Étranger

Luis Suarez, le bad boy devenu super héros

Tantôt machine à marquer, tantôt mauvais garçon, l’attaquant uruguayen a juré fidélité et dévouement à Liverpool. Ce n’est que du bonheur pour les fans des Reds qui l’ont très vite adopté. Itinéraire d’un repenti.

Sur une image arrêtée, avec ses yeux tirés dignes d’un Eurasien et ses cheveux noirs comme du crin latin, il dégage plusieurs traits physiques proches de Youri Djorkaeff. A le voir jouer, toujours en rupture, entre accélérations démoniaques, courses vers le but et quenottes légèrement attirées vers l’avant, il n’est pas loin du sosie officiel de Ronaldo. Trapu, large du muscle au niveau des cuisses, la paroi abdominale et la hanche proéminentes : autant de signes ostentatoires de bonne santé physique. Un peu comme une fusion, aussi virtuelle que visuelle, entre les deux compères d’attaque de l’Inter Milan de la fin des années 90, qui étaient aussi complémentaires sur le terrain que potes dans la vie. Voilà Luis Alberto Suarez Garcia, Celeste cousue sur le cœur et parcours de rêve. Particularité : sur le terrain aussi, le nouvel attaquant de Liverpool la joue vraiment fusionnel, à mi-chemin entre Youri et Ronnie. Entre neuf et neuf et demi. Parce qu’il les a trop regardés quand il était minot ?
C’est à Salto, grosse agglomération pendue sur la rive droite du fleuve Uruguay, qu’il ouvre les yeux en janvier 1987. Nord-Ouest du pays. Ville thermale, ville frontière, juste en face de Concordia, l’Argentine. Six frères et un socle monoparental érigé autour d’une mère seule à la maison. Pas la panacée, les premières années. Plutôt roquet pure race que frère modèle, Luis Alberto fait d’abord davantage dans la connerie facile et les mauvaises tentations. Carrément bad boy, le kid de Salto. L’alcool et la fête constituent davantage son terrain de jeu que les pelouses arides et sèches du patelin. La castagne aussi. Heureusement, le foot l’a récupéré à temps. Mais c’était moins une.
C’est à 11 ans qu’il quitte le foyer. Direction la capitale, à plus de 500 km de là, et le mythique Nacional de Montevideo. Là-bas, dans la capitale, il a fallu un ultimatum de plus de son coach pour qu’un premier déclic survienne. Il a 14 ans et son talent fera le reste. A 18 ans et 4 mois, Suarez effectue ses grands débuts avec l’équipe première contre les Colombiens du Junior de Barranquilla, en Copa Libertadores (la Ligue des champions de l’AmSud). Des débuts comme une promesse. Luis effectue sa première saison complète chez les pros et joue un rôle central dans la conquête du titre 2006 du Nacional. Montrant déjà des dons différents dès qu’il s’agit de trouver le cadre adverse : 12 buts sous le maillot du mythique Bolso l’année de ses 18 ans.
Il n’aura pas le temps d’en profiter plus longtemps. Depuis le mois de janvier, il est la recrue phare du FC Groningue aux Pays-Bas.
Il avait rejoint la capitale à 11 ans, il s’envole pour l’Europe à 19. Le début d’une nouvelle histoire. Comme Ronaldo (encore lui), c’est sur les terrains de l’Eredivisie qu’il crève les écrans des télés européennes. A Groningue, Suarez marque 15 buts pour sa première saison de championnat. Pas de temps à perdre. Même si son club refuse de le libérer pour disputer la Coupe du monde des moins de 20 ans au Canada en janvier, l’Ajax met la main sur le phénomène et au porte-monnaie. Prix : 7,5 millions d’euros.

35 buts en 33 matches
Suarez a 20 ans et endosse, après celui du Nacional, un second maillot mythique, celui de l’Ajax. Un Ajax moribond qui se trouve alors dans la deuxième charrette du foot européen. C’est pourtant là qu’il va devenir une référence absolue chez les buteurs. Avec lui, c’est exponentiel. 17 buts la première saison en championnat. Puis 22 et 35 ! Meilleur buteur européen de l’année 2009 (46 buts en 59 matches toutes compétitions confondues, juste devant Edin Dzeko, alors à Wolfsburg), il empile les doublés (4), les triplés (2) et les quadruplés (2) ! Avant de clôturer l’exercice comme au tennis, avec 6 buts marqués au cours d’un seul match (victoire de l’Ajax 14-1 contre des amateurs, en Coupe). Ça marque les esprits comme son territoire.
En quatre saisons et demie aux Pays-Bas, il compile 91 buts en 139 matches de championnat (0,65 but par match) avec, cerise sur le gâteau, ses fameux 35 buts en 33 matches lors de l’exercice 2009-2010 ! Seuls Messi et Cristiano Ronaldo ont eu le droit de lui parler depuis. C’est tout auréolé de ces lauriers qu’il débarque à la Coupe du monde en Afrique du Sud. Aux côtés de Diego Forlan, il forme l’un des duos les plus redoutés du plateau. Muet contre la France (0-0), Suarez propulsera la Celeste à la 4e place en se sacrifiant, notamment en quarts de finale quand, au bout de la prolongation, il repousse sur sa ligne une reprise de Dominic Adiyiah des deux mains. Carton rouge, penalty manqué par Gyan et Suarez devient le martyr super héros de tout un peuple. L’Uruguay se qualifie pour sa première demi-finale de Coupe du monde depuis 1970. Un réflexe autant qu’une réminiscence de son côté mauvais garçon ? Il jure qu’il n’a pas eu le temps de calculer. On le croit.
Dans le rayon des mauvais perdants, il ne laisse pas sa part au chien. En novembre dernier, il hérite par exemple d’une grosse amende de son club (reversée à une œuvre caritative) et de deux matches de suspension. Au cours du choc Ajax-PSV, il a mordu au cou l’ailier marocain Otman Bakkal. Cannibale et sanguin, Suarez. Tout pour plaire, en somme, aux supporters de Liverpool ?

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Alors qu’il débarque à Anfield avec la (très) lourde tâche de faire oublier Fernando Torres, il se met le Kop dans la poche en deux matches, trois mouvements. Comme dans un rêve, encore. A 26,5 millions la plaisanterie, tout de même.

Avec le 7 de Keegan et Dalglish
Entré sous une standing ovation à l’heure de jeu contre Stoke, il ouvre son compteur buts après seulement 16 minutes sur le terrain. L’adaptation en accéléré ou le talent, c’est selon. Il décrochera la palme quelques jours plus tard face à Manchester United, l’ennemi juré du Nord. Il sort une partition sans faille : deux passes décisives pour Dirk Kuyt et un festival en V.O. Définitivement adopté, mais toujours prudent, le Luis.
« Je suis ici depuis peu et c’est bien de voir les gens contents mais il me reste encore beaucoup de matches pour être un super héros. C’est trop tôt pour s’enflammer. Je suis venu ici pour travailler dur et donner le meilleur de moi-même. »
En attendant, on lui a refilé le numéro 7, ce qui en dit long sur les espoirs placés en lui. Oui, le 7. Pas celui de Eric Cantona et David Beckham. Non, celui des Reds. Celui de Kevin Keegan et d’un certain Kenny Dalglish, son coach. C’est sacré à Anfield.
« Quand je l’ai reçu, je n’ai pas eu peur. Au contraire, j’étais fier car je savais ce qu’il représente au club. Plusieurs grands joueurs de l’histoire l’ont porté. Mais le numéro que j’ai dans le dos est la dernière chose à laquelle je pense lorsque j’entre sur le terrain. Je joue sous les ordres de Kenny Dalglish et comme tous mes coéquipiers, je considère que j’ai de la chance. D’abord, c’est un coach très expérimenté. Surtout, il connaît les arcanes du club et tout ce dont il a besoin pour arriver au succès. »
A l’écouter, il n’est pas simplement venu sur les bords de la Mersey pour empiler les buts. Le vilain garnement a faim de titres.
« Sur la seconde partie de championnat 2010-11, nous avons montré des qualités qui parlent d’elles-mêmes. Nous sommes optimistes. On sait qu’on a nos chances pour le titre. »
Une ambition à la mesure de son nouveau club, dont il est fan depuis toujours.
« Je regardais Liverpool quand j’étais un gamin. Le club a les meilleurs fans du pays. Pour moi, c’est le plus célèbre d’Angleterre et l’un des plus gros du monde. »

Vu par Steven Gerrard
« On sait tous quel grand joueur il est déjà. Pour m’être entraîné à ses côtés et avoir disputé quelques matches avec lui, je peux dire que c’est un tout bon. Tout comme Fernando Torres lors de sa première année. Je pense que Liverpool est dans une meilleure position avec deux attaquants de classe mondiale plutôt qu’un seul. J’adore Fernando mais si vous me demandez si je préfère jouer avec un Fernando en forme ou un duo Andy Carroll-Luis Suarez en forme, je choisis la deuxième option. »

Luis Suarez en short
– Né le 24 janvier 1987 à Salto (Uruguay)
– 1,81 m, 81 kg
– Attaquant
– Roadbook : Nacional Montevideo (Uru., 2005-06), Groningue (P.B., 2006-07), Ajax Amsterdam (P.B., 2007-jan. 2011), Liverpool (Ang., depuis jan. 2011)
– International A (Uruguay), première sélection : Colombie-Uruguay, 1-3, le 7 février 2007
– Palmarès : Champion d’Uruguay 2006 avec le Nacional, champion des Pays-Bas 2011 avec l’Ajax (il a disputé la première moitié de la saison), vainqueur de la Coupe des Pays-Bas 2010 avec l’Ajax, meilleur buteur du championnat des Pays-Bas 2010 (35 buts) avec l’Ajax

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