Étranger

Les 50 stars de la Coupe du monde (33) : Andrea Pirlo (ITALIE), pour une dernière passe

Andrea Pirlo avait débuté comme meneur de jeu. Il a reculé. Puis il a révolutionné le poste de n°6. Portrait d’un artiste aussi inimitable qu’indémodable.

Lui, c’est la passe. Et la classe. L’art de la passe, la classe à part. Avec Andrea Pirlo, pas besoin de contrôle, pas besoin de seconde en plus. C’est l’histoire d’un joueur qui a révolutionné le poste de numéro 6. Ah, le six… La cisaille. La faucheuse. Le gros et gras Mark Van Bommel, le coupeur de têtes, le boucher Nigel de Jong, le soldat de l’ombre chargé des tâches obscures et des sombres besognes. Découper le créateur d’en face avec une seule consigne : il faut que ça se voit le moins possible. Et si on peut ne pas le voir du tout, c’est encore mieux.
Que les deux exemples ci-dessus soient néerlandais est une pure coïncidence. Qu’ils se rassurent, on n’a rien contre eux. D’autres étalons auraient pu faire l’affaire. Joey Barton, Roy Keane, Gennaro Gattuso, ancien porteur d’eau de Pirlo, ont leur place dans le Hall of Fame des liquidateurs. Mais Andrea ne mange pas de ce pain-là. Le garçon est plutôt chétif et frêle. Dans les gènes, il est plus victime qu’agresseur. Forcément puisqu’il évoluait comme meneur de jeu à ses débuts. A l’époque, il manie bien la gonfle et déjà, on note cette faculté à faire la passe juste dans le bon tempo et au bon moment. Livreur de caviar, le gars. Mais de façon assez étrange, sa précocité au plus haut niveau retarde un peu son éclosion.
En Italie, il y a des monstres à son poste. Dans des clubs monstrueux. A l’Inter, il n’a pas encore 20 ans et regarde les Diego Simeone, Zé Elias, Aron Winter et Youri Djorkaeff du bout du banc. L’apprentissage dure une saison. Décidé à faire son trou, il retourne, prêté, à la Reggina puis chez lui, à Brescia. Là, il recule d’un cran et s’essaie au poste de milieu défensif. Il s’agit de partager le gâteau avec Roberto Baggio qui termine tranquillement sa carrière. La dernière marche menant aux sommets pour Pirlo. Andrea déboule à l’AC Milan en 2001. Carlo Ancelotti le place devant la défense. Il ne bougera plus. Plus qu’une trouvaille, c’est une révolution.
Pirlo, toujours entre la marche et la légère course de récupération, renvoie à chaque rencontre l’image d’un joueur hors du temps. Courant à son rythme mais capable de donner le tempo au match. Il ne sprinte jamais mais paraît toujours en avance. Il voit plus vite, il sait avant les autres. Sa palette technique lui permet de jouer la grande majorité de ses ballons en une touche de balle. Grâce à son talent hors normes, il est autant à l’aise, sans contrôle bien sûr, dans le jeu court que dans le jeu long. L’Italien finit par inventer un nouveau poste : il devient le « quarterback du football ».
Carlo Ancelotti, qui a très vite compris l’importance du bonhomme, articule son équipe autour de lui. Le Milan AC remportera deux Ligues des champions en 2003 et 2007. Marcello Lippi, pas bête lui non plus, reprend le même schéma avec la Squadra Azzurra. L’Italie devient championne du monde en 2006. Pirlo est « l’Architetto » (l’Architecte). En 2011, dix ans après son arrivée, le Milan renonce à prolonger son contrat. Antonio Conte, qui en connaît lui aussi un rayon sur le poste de n°6, saute sur l’occasion. Pirlo devient Turinois. Gianluigi Buffon affirme « avoir pleuré quand (il a) appris qu’Andrea signait à la Juve ».
L’intéressé est élu par ses pairs meilleur joueur du championnat italien en 2013, à 34 ans. « Les votes viennent de mes collègues, c’est une distinction très spéciale… Le sentiment de fierté est assez terrible », sourit-il. Cesare Prandelli, qui le materne en sélection, ne se plaint pas de son âge avancé. Pirlo fut l’un des meilleurs joueurs de l’Euro 2012. « Il a la classe. Pirlo, c’est l’intelligence pure. Dans n’importe quelle zone du terrain, il est capable de construire une action. Et puis il a beaucoup de charisme. Même s’il ne parle pas beaucoup, c’est un grand leader. » Et le seul quarterback du football.

Le saviez-vous ?
Andrea produit un peu plus de 15 000 bouteilles de vin à l’année dans sa propriété, dans la province de Brescia. A la fin de sa carrière, il se consacrera totalement à cette autre passion. Quarterback et vigneron !

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