Étranger

Les fines gâchettes (9/15) : Carlos Tevez, la mue de l’Apache

Longtemps en conflit larvé à Manchester City, l’attaquant argentin Carlos Tevez renaît à la Juve. Et ça se voit.

Quand, à l’été 2013, la Juventus achète Carlos Tevez à Manchester City, beaucoup se demandent combien de désagréments l’arrivée de l’Argentin va bien pouvoir causer à la « Vieille Dame », qui caracole loin devant tout le monde en Italie, championne presque sans concurrence sous les ordres d’Antonio Conte. Conte, un coach à la poigne de fer, un entraîneur sans états d’âme. Italien, en plus. Autant dire le parfait sosie, vu d’ici, d’un certain Roberto Mancini avec lequel Carlos a passé son temps à faire la guerre à City.
Des engueulades mémorables, des mises à l’écart, des règlements de comptes par voie de presse ou entre quatre yeux, voire quatre mains… Avec le « Mister » et « l’Apache », la vie des Citizens a toujours été plus orageuse que la couleur anticyclonique de leur maillot. A Turin, ce n’est pas qu’on déteste les gros caractères – bien au contraire – mais il faut que le caractère s’insère dans le moule. A la Juve, on ne touche pas à l’Institution. Alors, Carlos Tevez… Rien que le nom avait interpelé bon nombre de tifosi bianconeri, conscients de la valeur de l’attaquant mais au courant, aussi, des risques encourus. D’ailleurs, avec le strict prix du transfert, on pouvait estimer son départ vers la Botte comme une sorte de pari. Acheté près de 30 millions d’euros par City (en 2009 au voisin de Manchester), il avait été revendu pour 9. Prix divisé par trois. Entre bonne affaire et mise risquée. Mais depuis la finalisation de l’opération, la Juve se frotte les mains.
Dès son arrivée, l’Argentin frappe les observateurs, comme ses nouveaux coéquipiers. Ici, pas de coup de sang. Pas coup de poing. Non, Tevez frappe par son professionnalisme. Toujours en avance sur l’horaire, toujours au rab’ à la fin des séances. Jamais un mot plus haut que l’autre. Une implication, un sérieux très « italiens » et un sacré niveau de jeu… Les plus méfiants craignaient qu’il ne divise le vestiaire ? Il va le cimenter. Carlos n’avait marqué « que » 17 buts lors de sa dernière saison, toutes compétitions confondues, avec City ? Il en claque 19 en championnat pour ses grands débuts dans le Calcio. Tevez boucle sa première saison de « Bianconero » avec 21 buts au compteur et poursuit sur les mêmes bases depuis. Voire mieux puisque c’est exactement le total qu’il affichait au bout de 31 rencontres début mars, avant même le début du printemps. Il a fini l’année à 29 en 47 matches. Même le départ soudain et précipité d’Antonio Conte n’a pas altéré son envie. « Je ne connaissais pas du tout la manière de faire de Massimo Allegri mais nous travaillons bien et c’est ça, le plus important. Au-delà du départ de Conte, nous, les joueurs, devions démontrer que l’équipe était la même que celle qui a remporté trois Scudetti consécutifs. On devait montrer que c’est avant tout l’équipe qui gagne. »
Décisif, aussi bien dans la sphère du Calcio que sur la scène européenne, puisqu’il a marqué 7 fois en 13 rencontres, dont une très importante ouverture du score contre le Borussia Dortmund, lors du 8e de finale aller au Juventus Stadium (victoire de la Juve 2-1). Le n°10 piémontais tire l’équipe vers le haut et se montre décisif dans les moments importants. Comme sur la pelouse de l’AS Rome, dans le sommet du championnat, où son coup franc direct (là aussi, pour l’ouverture du score) compte sans doute double, voire triple, dans la course au titre (match nul 1-1, la Juve conserve ses 9 points d’avance à 13 journées de la fin).
Finaliste malheureux de la Ligue des champions à Berlin, contre le FC Barcelone (1-3), l’Argentin a vécu comme une seconde jeunesse. Cette efficacité redoutable rappelle qu’avant son arrivée sur le sol européen, « l’Apache » avait trouvé le temps de devenir le meilleur buteur non-brésilien de l’histoire des Corinthians de Sao Paulo avec 46 pions (Paolo Guerrero l’a égalé mais le Péruvien tourne à 0,4 but par match sous le maillot du Timao quand Carlos affichait un ratio de 0,58). Ces derniers mois, la Juve a pleinement profité de la résurrection du champion d’Angleterre 2008, 2009 et 2012, à présent double champion d’Italie. Elle aimerait prolonger la belle histoire, ce qui est loin d’être gagné (voir encadré).
A 31 ans, Carlos affiche la forme de ses débuts, quand il était – à cause de sa peau tannée peut-être mais grâce à sa grinta, surtout – l’idole de la Bombonera de Buenos Aires. Parmi ceux qui n’ont pas joué très longtemps à Boca Juniors, il a laissé une trace peut-être plus importante que Diego Maradona, c’est dire. Bon, il faut préciser qu’il avait tout de même remporté une Copa Sudamericana, une Copa Libertadores et également une Coupe Intercontinentale.
Ignoré par Alejandro Sabella jusqu’à la dernière Coupe du monde au Brésil, l’animal a vu Tata Martino le rappeler en équipe nationale en début de saison. Il a ainsi retrouvé une Albiceleste au sein de laquelle il atteindra bientôt les 70 sélections (pour 13 buts inscrits). A l’heure actuelle, le Turinois apparaît clairement au-dessus de Gonzalo Higuain, le goleador de Naples, pour ce qui est d’occuper le poste 9. Un revenant qui peut donner l’impression de revenir de nulle part mais qui peut aussi s’imposer partout. Et dont l’intersaison risque d’être animée…

Tendance mercato
Tevez arrivera en fin de contrat en juin 2016. Paris aimerait le recruter. La Juve veut le prolonger. Mais l’intéressé a une autre idée. « J’ai dit aux dirigeants de la Juve que je voulais aller au terme de mon contrat mais je ne pars pas dans l’idée de prolonger. Quand j’avais signé, j’avais expliqué que ce serait mon dernier contrat avant de rejoindre Boca Juniors. Ce sera comme ça et la discussion est close. Mais avant, je veux tout gagner avec la Juventus ! » Sera-ce suffisant pour calmer les ardeurs des monstres européens ?

Populaires

To Top