Équipe de France

Lilian Thuram : « Mes débuts en bleu »

17 août 1994, Parc Lescure (futur stade Chaban-Delmas). Les Bleus, en pleine reconstruction, accueillent la République Tchèque. Aimé Jacquet lance deux petits nouveaux : Zinédine Zidane, remplaçant au coup d’envoi et futur héros du match, et Lilian Thuram, titulaire en défense centrale. Qui se souvient.

« Après l’échec de l’équipe de France dans la qualification pour la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis, Aimé Jacquet, qui a pris la succession de Gérard Houllier, m’a sélectionné pour un tournoi au Japon. Malheureusement, à quelques jours du départ, je me blesse à la cuisse. Une élongation. Je suis effondré. Pour moi, c’est sûr, la chance de ma vie s’est envolée. Au cours d’une longue conversation téléphonique, Aimé Jacquet me rassure et me dit de ne pas m’inquiéter. « Ce n’est pas grave, tu auras très vite ta chance et d’autres occasions de fêter ton arrivée. »
Nous sommes en août 1994 et cette occasion arrive beaucoup plus vite que je ne l’avais imaginé. J’en suis le premier surpris car je ne me sens pas franchement au top de ma forme physique. L’équipe de France affronte la République Tchèque, toute nouvelle sélection issue du découpage de l’ancienne Tchécoslovaquie. Je me retrouve aux côtés d’Eric Cantona, David Ginola, Bernard Lama, Marcel Desailly… Je me fais tout petit ! Nous sommes quelques jeunes. Il y a Bruno Ngotty, un mec que j’affectionne particulièrement, et Zinedine Zidane qui fête sa première sélection lui aussi.
Le jour du match, je suis titulaire. En défense centrale, je me retrouve au marquage de Tomas Skuhravy. Une bête, impressionnante physiquement. Impossible de lui prendre un ballon de la tête. Je me dis que ce gars doit mesurer 2,50 m ! Nous sommes menés 2-0 à la mi-temps. De retour dans les vestiaires, je suis assez surpris par l’ambiance. Tout le monde parle en même temps, c’est la cacophonie ! C’est à ce moment-là que j’entends une voix qui lance : « Il faut mettre Lilian au milieu ».
Comme un réflexe, je m’écris : « Non, non, moi, je ne joue pas au milieu ! » Juste après, je me dis à moi-même : « Mais qu’est-ce qui te prend ? C’est la première fois que tu viens ici… » Heureusement, dans le désordre ambiant, personne n’a remarqué ma protestation.
En seconde période, Zidane rentre et marque deux buts extraordinaires, une frappe lourde du pied gauche et une reprise de la tête. C’est le début d’une grande aventure. Au cours de ces 90 premières minutes en bleu, j’ai compris que les places en équipe de France étaient chères et que mon niveau était insuffisant. Tout de suite, je vois que le niveau international est au-dessus de tout ce que j’avais pu connaître auparavant. Je suis convaincu qu’il me sera très dur de rester dans cette équipe sans travail.
Peu de footballeurs ont connu le privilège d’être sélectionnés au moins une fois en équipe de France. Dans une carrière, c’est un objectif extraordinaire. »

La fiche du match
■ Le 17 août 1994 au Parc Lescure, Bordeaux. 15 000 spectateurs. Match amical
France-Répubique Tchèque 2-2 (0-2)
Buts : Zidane (85e et 87e) pour la France ; Skuhravy (43e) et Smejskal (45e) pour la République Tchèque.
■ FRANCE : Lama – Angloma, Thuram, Blanc, Ngotty, Di Méco – Desailly (Ferri, 24e), Cantona, Martins (Zidane, 63e) – Dugarry (Loko, 77e), Ginola (Lizarazu, 46e). Sélectionneur : Aimé Jacquet.
■ RÉPUBLIQUE TCHÈQUE : Kouba – Kubik, Repka, Suchoparek – Smejskal, Nemecek, Novotny, Latal (Berger, 64e), Nemec (Poborsky, 60e) – Siegl (Kuka, 46e), Skuhravy (Samec, 81e). Sélectionneur : Dusan Uhrin.

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