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Le livre d’or 2014-15 : Le Barça entre dans les cinquièmes rugissants (1/2)

Ligue des champions. Juventus Turin-FC Barcelone 1-3. Les Catalans remportent la Ligue des champions pour la cinquième fois de leur histoire au terme d’une finale échevelée et d’une nouvelle saison toute en records. La quatrième en neuf ans, aussi. La crème de la crème…

On va finir par croire qu’ils préfèrent vraiment les années impaires. Après le fabuleux grand chelem de 2009 qui les avait vus vaincre Manchester à Rome et qui avait permis à Thierry Henry de soulever la Ligue des champions, après avoir remis le couvert en 2011 à Wembley, toujours face à MU, et avec toujours Lionel Messi buteur, les Catalans ont patienté quatre ans. Quatre ans pour retourner s’asseoir sur le toit de l’Europe. Ils ont attendu leur heure mais ils n’ont pas fait semblant pour confirmer, avec un quatrième sacre en neuf ans, qu’ils disposaient bien de la meilleure équipe de ce début de siècle. Rappelant, au terme d’une finale pas toujours maîtrisée, que le trio d’attaque « MSN » n’a pas d’équivalent sur la planète foot à l’heure actuelle. Confirmant, en deux mots, que le Barça, c’était injouable en cette saison 2014-15.
La Juve a essayé, n’a jamais eu peur et c’est tout à son honneur. Mais la Juve a fini par plier face aux tirs d’arbalète de ce Barça-là, qui n’était plus seulement une machine à posséder le ballon. Il était aussi devenu, et il ne faudrait pas minimiser la patte Luis Enrique là-dedans, une terreur du contre. A Berlin, les trois buts catalans étaient des photographies de ce nouveau cru. Le premier d’abord, comme un modèle déposé, histoire de rappeler le code vestimentaire élémentaire : une attaque placée, un changement de rythme provoqué par la vitesse de circulation du ballon, plus que par la vitesse de course des joueurs, et, comme si le tableau noir se mettait à muter, des décalages qui se dessinent et des espaces qui se créent. A la 4e minute, sur la toute première incursion des Catalans, l’action à trois entre Neymar, Andres Iniesta et Ivan Rakitic, suite à un renversement de Lionel Messi, est à inscrire dans les manuels. Jamais cette saison, aussi bien en Série A qu’en Ligue des champions, la Juve ne s’était faite ouvrir en deux à ce point sur la première offensive adverse. Du Barça 100% pur jus.

Un Barça en mode caméléon

Les deux autres ? Des contres d’école, avec récupération du ballon dans son propre camp et projection dans la surface adverse en moins de trois passes. Du Barça pur jus mais les bulles en plus : la version 2015. On y trouve la patte Luis Enrique autant que l’impact « MSN ». Avec Messi, Suarez et Neymar, les Barcelonais ont cette faculté de jouer au caméléon. Capables de changer de peau comme de ballon. Massimiliano Allegri, qui a permis à la « Vieille Dame » de retrouver les sommets de l’Europe, confessait plein de lucidité après le match : « Ç’a été une grande finale mais avec de tels joueurs, c’est lorsque vous pensez avoir le match en main qu’ils joueurs vous le reprennent. C’est exactement ce qu’ils ont fait au moment où nous étions bien, où nous pouvions penser que nous allions marquer à nouveau. Barcelone a été extraordinaire. Sur le banc, j’avais le sentiment que nous pouvions remporter cette victoire. A un moment, je l’ai même dit à Gianluigi Buffon. Mais Barcelone a passé la vitesse supérieure et sur l’une de nos erreurs, ils ont concrétisé une contre-attaque. Le Barça a trois attaquants d’exception et nous en avons payé le prix fort. »
Et un sacré métronome aussi. Andres Iniesta, incertain jusqu’à la veille de la rencontre, a encore été le guide en même temps que le capitaine. Pour sa première saison à la tête de l’équipe catalane, parfois tendue par ses relations avec Messi, Luis Enrique réussit donc le triplé. Barcelone devient le premier club de l’histoire à réussir deux triplés championnat-Coupe nationale-Ligue des champions. Xavi Hernandez, Iniesta, Messi, Sergio Busquets, Gerard Piqué et Pedro, tous présents sur la feuille de match à Berlin, faisaient déjà partie du casting de l’exploit de 2009. Pas banal, même avec cette équipe-là qui ne se refuse jamais rien.

60 matches, 6 défaites, 4 nuls

En ce soir de sacre, même le coach a osé le sourire franc. « Nous avons écrit une nouvelle page de l’histoire de Barcelone. Nous avons marqué sur notre première occasion et nous avons eu des ouvertures par la suite. Mais Buffon était à son meilleur niveau. Comme d’habitude ! La Juve est revenue et nous a mis sous pression. Ç’a été une finale spectaculaire, contre un adversaire du plus haut niveau. Nous avons énormément souffert mais nous avons su souffrir ensemble. Même sur le reculoir, on est resté en place. Après, dans l’ensemble, nous étions au-dessus de notre adversaire. On mérite la victoire. »
Le plus souvent à l’angle de son périmètre de sécurité, plus près de la ligne de touche que de son banc tout au long du match, l’ancien de la maison devenu coach (comme Pep Guardiola) savourait. Novice à ce niveau, il aurait eu tort de s’en priver. « Ce fut une saison difficile, une année de transition mais je veux remercier tous ceux qui m’ont fait confiance et tous ceux qui m’ont soutenu à l’intérieur du club. L’année dernière, nous n’avons rien gagné, nous avons connu des blessures et il y avait un nouveau staff technique mis en place. L’équipe s’est resserrée, on a surmonté les difficultés ensemble et ensemble, nous sommes devenus plus forts. La finale contre la Juve était notre soixantième match de la saison. Au total, il y a six défaites et quatre matches nuls. Les chiffres démontrent qu’il s’agit d’une des meilleures saisons de Barcelone. Sur les dix dernières années, le Barça est le club qui a remporté le plus de succès en Europe. Ces joueurs ont toujours faim de victoires. Ils ont encore montré tout le plaisir qu’ils prennent, en en donnant également aux supporters. »

Quatrième sacre en neuf ans

Avec ce quatrième sacre en neuf ans, le cinquième au total (1992, 2006, 2009, 2011 et 2015), le Barça rejoint Liverpool et le Bayern Munich dans le grand livre, à deux longueurs de l’AC Milan et cinq du Real Madrid. Dans leur présence régulière sur l’estrade et sous les confettis, à la fin du mois de mai ou au début du mois de juin, depuis dix ans, les Catalans redessinent à leur sauce la carte des lauréats, confirmant l’idée d’une hégémonie. « C’est incroyable, témoignera Carlos (mais pas Puyol), le lendemain sur les Ramblas, j’ai dû attendre d’avoir quinze ans pour voir la première victoire en 2006 ! Et depuis, j’ai l’impression que ça n’arrête pas. Si ça continue comme ça, on va bientôt dépasser le Real ! »
Sur l’ensemble de la saison – et c’est une image qui remet aussi en perspective l’élimination du Paris SG en quarts de finale (1-3, 0-2) -, c’est peu dire que la meilleure équipe a gagné. Après avoir martyrisé les Parisiens au Parc, Luis Suarez, qui y est allé de son petit but en finale, salivait en zone mixte. Et quand l’Uruguayen salive, avec ses chicos en forme de péninsule, inutile de préciser que ça se voit ! « C’est un rêve qui devient réalité pour moi ! Je suis venu au Barça pour ça. Pour remporter des titres, des choses importantes. Aujourd’hui, c’est le cas et j’en suis fier. C’est un moment que j’avais envie de vivre. Je suis plutôt le gars qui ne se satisfait pas de ce qu’il a, jamais. Les gens pensaient qu’avec les buts que j’avais marqués contre le Paris SG, Manchester City ou le Real Madrid, j’avais déjà rempli mon contrat. Mais non. Moi, je veux toujours aller plus haut et avec la qualité qu’on a dans l’équipe, c’est possible. J’avais dit qu’avec 20 buts, je serais content (ndlr : il en a marqué 25). Avec Leo (Messi), Andres (Iniesta), Neymar, tous ces joueurs qui font la différence, c’est plus facile. Il y a cinq buts en trop ! »

Huit finales de C1, six défaites pour la Juve

Voilà donc les Barcelonais qui réussissent le second triplé de leur histoire (championnat-Coupe du Roi-Ligue des champions) après celui de 2009. Encore une fois, comme à chaque fois qu’il remporte une finale, Gerard Piqué s’est amusé à découper les filets. Pour ses parties de pêche en mer, en vacances, ou pour mieux garder Shakira, sa plus belle prise, à portée de main ? Le coquin ne nous l’a pas dit. « Les cinq derniers mois de l’équipe ont été énormes, avec des victoires contre des équipes de niveau mondial comme le champion d’Angleterre, le champion de France, le champion d’Allemagne et le champion d’Italie. Aujourd’hui, nous avons su souffrir. On s’est accroché et avec le talent qu’il y a devant, on a su se créer les occasions qu’il fallait pour remporter ce titre. Ce vestiaire est peut-être l’un de ceux où l’ambiance est la meilleure dans l’histoire du club. C’est aussi l’un de ceux qui ont le plus de talent. Il faut que l’on profite de cette génération pour remporter le maximum de titres possibles. »
Ce Barça-là paraissait imbattable depuis trois mois. Personne ne l’a battu. Alors, c’est comme à chaque fois. Quand une équipe prend ses aises à ce point avec le protocole et les palmarès, les records finissent toujours par tomber. A Berlin, Xavi, entré à la 78e minute, à la place d’Andres Iniesta, pour un passage de brassard qui a filé le frisson à tout l’Olimpiastadion (l’ovation devait être destinée aux deux, c’est pour cela qu’elle a dépassé l’entendement), est devenu le joueur le plus capé de l’histoire de la Ligue des champions.
Dit comme ça, c’est presque logique. Mais il a placé la barre où, le Xavi ? Cent-cinquante-et-un matches. Là, ça ne cause plus du tout pareil. 151 rencontres rien qu’en Ligue des champions… A Berlin, le capitaine emblématique a dépassé d’une unité Iker Casillas. Il a aussi, comme Andres Iniesta et Lionel Messi, remporté sa quatrième Coupe aux grandes oreilles, même s’il n’avait pas disputé la finale en 2006 (comme Leo). Il y a des carrières et il y en a d’autres…
A l’heure des bilans, le sacre du Barça confirmait la suprématie du jeu et des joueurs. Dans le camp d’en face, il n’y avait pas grand-chose à dire. C’est peut-être pour cela que Patrice Evra et Paul Pogba n’ont pas daigné décrocher un mot. Le milieu français disputait sa première finale, l’arrière gauche des Bleus a perdu sa quatrième finale de Ligue des champions (il l’a remportée un fois). Pas rigolo. La « Vieille Dame » s’est inclinée pour la sixième fois en huit finales de C1 (victoires en 1985, 1996, défaites en 1973, 1983, 1997, 1998, 2003 et 2015). Pas fun non plus. Mais en face, cette année, il y avait le Barça. Et il était injouable.

Mathieu DELATTRE, à Berlin / PLANETE FOOT

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