Étranger

Les 50 stars de l’Euro 2012 (3) : Andrés Iniesta, un héros si discret

Son but en finale de la Coupe du monde a changé sa vie mais certainement pas le bonhomme, toujours prêt à replonger dans l’aventure. Dès l’instant qu’il faut jouer…

La question s’est posée à David Trezeguet en 2002 et même lors de l’Euro 2004. Comment aborder le tournoi d’après ? Buteur en or en finale de l’Euro, David avait basculé dans une autre dimension ce 2 juillet 2000, sur la pelouse de Rotterdam. Tout le monde se souvient de cette volée improbable du gauche, à hauteur de hanche, qui alla se loger dans la lucarne de Francesco Toldo. Personne n’a oublié l’explosion de joie qui suivit et le faciès déformé de Trezeguet, torse nu et maillot en l’air, ivre de bonheur le long de la ligne de touche.
Andrés Iniesta a vécu la même chose. Plus au Sud et plus récemment. En juillet 2010, au Soccer City Stadium de Johannesburg, le petit Espagnol a fait basculer la finale de la Coupe du monde, à quelques minutes du terme de la prolongation. Lui aussi a tombé le maillot face aux Pays-Bas. Le visage défiguré par l’émotion, il a explosé et exposé à la face du monde son… maillot de corps. Dessus, un hommage à Daniel Jarque, capitaine de l’Espanyol Barcelone retrouvé mort dans sa chambre, à Florence, lors d’un stage de présaison en août 2009. « Dani Jarque siempre con nosotros (Dani Jarque toujours avec nous) », pouvait-on lire.
L’Espagne est sacrée championne du monde et Andrés entre à son tour dans une autre dimension. En l’espace d’une seconde, le lutin génial et discret du FC Barcelone devient un héros national. Un but qui change une vie. Qui change tout. Sauf le bonhomme. « Je me souviens de tout. Cesc (Fabregas) me fait la passe. A ce moment précis, juste avant de recevoir le ballon, je sais où se trouve le but et comment le gardien est placé. Je sens que je vais marquer. Ce but, c’est moi qui l’ai inscrit mais Dani m’a aidé. Les années vont passer mais quand on parlera de mon but, on parlera aussi de Dani Jarque. » Quelques semaines plus tard, lors du derby barcelonais, les supporters de l’Espanyol l’ovationnent, debout, pendant plus d’une minute. On n’avait jamais vu ça. Mais non, Don Andrés n’a pas changé. Toujours aussi génial et décisif au Barça, toujours aussi précis et juste avec la Seleccion, toujours aussi simple et plein d’humilité au quotidien.

« Il a un cœur plus gros que lui »
Il revient régulièrement à Fuentealbilla, le village de 2 000 habitants où il est né et où sa famille et la grande majorité du clan Iniesta vivent toujours. Son grand-père maternel tient le café du coin, le musée Iniesta. La paire de chaussures à l’origine du fameux pion au Soccer City Stadium est là. C’est le trophée incontournable du café. « Il a un cœur plus gros que lui. Tout le monde aimerait l’avoir comme ami », assure le papy. Voilà le Mozart espagnol devant son miroir.
Quatre ans après son succès en Autriche et deux ans après son sacre mondial, l’Espagne a la possibilité de réussir un triplé inédit. La France de Trezeguet avait réussi le doublé Coupe du monde-Euro en 1998 et 2000. Don Andrés et sa bande ont fait le chemin inverse pendant quatre ans. Moisson identique. Celle d’une équipe insatiable. Iniesta sait bien ce qui l’attend en juin. Il connaît l’ampleur de la tâche comme les forces de son clan. « Nous évoluons ensemble depuis pas mal d’années maintenant. Nous avons tout gagné ensemble et nous en voulons encore. Il y a un grand respect entre nous, nous sommes tous amis. Sur le terrain, cela rejaillit. On se connaît parfaitement, on connaît les déplacements des uns et des autres. On sait exactement ce que pense le coéquipier. Ça facilite les choses. »
C’est simple comme le jeu de l’Espagne. Comme celui d’Iniesta. Lâché par le Real Madrid dans la course au titre, le Barça a sans doute pâti de l’absence d’Andrés, plusieurs fois sur le flanc cette saison. En mars, avec un total de 50 matches sans défaite en club, il a égalé le record absolu d’Emilio Butragueno dans les rangs du Real Madrid. Aussi discret qu’irremplaçable.

Le saviez-vous ?
Avec Iker Casillas, Andres Iniesta a tourné une publicité pour la banque espagnole BBVA. Dans le clip tourné en caméra cachée, les deux champions du monde inversent les rôles et viennent solliciter des autographes auprès de badauds. Le résultat ne manque pas de saveur, surtout quand Andrés s’agenouille devant un jeune, incrédule, le suppliant de signer le bout de papier… A voir absolument.

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