$. Il les a revendues en octobre 2010. Magic Johnson fut intronisé au Hall of Fame en 2002.

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