Étranger

Les 50 stars de l’Euro 2012 (2) : Fabio Coentrao, la pêche au gros

Le natif de Vila do Conde, petite ville portuaire du Nord du Portugal, a pris des chemins de traverse avant d’arriver à bon port. Itinéraire.

C’est l’histoire d’un gamin de la mer. Un fils de pêcheur pour qui l’affaire aurait pu mal tourner. L’un des meilleurs arrières latéraux du moment, en tout cas sur l’échiquier des valeurs, puisque le Real Madrid l’a acheté plus de 30 millions d’euros au Benfica Lisbonne. Déjà, le Benfica. Etonnant pour un gamin du Nord du Portugal. Normalement, à Vila do Conde, petit port niché au nord du Nord du pays, entre l’Océan atlantique et l’estuaire du Douro, les footballeurs en herbe ne jurent que par le grand frère, le géant d’à côté, autrement dit le FC Porto.
Fabio ne s’est jamais posé ce genre de questions. Pour lui, Porto, c’était déjà loin. Trop loin. La proximité de la famille et surtout l’énergie de Caxinas, son quartier d’enfance, suffisent à son bonheur. Les régates et les tours du monde n’y changent rien. Comme quoi, on peut être titulaire au Real Madrid et n’aspirer qu’à une chose, retrouver son bout de caillou. « J’aime mon quartier, j’aime Caxinas, j’aime tout là-bas. C’est un coin merveilleux ! Je ferais tout pour ce petit bout de terre. C’est là que je suis né, c’est là que j’ai passé toute mon enfance. Quand j’arrêterai le football, j’y retournerai probablement. Je m’y sens toujours heureux. La population est gentille, avenante en dépit de toutes les difficultés que les gens peuvent rencontrer. »
C’est là-bas, à Rio Ave, qu’il a découvert l’élite, avant de migrer très tôt vers le Benfica… et de déchanter. Trois bouts de match et six mois plus tard, voilà notre fils de pêcheur prêté au large. Intégré au Maritimo Funchal, il se retrouve carrément sur une île, à Madère, avant d’être à nouveau prêté au Real Saragosse, en seconde division, pour un deuxième aller simple dans les cales. Ce n’est qu’un passage éclair en Espagne mais Fabio trouve quand même le temps de traîner ses fesses dans quelques estaminets de nuit et de faire les choux gras de la presse locale. Sa réputation est faite.

« J’ai énormément de tendresse pour Mourinho »
En janvier 2009, il retourne à la case départ. Rio Ave, le daron et le chalutier ! Puis c’est le déclic. Fabio quitte l’adolescence et devient un vrai pro. Et tout change. Il recule d’un cran, s’impose au poste de latéral, intègre la sélection qui trouve là le successeur idéal de Nuno Valente, frais retraité. Champion avec le Benfica en 2010, il dispute, à 22 ans, sa première Coupe du monde en Afrique du Sud. L’élimination en 8es de finale contre l’Espagne (0-1) n’y change rien, Fabio Coentrao s’est définitivement invité parmi les meilleurs spécialistes du poste. José Mourinho et le Real Madrid signent le chèque. Pour un peu plus de 30 millions d’euros, Coentrao devient le latéral le plus cher du monde. « La confiance de « Mou » signifie énormément pour moi. J’ai énormément de tendresse pour lui. J’ai toujours rêvé de jouer au Real et voilà que le meilleur entraîneur du monde m’en donne l’occasion. C’est quelqu’un de fantastique. Tous les joueurs ne disent que du bien de lui, c’est vraiment le meilleur. Je me revois tout gamin, m’imaginant joueur du Real. J’ai mis du temps à réaliser que c’était devenu une réalité aujourd’hui. »
Après cette forme d’école buissonnière qu’il s’est autorisée, sa carrière est devenue un modèle de progression. C’est un signe qui ne trompe pas : Fabio a honoré sa toute première sélection lors du match retour des barrages contre la Bosnie-Herzégovine, la dernière marche vers la Coupe du monde. Une sacrée marque de confiance de la part de Carlos Queiroz, le sélectionneur lusitanien de l’époque. Paulo Bento, son successeur, a placé Fabio Coentrao face à ses responsabilités. Depuis son arrivée au Real, le taulier du couloir gauche a réussi sa mue. Le pur ailier gauche est devenu un véritable défenseur latéral. L’alevin de Vila do Conde a bien migré. Il s’est cherché, a navigué en eaux troubles, s’y est parfois perdu. Mais il a retrouvé des courants porteurs. Et le voilà qui s’affirme du haut de ses 24 ans. « Nous n’avons peur de personne », affirme-t-il, sûr de lui, en songeant à l’Euro qui arrive. Un vrai requin blond.

Le saviez-vous ?
En 2005, Fabio a été proposé au RC Lens pour moins d’un million d’euros. Le club artésien n’avait pas donné suite. Le staff « sang et or » n’était pas convaincu par le niveau du jeune Coentrao et le jugeait un peu trop léger pour la Ligue 1. Dommage !

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