Équipe de France

Looking for Eric

C’était un attaquant esthète. Un neuf et demi buteur. Un joueur différent, au sang chaud, devenu « King » of Manchester. Eric Cantona, numéro 7. Diable rouge forever.

Il a tiré sa révérence comme il a toujours joué. Sur un contre-pied. « J’ai été footballeur pro pendant 13 ans, ce qui est très long. J’ai toujours prévu de prendre ma retraite en étant au sommet et à Manchester United, j’ai atteint l’apogée de ma carrière. Durant ces quatre dernières années, j’ai joué mon meilleur football et j’ai passé de merveilleux moments. J’ai eu une relation fantastique avec mon manager (ndlr : Alex Ferguson), les entraîneurs, le personnel et les joueurs du club. Sans parler des fans. Je souhaite à Manchester encore plus de succès à l’avenir. Et j’ai la conviction que les dix prochaines années appartiendront à cette équipe. »
Canto aura toujours cultivé l’ambiguïté. Il s’en va avec. Un soir de 1992, alors qu’il remporte le premier de ses cinq titres de champion d’Angleterre, celui-là avec Leeds, il balance aux fans : « I don’t know why but I love you ».
Trois ans plus tard, sous le maillot tout noir (prémonitoire ?) de Manchester, excédé par un supporter de Crystal Palace haineux et douteux qui l’insulte, il s’avance et s’élance dans un tacle très aérien, ciblé abdomen, niveau carotide, version karaté kid. Mi-ange mi-démon, le gentleman rebelle est un homme de caractère. Le poil ras, le col haut et le buste droit, Canto est un orgueilleux. Cela fait sa force, toujours. Écorché vif du bonheur qu’il procure aux autres. Il ne faudra jamais oublier que Wembley s’est levé pour entonner la Marseillaise, jamais oublier que le drapeau tricolore a flotté sur Old Trafford.
Canto le pionnier fut un vrai conquistador. Le bonheur est dans le pré. Seul moment d’égoïsme autorisé, la peinture à travers laquelle il s’évade de ce monde étouffant. Coup de folie ou coup de génie, il s’offre un tableau renaissance le représentant en Christ. Le gamin des Caillols s’est bâti un personnage. Il cultive sa différence. Se rase le crâne façon bad boy. Son exil, il l’a trouvé sur l’île du foot. Le vrai, comme lui. Pelouses grasses, muscles trempés, là où le ballon est culte. Où il deviendra mythe.
Il ne disputera pas l’Euro 1996, écarté du groupe France par Aimé Jacquet. « La décision la plus dure de ma carrière », dixit l’intéressé. The end. Encore que… Dans le magazine officiel de MU, on retrouve trace de lui et de quelques idées bien trempées. « Je pense que si j’ai quelque chose à offrir au football, quelque chose d’autre, de nouveau, une nouvelle tactique, je vais continuer. Je veux être un créateur. Quand je fais quelque chose, c’est pour créer. Je ne veux pas être comme tous les autres managers. »

Après la pelouse et le beach soccer, la toile et les planches
Il rend son tablier floqué du numéro 7 comme il l’a toujours souhaité. Au faîte de sa gloire. Au sommet de son art. Ce qui n’a pas franchement réjoui Alex Ferguson, que l’on a rarement vu aussi touché. « C’est un jour triste pour Manchester, dit-il alors. Eric a été un joueur fantastique pour le club et nous avons gagné six trophées avec lui. Il nous a tant apporté ! Quand j’ai appris sa décision, je n’ai pas essayé de le faire changer d’avis. C’était réfléchi. »
Le beau Canto n’a laissé personne indifférent. Surtout pas Guy Roux, l’un de ses premiers mentors à Auxerre qui, pour le coup, s’est un peu trompé. « Je ne suis pas sûr qu’il arrête. Les grandes stars ont plusieurs baissers de rideau. C’est une de ses premières sorties mais je pense qu’il y aura encore des rappels. Avec Cantona, j’ai été habitué à être surpris. »
Il est revenu au ballon mais sans chausser les crampons. A la tête de l’équipe de France de beach soccer. C’est sur le sable qu’il a mené les Bleus au titre de champion du monde. A New York, c’est en costume trois pièces et cigare aux lèvres qu’il vient à nouveau de provoquer le buzz. Directeur sportif du Cosmos de New York, un nom et un maillot mythiques mais une franchise en jachère, dont le but premier est de réintégrer la Major League Soccer pour 2013. « Quand j’ai signé pour le Cosmos, je me suis mis d’accord avec eux pour passer huit mois à New York. J’y serai pour la pré-saison et il me restera quatre mois en France pour continuer à tourner, parce que j’adore vraiment ça. »
La filmographie s’épaissit (voir ci-dessous) et l’ovni ciné « Looking for Eric » de Ken Loach a, à sa façon, marqué les esprits. Prix spécial du jury œcuménique au Festival de Cannes 2009. Bientôt à l’affiche aux côtés de son épouse Rachida Brakni (« Les mouvements du bassin »), il passe aujourd’hui son temps entre la toile et les planches après une première prestation plutôt remarquée au théâtre aux côtés de Lorant Deutsch dans « Face au paradis », une pièce mise en scène par Rachida Brakni. La toile et les planches après la pelouse et le beach. Après les contre-pieds, l’heure est aux grands ponts.

Ses coups de folie
• Avril 1988 : Avec l’AJ Auxerre, il « assassine » Michel Der Zakarian à Nantes. Sanction : 3 matches de suspension.
• Septembre 1988 : Il insulte Henri Michel, le sélectionneur de l’équipe de France, en le traitant de « sac à merde ». Il est exclu de l’équipe de France pour 10 mois.
• Janvier 1989 : Il quitte le terrain de Sedan lors d’un match amical en jetant à terre le maillot de l’OM. Il prend 2 matches de suspension puis est transféré à Bordeaux.
• Octobre 1989 : A la suite d’une défaite à Lille, il frappe son partenaire à Montpellier Jean-Claude Lemoult. Exclu de l’équipe, il est réintégré une semaine plus tard.
• Décembre 1991 : Il balance le ballon du match Nîmes-Saint-Etienne sur le dos de l’arbitre. Devant la commission de discipline, il s’énerve encore. Il en prend pour deux mois.
• Février 1993 : Passé à Manchester United, il crache sur des supporters de Leeds, son précédent club, avec lequel il a remporté son premier titre de champion d’Angleterre. Il écope de 9 000 francs (1 372 euros) d’amende.
• Novembre 1993 : Il insulte l’arbitre du match Galatasaray-Manchester UTD en Coupe d’Europe à Istanbul. Il est suspendu 4 matches par l’UEFA.
• Janvier 1995 : L’image fera le tour du monde. A Crystal Palace, il balance un coup de karaté à un fan haineux. Sanction : 8 mois de suspension et 120 heures de travaux d’intérêt général.
• Septembre 1996 : Il est condamné à 2 800 francs (426 euros) d’amende pour avoir giflé un représentant de commerce.

Ses coups de génie
• Avril 1987 : Pour son premier match en équipe de France, il marque un but à l’Allemagne qui s’impose néanmoins 2-1.
• Avril 1988 : Il plante deux buts aux Anglais et qualifie l’équipe de France Espoirs pour la finale du championnat d’Europe.
• Avril 1992 : Il devient le premier joueur français champion d’Angleterre avec Leeds.
• Août 1992 : Toujours avec Leeds, il s’offre un hat-trick à Wembley (victoire 4-3 contre Liverpool lors du Charity Shield). C’est le premier triplé dans le Temple depuis 1966 !
• Avril 1994 : Eric le King devient le premier étranger élu meilleur joueur du championnat d’Angleterre.
• Mai 1996 : C’est un but des 25 m du Diable Rouge qui offre la Cup à Manchester United contre Liverpool. Il est désigné Joueur de l’année par la presse.

Eric Cantona au cinéma
• Le bonheur est dans le pré (1995)
• Elizabeth (1998)
• Mookie (1998)
• Les enfants du marais (1999)
• La grande vie ! (2001)
• L’outremangeur (2003)
• La vie est à nous ! (2005)
• Le deuxième souffle (2007)
• Lisa et le pilote d’avion (2007)
• French film (2008)
• Jack says (2008)
• Looking for Eric (2009)
• Ensemble, c’est trop (2010)
• Une femme d’affaire (2011)
• Les mouvements du bassin (2011)
• De force (2011)
• Switch (2011)

https://www.youtube.com/watch?v=f1Pjxmoj5Bs

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