Équipe de France

Les grands absents de l’Euro 2012 (48) : Eric Abidal, Medicine man

Eric Abidal n’a jamais retrouvé en Bleu son niveau de la Coupe du monde 2006. Après avoir subi une greffe du foie, la référence ultime à Barcelone au poste de latéral gauche a dû renoncer à l’Euro.

C’était en plein cœur du mois d’août. Il faisait presque chaud sur Rennes. L’équipe de France sortait d’un Euro manqué au Portugal, éliminée (1-0) en quarts de finale par la Grèce, future lauréate. C’était plus qu’un virage. C’était une épingle à cheveux comme celles qui attendent les juillettistes sur le Tour de France. Mais nous étions en août et c’était la rentrée de l’équipe de France. L’acte I des Bleus version Raymond Domenech, tout frais successeur de Jacques Santini, parti chercher (mauvaise) fortune du côté des Spurs de Tottenham.
Après Didier Deschamps, Laurent Blanc et Emmanuel Petit, il fallait maintenant dire au revoir à Marcel Desailly et Lilian Thuram. A Dieu aussi : Zinédine Zidane. Il fallait tout reconstruire ou presque avec les nouveaux tauliers : Patrick Vieira, Thierry Henry, David Trezeguet, Fabien Barthez. Pas que des profils de francs leaders. Il fallait aussi faire appel à une nouvelle ossature. Sans détricoter le maillot, juste le réajuster. C’était à Rennes et pour son premier match amical, sa répétition générale avant de plonger dans les éliminatoires de la Coupe du monde 2006, l’équipe de France se frottait à la Bosnie-Herzégovine.
Contre un « Etat-Nation » tout frais. Les Bleus faisaient peau neuve eux aussi avec, au rang des perdreaux de l’année, un gaillard gaucher aussi fin que musclé. Après deux saisons à Monaco, où il avait été formé, puis deux à Lille, où il avait percé, Eric Abidal venait de signer chez le triple champion de France, l’Olympique Lyonnais, étiqueté nouvel ogre du football français. Un peu comme un retour à la maison pour lui, le gosse de La Duchère, l’autre club de l’agglomération lyonnaise, pensionnaire de CFA2.

« Je sais ce que je vaux et où je veux aller »
Eric pose un pied dans la maison bleue. Un autre monde ? Pas tout à fait. Il n’y a qu’à le voir fier et droit dans le fauteuil, pour son premier point presse d’international. « Je sais ce que je vaux et je sais où je veux aller. L’équipe de France, ce n’est pas une fin en soi. Pour moi, c’est le début de quelque chose. » De mémoire de suiveurs des Bleus, on avait rarement vu autant d’aplomb, une telle foule de certitudes à l’heure de la grande découverte.
Soixante-et-une sélections ont passé. Une existence mais plusieurs vies. D’homme et de joueur. Forcément, ce n’est plus vraiment cet insolent bizuth d’août 2004. C’est bien simple : en club, Eric Abidal a tout raflé. Pendant trois saisons à Lyon d’abord, il a appris à gagner. Trois titres de champion de France. Puis il a fait partie de la « Dream Team » catalane, les Harlem Globetrotters des temps modernes, version pelouse. Au Barça, il s’est imposé et en a imposé. Trois nouveaux titres de champion, d’Espagne ceux-là. Deux Ligues des champions, deux Supercoupes d’Europe, deux Mondiaux des clubs, deux Coupes du Roi, trois Supercoupes d’Espagne.
La saison dernière, il était, au Camp Nou, l’égal de Lionel Messi. Ses performances – aussi bien dans l’axe de la défense qu’au poste de latéral gauche – ont suscité, pendant de longues semaines, les murmures d’admiration du Camp Nou. A chacune de ses prises de balle, c’était l’émoi. Et puis Eric a été fauché en plein vol. Une tumeur au foie, une opération d’urgence et des questions sans réponse. Avant un retour aussi rapide qu’émouvant. Le 3 mai, ce même Camp Nou se lève comme un seul homme lorsqu’il remplace Carles Puyol à la 90e minute de la demi-finale retour de la Ligue des champions contre le Real Madrid. A Wembley se prolonge le rêve. Il est titulaire et dispute l’intégralité de la finale contre Manchester United (3-1). Le Barça remporte une nouvelle Ligue des champions. Pep Guardiola dit que « le plus important, c’est de voir Eric debout, sur un terrain ».
Pilier au Barça où il se verrait bien finir sa carrière, il l’était également en Bleu avant de subir une greffe du foie. Opéré en avril, il est forfait pour l’Euro 2012. Laurent Blanc aurait aimé lui refiler le brassard de capitaine mais lui n’en voulait pas, persuadé qu’il n’était pas fait pour ça. Il s’était finalement laissé convaincre. Depuis l’Euro 2008 – où il avait causé le penalty face à l’Italie, lors du dernier match de groupe, avant d’être expulsé dans la foulée -, Abidal nous doit une revanche. Ce ne sera pas pour cette fois. Il aura 33 ans en septembre. Ce ne sera peut-être pour jamais. Ainsi en a décidé la médecine.

Le saviez-vous ?
Titulaire pour la finale de la Ligue des champions 2011, deux mois après son opération du foie, « Abi » a soulevé le premier la Ligue des champions : Carles Puyol lui avait remis le brassard. Entorse au protocole, cadeau imprévu et grosse chair de poule. « L’émotion que je ressens ne peut pas s’expliquer. Je suis tellement reconnaissant à Puyi pour ce geste », témoignait-il alors. « C’est une démonstration de la qualité humaine de notre vestiaire », concluait Guardiola.

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