Équipe de France

Le débat : La Coupe du monde à 48, est-ce une bonne idée ?

La première décision importante du nouveau président de la FIFA, Gianni Infantino, aura été de faire passer la phase finale de la Coupe du monde à 48 nations dès 2026. Cela a fait réagir au sein de la rédaction. Points de vue divergents et arguments massues !

OUI

D’abord, pour commencer, on rappellera aux râleurs et aux éternels insatisfaits que l’élargissement de la Coupe du monde à davantage de nations était l’une des promesses phares du candidat Gianni Infantino, lors de sa campagne pour l’élection à la présidence de la FIFA. Il n’a donc fait que tenir parole. Et maintenant, on voudrait lui reprocher d’être fidèle à ses engagements. A mourir de rire !
Ensuite, puisqu’il faut en passer par là, on va expliquer de manière très rationnelle et mathématique pourquoi cette décision n’a rien de révoltant. Bien au contraire. Depuis la dernière édition de l’Euro, la compétition se déroule à 24. Sachant que 55 pays sont affiliés à l’UEFA, hop, une petite règle de trois et on s’aperçoit que cela représente 43,6% de qualifiés. Un Mondial à 48 pour 211 affiliés, c’est 22,7% de pays conviés au grand raout, soit pratiquement moitié moins. Et pan !
« Cela permettra à plus d’équipes de rêver, a argumenté Gianni Infantino. Nous devons dessiner la compétition du XXIe siècle. Le football, aujourd’hui, ne se limite pas à l’Europe et à l’Amérique latine. » Dans la formule qui prévaudra encore pour la Russie 2018, si. La répartition paraît tellement inadaptée… L’AmSud – 10 formations en lice – aura 4 ou 5 représentants, soit, dans le meilleur des cas, 50% de qualifiés (!), et dans le plus mauvais, 40%. L’Afrique, avec actuellement 5 billets pour 54 affiliés, pointe à un peu moins de 10%. C’est sensiblement le même ratio pour l’Asie. Et ce sont les deux Confédérations qui devraient profiter, en priorité, du nouveau format. On ne fera que réparer une incroyable injustice.
Alors que la Liga espagnole et l’Association européenne des clubs – comme par hasard – se plaignent de la surcharge qu’imposera le nouveau calendrier, on rappellera que le tournoi se déroulera toujours sur un mois et toujours avec 7 rencontres, maximum, pour les finalistes. Bon et puis pour ces Européens qui pleurnichent, on a envie de répondre que l’Euro à 24 a permis de découvrir et de révéler des nations comme le Pays de Galles et l’Islande, qui n’avaient jamais participé, auparavant, à une phase finale de la compétition.
Si demain, le Mondial profite à des formations africaines ou asiatiques, pour à leur tour émerger dans le concert planétaire, cela leur poserait-il problème ? Font-ils à ce point peur ? On apprécie davantage la position du président de la FFF, Noël Le Graët. « Je trouve, a-t-il assuré, qu’il s’agit d’une idée généreuse et je l’approuve complètement. Je considère notamment que le continent africain n’est pas assez représenté. Il s’agit d’un football en plein développement, avec des équipes nationales de grande qualité qui méritent davantage de considération. »
Enfin, concernant le dernier argument des frileux qui rêvent d’un statu quo pour préserver leurs petits privilèges et assurent qu’à 48, l’intérêt de la compète sera minoré, voire galvaudé, on se contentera, en guise de réponse, de citer Diego Maradona – vous savez, ce petit Argentin assez génial balle au pied au temps de sa splendeur et qui doit savoir un peu de quoi il parle – sur la question. Sa réplique est cinglante : « Non, à 48, la qualité ne tombera pas, affirme-t-il. Au contraire, ce sera un tournoi avec plus de football. » Merci, Monsieur, on n’a rien à ajouter !

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

NON

Il est sympa, ce Gianni Infantino. Bonne bouille, plein d’empathie. Le sourire enjôleur et la communication bien pensée. On le revoit animer de main de maître les cérémonies des tirages au sort des Coupes d’Europe. L’oreillette sur la tempe, l’œil qui pétille. Il était le bras droit de Michel Platini. Son homme de confiance. Il pouvait, Gianni est sincère et droit. Mais Gianni a traversé la rue. Changé de crèmerie.
Devenu président de la FIFA, il avait promis de tout remettre droit. Dans la lumière pure de la transparence. Et voilà sa première décision. Une erreur historique, peut-être, le débat est tellement ouvert que ça en deviendrait presque gênant. Une erreur, surtout, validée à l’unanimité par le conseil. Ce qui en dit long de la lumière pure et de la transparence. Ceci étant dit, revenons donc à cette idée merveilleuse.
Voilà donc la Coupe du monde, la pauvre, élargie à 48 participants dès 2026. Le format de la plus mythique des compétitions change comme ça, d’un coup de vote à l’unanimité. Et à bras levé, en trempant le croissant dans le café, à l’heure du petit déjeuner, à Zurich. La Coupe du monde à 48, ce n’est pas seulement le format qui change. C’est 50% de participants supplémentaires. C’est la mort des éliminatoires. La mort, donc, des rendez-vous décisifs, des ruées vers l’or. La mort de France-Pays-Bas 1981, de France-Ukraine 2013, par exemple. C’est la porte ouverte à tout et tous.
Ah, on nous dit que le format ne change pas tant que ça, parce qu’il y aura toujours sept matches à jouer pour les deux finalistes ? Oui mais le premier match sera d’entrée un match à élimination directe. Et dans ces superbes groupes de trois, la deuxième rencontre de la première équipe sera la première du troisième. Le vainqueur du premier match sera quasiment qualifié et pourra faire l’impasse sur le second. C’est à n’y rien comprendre, sauf l’évidence : les temps de récupération et les espaces entre les matches ne seront pas les mêmes pour tous. Bonjour l’équité ! Drôle de « porte ouverte », non ?
La Coupe du monde à 48, c’est aussi une réflexion complètement différente pour les sélectionneurs dans la constitution de leur liste. Avec des matches décisifs d’entrée, comment constituer son groupe ? Avec des titulaires et des titulaires ? Plus de remplaçants ? Toujours dans cette logique, c’est toute la préparation qui sera différente et d’ailleurs écourtée, si tant elle qu’elle résiste à la révolution. Parce qu’on y va tout droit, de toute façon. C’est sans doute la prochaine étape : la Coupe du monde tous les deux ans…
Cette compétition mythique, ce Graal absolu, la dernière pièce immaculée de l’immeuble FIFA, lézardé par la corruption, se voit détruit en quelques mois par un vote à l’unanimité du conseil des sages, ces nouveaux élus qui avaient fait la promesse de tout remettre à plat. Lumière pure et transparence, vraiment. C’est surdimensionné et c’est surtout injustifié. C’est l’idéal économique qui l’emporte, au détriment du jeu. Bravo, Infantino. C’est aussi la mort des coiffeurs. Mais ça, c’est vraiment le dernier de ses soucis, au nouveau président de la FIFA…

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017-2018 Editions Blue Print / SESIMS

To Top