Équipe de France

Les fines gâchettes (12/15) : Antoine Griezmann en mode galactique

A 24 ans, le nouveau Matelassier a franchi un palier supplémentaire sous les ordres de Diego Simeone. De plus en plus haut,
de plus en plus fort, Monsieur Antoine.

Il est arrivé comme partout ailleurs. Sur la pointe des pieds. L’Atletico Madrid avait payé le montant de sa clause libératoire – 30 patates tout de même, la petite affaire – et il était arrivé chez les Colchoneros avec une étiquette collée sur le front. Fine gâchette jeune mais fine gâchette chère. Surtout, il rejoignait une équipe au sommet de son art, sacrée championne d’Espagne au nez et à la moustache du Real et du Barça. Une équipe finaliste de la Ligue des champions, aussi. Un monstre de compétition, un collectif lubrifié tellement il était bien huilé, une force de frappe monstrueuse, parce que gonflée à la grinta d’un coach pas tout à fait comme les autres.
Diego Simeone, pour ne pas le citer, voulait pourtant Antoine. Coûte que coûte. « Nous développons l’équipe et son potentiel. Cette saison, avec les arrivées de Griezmann, (Mario) Mandzukic et (Fernando) Torres, le potentiel offensif est plus riche », annonçait-il. Les Rouges et Blancs de Madrid avaient quand même perdu Diego Costa (Chelsea) dans l’histoire, ce qui, si l’on considère le potentiel de l’ensemble, n’était pas négligeable. Griezmann quittait là son cocon de San Sebastian et cette Real Sociedad qui l’avait recueilli à peine tombé du nid, nourri au biberon, lait de brebis basque, puis élevé au foot espagnol.
Monsieur Antoine a rejoint la capitale, les grandes artères et tout le foin qui va avec. Sur la pointe des pieds, ici encore plus qu’ailleurs. Pendant de longues semaines, il n’a pas fait le malin. « Oui, j’ai eu du mal à m’adapter au rythme de la préparation. Plusieurs fois au début, je me suis retrouvé à bout de souffle. Je manquais d’air, je n’avais pas les jambes. Les efforts et la concentration que demande Diego Simeone aux entraînements m’ont surpris. A la Real, il n’y avait pas autant d’intensité. Et puis je jouais davantage dans le couloir gauche. A l’Atletico, j’évolue plus dans l’axe. J’ai dû m’habituer, trouver mes marques. »
Moyen, remplaçant, poussé par son coach avec du Simeone dans le texte : tout n’a pas été tout rose au début. « Je savais que les gens attendaient davantage de moi, ne serait-ce que par rapport au prix de mon transfert. Mais je n’ai ressenti aucune pression. Pour moi, le foot est un jeu, j’essaie de m’éclater et d’en profiter. » Ce qui n’empêche pas de travailler. Fort dans sa tête malgré son jeune âge (24 ans depuis mars), le Français n’a jamais baissé les yeux et encore moins les bras. Il a pris son temps, il a pris du muscle et finalement, il a pris une autre dimension. Celle souhaitée par son coach.
Une seule passe décisive a égayé ses premiers mois de compétition, le 27 septembre contre le FC Séville. Arrive le premier but, puis le deuxième. Un doublé pour ouvrir le compteur le soir du 1er novembre, contre Cordoue. Le déclic se produit juste avant Noël. Sur la pelouse de San Mames, Bilbao, Pays basque. Un clin d’œil qui n’a pas fait rire l’Athletic. Griezmann, seul en pointe, marque trois fois. Ensuite ? On ne l’arrête plus.
Il est le meilleur buteur de l’Atletico en championnat. Il vole, il plane. Antoine a été qualifié plusieurs fois de « galactique » dans la presse espagnole et unanimement reconnu comme meilleur joueur du championnat en janvier. En mars, il en était à un but marqué toutes les 107 minutes, soit le quatrième meilleur ratio d’Espagne derrière Cristiano Ronaldo, Neymar et Lionel Messi. Galactique, on vous dit ! Mieux : si l’on découpe sa saison à partir de la mi-décembre, il affichait un but toutes les 57 minutes. Seul Messi a fait plus fort que lui dans les cinq grands championnat européens sur la même période.
Diego Simeone voulait Antoine, il l’a transformé. Le Griezmann 2015, c’est 75% de tirs cadrés, quasiment trois tirs par match (contre un peu moins de 2 dans la première partie de saison), plus de 25 passes par rencontre (20 en moyenne entre la 1ère journée et la 15e). Il transformait 18% de ses tirs en but, il est monté à 30%. C’est un attaquant plus fort en tout, buteur mais pas que.
Au-delà de la densité physique, il s’est mis à l’heure Simeone : Antoine est devenu un adepte du pressing et de la transition rapide entre la défense et l’attaque. Il sniffait la ligne de touche à la Real Sociedad (près d’un ballon sur deux touché là-bas l’était dans le couloir gauche), il squatte l’axe à l’Atletico. C’est dans la peau de l’avant-centre qu’il joue aujourd’hui le plus de ballons, même si dans le 4-4-2 de Simeone, il se déporte avec toujours autant de bonheur côté gauche.
En résumé, c’est un nouvel homme et un nouveau joueur qui a soufflé ses 24 bougies. Il a pris le temps ? Il en a encore une bonne tranche devant lui. Il est arrivé sur la pointe des pieds ? Ses crampons griffent maintenant si fort les pelouses de Liga qu’ils y laissent une trace bien marquée. La fine gâchette a du toucher, de la vista et, accessoirement, tout l’avenir devant elle.

Tendance mercato
L’Atletico n’a pas fait les choses à moitié. Trente millions d’euros la clause libératoire mais un contrat bétonné jusqu’en 2020 ! Autrement dit, celui qui veut Antoine Griezmann va devoir sortir le chéquier. Sinon ? Laurent Blanc l’apprécie énormément. Paris devra un jour reconstruire sa ligne d’attaque et le président Nasser Al-Khelaïfi adore le joueur, au moins autant que l’idée de renforcer son Paris Saint-Germain avec des internationaux français…

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