Équipe de France

Les Aiglons se rebiffent

La saison exceptionnelle des Niçois replace le Gym tout en haut de la hiérarchie. La confirmation d’un projet sérieux et structuré et le retour, surtout, d’un club qui compte dans l’histoire du foot en France. On vous dit pourquoi.

Les origines : Du Gym au Ray
OGCN, Aiglons, Gym, Issa Nissa… Quand on pense rouge et noir sur la Côte d’Azur, plusieurs petits noms d’oiseaux viennent nous siffler aux oreilles. Il faudrait pourtant penser en noir et bleu. Les premières couleurs de l’originel, qui se compile en trois lettres : GCN. Comprenez le Gymnaste Club de Nice, né en 1904, qui fait la part belle à la… gymnastique, donc, et laisse de belles parts à l’athlétisme dans son ensemble. Le Gym est né mais se scinde très vite. Dès 1908 en fait avec, d’un côté, la section boules qui conserve le nom premier, pendant que les autres sections se regroupent et deviennent le Gymnastes Amateurs Club de Nice. C’est là que le foot fait son entrée. Le 29 novembre 1908, le GACN bat le Stade Niçois 6-0. Son acte de naissance footballistique ? Oui et non car les deux entités se regrouperont bientôt sous l’ancien nom du Gymnaste Club de Nice. Le GCN absorbera en 1919 le Gallia Sports de Nice (héritier du Football Vélo Club, né en 1899 et qui était le plus ancien club de foot de la région). Par respect pour le doyen et en honneur du Gallia, le GCM adopte ses couleurs, le rouge et le noir. Le 22 décembre 1924, le GCN devient officiellement l’Olympique Gymnaste Club de Nice. Les Jeux Olympiques viennent de se dérouler en France et les anneaux sont à la mode. Voilà l’OGCN… Deux fois demi-finaliste de la Coupe de France, en 1931 et 1932, le club est admis, cette même année, dans le premier championnat professionnel. La région y est représentée en force puisqu’on y retrouve aussi les voisins de Cannes et Antibes. L’OGCN devient professionnel.

Les seventies : La parenthèse inachevée
L’OGCN illumine la Côte d’Azur pendant près d’une décennie sous la présidence de Roger Loeuillet, au point de concurrencer le grand rival de l’époque, l’AS Saint-Etienne. A l’opposé des Verts, Nice est réputé pour être le club des stars. Il faut dire que plusieurs internationaux français le composent. Claude Quittet, Charly Loubet, Hervé Revelli, Roger Jouve, Jean-Pierre Adams et Jean-Marc Guillou font partie de l’équipe. On trouve encore le Suédois Leif Eriksson ou le Néerlandais Dick Van Dijk. Dominique Baratelli prend les gants. Ça a de l’allure, ça joue plutôt très bien. C’est l’heure du strass et des paillettes au Ray. Les Niçois sont surnommés « les milliardaires de la Côte ». Pourtant, malgré plusieurs saisons passées à lutter pour le titre, la décennie sera celle des occasions manquées. Le club rappelle encore que lors de la saison 1973-74, six Niçois se sont retrouvés titulaires au cours du même match en équipe de France. Mais rien n’y fait. Les Aiglons éliminent bien Barcelone et Fenerbahce en Coupe d’Europe mais l’aventure est stoppée en huitièmes de finale. Le vrai clap de fin sera donné par Michel Platini en finale de la Coupe de France 1978 : il crucifie Baratelli et offre la Coupe à Nancy. C’est la fin des « Milliardaires de la Côte ». Huck, Jouve et Guillou quittent le club au cours des deux saisons suivantes. Le fameux milieu niçois est à refaire entièrement. Derrière eux, il faut rappeler l’incroyable réussite de Nenad Bjekovic, le buteur serbe, qui a marqué 86 buts en cinq saisons (de 1976 à 1981) et la personnalité de Josip Katalinski, la légende. Son souvenir (il nous a quittés en 2011) reste toujours bien présent dans le paysage du club.

Jean-Pierre Rivère : Le Transformer
L’arrivée, en 2011, de Jean-Pierre Rivère à la tête du club azuréen lance les bases d’un nouveau projet. Alors que le Gym va bientôt déménager (voir par ailleurs), c’est l’ensemble du club qui prend un virage à 90°. Développement des structures, politique de formation, élaboration et construction du futur centre, ouverture du capital… Rivère, qui a fait fortune dans l’immobilier, est un homme d’affaires niçois, la cinquantaine bien portée, avec un regard à la George Clooney. Il injecte 12 millions d’euros et annonce d’entrée la couleur : ces 12 millions sont là pour combler le déficit structurel du club et doivent donc permettre de conserver les meilleurs joueurs. L’accent est mis, d’emblée, sur les jeunes et la formation. Ça tombe bien, le Gym remporte la Gambardella en 2012, quelques semaines avant l’arrivée de Claude Puel. Acte fondateur. Cinq ans plus tard, Rivère ne détient plus que 20% du capital mais il reste le président qui décide. Deux Chinois, Alex Zheng et Chien Lee, et un Américain, Paul Conway, ont racheté 80% du capital. « Ils sont venus à la condition que l’équipe dirigeante reste, précisait-il dans « Le Parisien » en décembre. Ils m’ont dit : « On ne connaît pas le football, on vous laisse faire. » »
Ils ont bien fait. Depuis deux ans, Nice joue bien, très bien et monte quatre à quatre les marches. « Il y a une satisfaction dans la qualité du jeu. Mais c’est le travail de plusieurs saisons. On laboure, on sème et on récolte. Cette saison, on est dans la phase de récolte. On a bâti ce club avec un projet, en partant d’une page blanche. On a connu des échecs mais aussi de la réussite parce que tout ce qu’on a écrit, on l’a fait. » Il ne parle pas beaucoup. Mais jamais pour ne rien dire. On ne peut pas lui enlever ça. Claude Puel, Hatem Ben Arfa, Mario Balotelli… Tout ça, c’est lui.

La nouvelle vie
On se demandait comment les Niçois allaient digérer le départ de Claude Puel, l’architecte. On avait peur en voyant le vide laissé par Hatem Ben Arfa dans les cœurs, le vide laissé par Nampalys Mendy dans le moteur. Mais l’été dernier, le vide a vite été comblé. Sereins et visionnaires, les dirigeants, Rivère en tête, ont réussi à remettre un coup d’accélérateur aux ambitions – nouvelles – du club. Comme un deuxième virage. Encore mieux maîtrisé. L’arrivée de Lucien Favre a constitué un coup de génie. Celles de Dante, Younès Belhanda et Mario Balotelli ? Des paris gagnés. Avec le Suisse, les Niçois ont hérité d’un coach de top niveau européen, estampillé formateur et bâtisseur. Exactement ce qu’il fallait pour coller au projet. Avec des recrues clinquantes mais performantes tout de suite, ils ont visé juste. Coup double et coup parfait. Les Niçois ont caracolé en tête du classement jusqu’à Noël, ils n’ont perdu qu’une seule fois au cours des 20 premiers matches, ils n’ont encaissé que 13 buts et surtout, ils ont enchaîné les prestations de haute volée. Dans la droite ligne des années précédentes. Du jeu simple, au sol, du mouvement. De la simplicité mais de la création permanente. « Nous souffrons par moments mais nous conservons notre philosophie de match en match », rappelle régulièrement Favre. Favre, c’est l’esthète qu’il fallait. Celui qui a fait exploser Ter Stegen, Marco Reus ou Granit Xhaka à Mönchengladbach se retrouve à la tête de la plus jeune des équipes de tête des cinq grands championnats européens. Pas neutre. Le projet a encore de beaux jours devant lui.

Plus qu’un club dans la ville : Les adieux au Ray, le symbole ultime
Ils n’ont pas jeté le billet. Ils le garderont ad vitam. Ce 1er septembre 2013, la venue de Montpellier était presque devenue anecdotique. C’était la der du Ray. Même pas un au revoir. Des adieux. Du cœur de la ville, en milieu de journée, jusqu’à la colline et ces tribunes un peu perchées, un peu passées, désuètes mais toujours chaudes bouillantes, les supporters niçois ont fait procession. Ce dimanche-là, le tramway est resté fermé. Il y avait trop de monde sur les rails. Ce dimanche-là, le Gym n’a pas gagné (2-2) mais l’essentiel était ailleurs. C’est Valentin Eysseric qui a marqué le dernier but mais l’essentiel était dans ce clapping magistral, ce tifo à pleurer et l’hommage d’après-match, avec près d’une centaine d’anciennes gloires présentes sur la pelouse. Le Luxembourgeois Robby Langers, accroché aux grillages, avait la larme à l’œil. « C’est une partie importante de ma vie. La plus importante, sans doute. Parce que le public niçois ne peut pas s’oublier. » La nuit est tombée mais la lumière est restée. A la fin de la rencontre, le rond central a été découpé. Il est, depuis, greffé en plein milieu de la pelouse de l’Allianz Riviera. A Nice, le cœur du Ray bat toujours.

Les grands noms
Charly Loubet, Roger Jouve, Dominique Baratelli, Joseph Ujlaki, Yeso Amalfi, Jean-Noël Huck, Josip Katalinski, Leife Eriksson, Jean-Marc Guillou, Nenad Bjekovic, Daniel Bravo, Hugo Lloris, Dario Cvitanich, Carlos Curbelo, Robby Langers, Frédéric Gioria, José Cobos, Hatem Ben Arfa.

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