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Le débat : Leonardo Jardim est-il le meilleur entraîneur de Ligue 1 ?

En voilà une question qu’elle est bonne ! Elle a, en tout cas, fait chauffer la rédac’ et vu les décibels monter au fil de la discussion. Le technicien portugais a fait causer.

OUI

On vous l’accorde, quand Leonardo Jardim a débarqué à Monaco, cela n’a pas franchement révolutionné le monde du foot, en général, et la Ligue 1 en particulier. Sur son CV, il avait pour lui – 39 ans à l’époque – ses cases « Coaches », sans passer par la filière « Joueur professionnel », mais après avoir visité les divisions inférieures du Portugal, puis des clubs pas vraiment majeurs de la Liga NOS, jusqu’à son Graal, la deuxième place du Sporting Lisbonne – et se retrouver pour la première fois depuis cinq ans qualifié en Ligue des champions -, cela ressemblait à une évolution graduelle. Et pas transcendantale. C’est là qu’il a pris son élan. Juste, donc, avant d’arriver en Principauté.
Le projet de l’ASM, version russe, avait déjà changé. Il n’était plus question de compter sur les stars – James Rodriguez avait été transféré au Real Madrid et Falcao envoyé à Manchester United avec un gros prêt payant. Dorénavant, il s’agissait de faire fructifier les valeurs montantes du foot. Jardim, dans ces conditions, pouvait apparaître comme le personnage idoine, lui le formateur dans l’âme. Au début, cela n’a pas été simple. Il a ramé. Puis, finalement, au bout de cette première saison, ramené l’ASM à la 3e place du championnat, sans éblouir les foules mais en se pliant à la nouvelle politique monégasque. En s’adaptant, quoi. L’année suivante, il a atteint la 2e place sans, non plus, être génial. Alors, lui, meilleur entraîneur de Ligue 1 ? Oui parce qu’aujourd’hui, tout a changé.
Les Monégasques osent, vont de l’avant et décalquent tout ce qu’ils peuvent sur leur chemin. Il s’agit d’une troupe jeune, pleine d’envie, avec un coach qui s’est pris au jeu. Avec son attaque de feu – la meilleure d’Europe -, avec son air de petit prof’ , plutôt sur la réserve, il est en train de tout remettre en cause au jeu du chamboule-tout. Il a donné les clés du jeu à des jeunes comme Fabinho, Tiémoué Bakayoko, Thomas Lemar, Bernard Silva ou, encore plus récemment, Kylian Mbappé, qui en font des merveilles. Il a également permis à Djibril Sidibé ou Benjamin Mendy de se découvrir. A Kamil Glik de s’affirmer. Le malin a également relancé un Falcao, totalement perdu, si peu de temps auparavant. Et on en passe.
Il a su insufflé ce qui fait dorénavant les forces vives de l’ASM. « Au Portugal, les gens donnent de l’importance à la compétence », a un jour confié l’intéressé, qui aime intellectualiser tous ses discours. « Sa force, assure l’un de ses mentors, Helder Lopes, est de comprendre le football comme un phénomène complexe et d’essayer de jouer avec toutes les variables. » Les variables, il en fait des transversales qui déstabilisent tous les adversaires. Marié à une psychologue, il explique encore : « L’important dans ce job, c’est d’être proche de ses joueurs et de son staff. C’est tellement essentiel, tout ce qui peut influer sur la performance. » Il ne laisse rien au hasard, pèse et soupèse tout. Gère parfaitement un effectif engagé sur tous les fronts depuis août. Et tout ça sans connaître le moindre clash ni la moindre anicroche. Jardim faiseur de miracles ? En tout cas, un sacré tacticien auquel les grands d’Europe commencent à s’intéresser très sérieusement. Normal parce que, pas de doute là-dessus, c’est bien le technicien portugais, le meilleur coach de Ligue 1 cette saison. Franchement, qui oserait prétendre le contraire ?

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

NON

Il termine sa troisième saison sur le Rocher et c’est vraiment le meilleur. En fait, il n’a pas son pareil. Quand Leonardo Jardim parle français, il y a lui et les autres. C’est cultissime et ça fait le bonheur des mauvaises langues de l’ironie qui sévissent dans les émissions du soir, on pense à « J+1 » sur Canal ou au « Quotidien » sur TMC. Oui, là, il mérite l’Oscar. Il essaie, il est sympa mais il n’y arrive pas toujours. Peut-être l’héritage quand on est né à Barcelona, mais le Barcelona du Venezuela. C’est un peu facile mais la coïncidence est salée, elle aussi. Né à Barcelona… Ça en jette quand on parle livrets de famille footballistique. Mais ce n’était pas en Catalogne.
Bon, plus concrètement, il serait donc le meilleur entraîneur de notre Ligue 1 cette saison. Le débat se débat, l’idée peut se défendre, mais il y a quand même un loup gros comme la Rascasse sur le circuit de F1 de la Principauté : au bal des prétendants, cette saison de Ligue 1 regorge de bons danseurs. On ne parle pas de ceux qui ont valsé (Frédéric Antonetti, Frédéric Hantz, René Girard…), ni même des beaux parleurs (Pascal Dupraz, un autre grand communicant dans la basse-cour). Non, on veut surtout se tourner ici vers la concurrence acharnée que se livrent, à tous les étages, les clubs de l’élite cette saison. Et en premier lieu, comment ne pas mettre en exergue le travail formidable de Lucien Favre à Nice ?
Jardim termine sa troisième saison à Monaco ? A quelques kilomètres de lui, Lucien Favre démarre tout juste son aventure sur la Côte d’Azur. En quelques semaines, le maître tacticien a, non seulement, repris le flambeau de Claude Puel mais aussi agrémenté le tout d’un zeste de star-system (Mario Balotelli, Dante, Younes Belhanda) tout en polissant encore les pépites (Jean Michaël Seri, Maxime Lemarchand), ou en révélant des trésors encore inconnus (Wylan Cyprien, Dalbert Henrique). Favre, il faudrait donc l’ignorer ? En plus, on le comprend quand il parle français. Avant de débarquer dans notre Ligue 1, il avait bourlingué entre la Suisse (Servette, FC Zurich) et la Bundesliga (Hertha Berlin, Borussia Mönchengladbach) où il était déjà reconnu parmi les meilleurs. Et Jardim ? Camacha, Chaves, Beira Mar, Braga, quelques mois à l’Olympiakos et le Sporting…
Il y a Unaï Emery, aussi, dont le travail à Paris a longtemps été décrié cette saison et on vous l’accorde, dont la « Remontada » de mars en Catalogne a laissé des traces sur les joues et ailleurs. Mais Emery, quand même : des Ligues Europa qui se cognent dans le revers du veston et une philosophie, un mode de fonctionnement et de management qui ne se discutent pas. Edinson Cavani qui reprend le témoin derrière Zlatan Ibrahimovic, il fallait quand même assumer, non ? Et Thomas Meunier ? Et Adrien Rabiot ? Et Julian Draxler pour relancer Angel Di Maria ?
OK, les Monégasques jouent le plus excitant des footballs cette saison. Là, le débat est clos. Mais savez-vous pourquoi ? Dans l’intimité de la Principauté, Vadim Vasilyev est venu dire un jour ses quatre vérités à son coach. En clair, il fallait que l’ASM (re)devienne une équipe offensive, tournée vers l’avant et le spectacle. C’était avec ou sans lui. Jardim a dit banco et a modifié sa façon de faire. Vous vous souvenez, Monaco il y a deux ans ? Des soirées jusqu’au bout de l’ennui et des critiques à n’en plus finir sur le foot façon Jardim… Oui, il a été assez intelligent pour changer. Il n’est pas bête, c’est tout le contraire. Il n’y a pas débat, là. Mais de là à dire que c’est le meilleur…

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

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