Étranger

Le débat : Cristiano Ronaldo veut-il vraiment quitter le Real Madrid ?

Dans la chaleur d’un mois de juin étouffant, la question a mis un peu plus en ébullition la rédac’. Ça a chauffé dans nos crânes et aussi autour de la table…

OUI

Bien sûr, Cristiano Ronaldo n’a jamais hésité, depuis son arrivée au Real Madrid, quand il voulait une revalorisation salariale, souvent, ou quand quelque chose ou quelqu’un lui déplaisait (comme le coaching de Rafael Benitez en son temps), à faire monter la pression et brandir les menaces ultimes pour obtenir gain de cause. Mais cette fois, les éléments dépassent très largement le cadre du rectangle vert des terrains de foot.
« CR7 », le sportif le mieux payé au monde (83 millions d’euros de revenus la saison dernière), est convoqué le 31 juillet en vue d’une mise en examen pour une fraude fiscale présumée qui s’élèverait à 14,7 millions d’euros. Et ça ne le fait pas du tout rire, notre « Cri-Cri » d’amour. Alors qu’il s’embarquait pour la Russie afin de disputer la Coupe des Confédérations avec le Portugal, il a confié à ses partenaires de l’équipe nationale sa lassitude et sa volonté de quitter le Real et l’Espagne tout court. Cristiano aurait le sentiment d’être une bête traquée et surtout, il n’aurait pas du tout apprécié le soutien, jugé trop tiède, de la direction du Real dans cette histoire. Ni une, ni deux : dans la foulée le journal de référence au Portugal, « A Bola », et « Marca », quotidien espagnol très au fait des affaires du Real en Espagne, barraient leur Une d’un ravageur « Ronaldo ne veut plus jouer en Espagne ».
Pour bien comprendre qu’il ne s’agit pas, en l’occurrence, d’une simple bouderie, de la mauvaise humeur passagère d’un enfant trop gâté, il faut savoir que Zinédine Zidane s’est empressé de décrocher son téléphone – de ses vacances en Italie, car il est conscient de l’urgence de la situation – pour convaincre sa superstar de ne pas larguer les amarres, lui précisant qu’il était la clé de voûte et l’élément essentiel dans la réussite de la Maison Blanche. Si l’on en croit « Marca », l’attaquant portugais lui aurait répondu : « Coach, je pars parce qu’on me traite comme un délinquant. »
Une certitude : la corde n’a jamais été aussi proche de rompre entre le joueur et son club depuis huit ans maintenant. Sous contrat jusqu’en 2021, avec une improbable clause libératoire à un milliard d’euros si un transfert se concrétisait, le Lusitanien tournerait plutôt autour des 200 millions. Ce qui constituerait déjà un record. Sachant que ce compétiteur né n’envisage pas des destinations très rémunératrices mais trop exotiques comme la filière chinoise, où pourrait-il atterrir ? On ne peut pas écarter la piste Manchester United, qui reste crédible.
C’est là-bas que Ronaldo s’est révélé et il a gardé des liens forts avec le club. Cependant, les relations entre « CR7 » et José Mourinho, l’actuel coach des Red Devils, s’étaient rafraîchies lors des derniers mois du technicien portugais à Madrid. Et puis MU est-il prêt à débourser 200 patates pour un joueur qui, aussi fort soit-il, a 32 ans passés ?
Ne pas, non plus, complètement laisser de côté l’option Paris SG. On sait que le président Nasser Al-Khelaïfi rêve de l’associer au projet parisien depuis que le Qatar en a pris le contrôle. Le recrutement de Pepe, dont on parle avec insistance et qui est un proche de Cristiano au Real comme en équipe nationale, pourrait, pourquoi pas, permettre d’ouvrir une brèche. On en reste au domaine des supputations et elles risquent de s’étirer sur l’été. Nous n’en sommes qu’aux premiers épisodes du feuilleton. Mais l’idée d’un départ a pris beaucoup de consistance en quelques jours. Reste maintenant à trouver une destination d’arrivée.

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

NON

Certains saccagent des chambres d’hôtel. Ça les fait marrer. D’autres se plongent dans des collines de poudre blanche, tête la première sur la table basse, les narines grandes ouvertes. Ça les fait kiffer. Il y en a même qui font les deux, sur la table basse de la suite royale, au dernier étage de l’hôtel. Mais ce n’est pas le genre de Cristiano Ronaldo.
Plutôt très propre sur lui, notre ami de Madère. Le Portugais ne sait tellement plus quoi faire de son argent qu’il a, depuis quelques années, investi dans la création de sa propre chaîne hôtelière. Des millions de dollars et des millions d’euros, suivant que l’on se trouve aux Bahamas, à Monaco ou à Madère, mais surtout pas l’envie de casser le matériel. CQFD. De toute façon, le futur quintuple Ballon d’or, puisque c’est bien son cinquième qu’il va récolter en fin d’année, est plus accro aux séances de musculation qu’à la coke. Nous avons là ce qui se fait de mieux en matière de professionnalisme. L’un des plus gros travailleurs de la planète foot. Quel que soit l’heure du crime ou du saccage, il aura toujours un alibi en béton : il faisait ses abdominaux.
A Madrid, la rock star du foot a tout pour lui. Un président, Florentino Perez, qui vient d’être réélu à la tête du Real pour quatre ans. Un coach, Zinédine Zidane, qui a su le convaincre de modifier un peu son jeu pour continuer à légender son histoire. Des coéquipiers, tous conscients de son impact sur le terrain comme de l’impact qu’aurait son départ.
Oui mais voilà, « CR7 » boude. Il faut le comprendre : lui, le sportif qui a accumulé le plus de revenus la saison dernière selon le magazine américain « Forbes » (93 millions de dollars), avait déjà vu son nom sortir dans l’affaire des « Football Leaks » (et les supposés paradis fiscaux de certains gros salaires du football). Le voilà qui se retrouve maintenant dans le collimateur du fisc espagnol. Une fraude estimée à près de 15 millions d’euros. Cette fois, c’en est trop.
Parti en Russie pour y disputer la Coupe des Confédérations, il aurait donc jeté à la volée qu’il ne « remettrait pas les pieds en Espagne ». Assez, bien sûr, pour que la presse s’en affole et pas qu’à Madrid, allant jusqu’à obliger Karl-Heinz Rummenigge, qui avait sans doute autre chose à faire de sa matinée, à venir dégonfler la rumeur de son arrivée imminente au Bayern Munich.
Convoqué le 31 juillet à 11h00 pétantes au tribunal de Pozuelo de Alarcon pour être entendu par le juge en vue d’une éventuelle mise en examen, quasi automatique en Espagne, Cristiano l’a mauvaise et il y a de quoi. C’est un avis de tempête. Elle peut être marquée. Il peut y laisser quelques plumes. Mais il fera comme Lionel Messi, qui vient de signer sa prolongation de contrat avec le Barça. Il signera la sienne avant de sortir à nouveau ses abdos et de bomber le torse à la face des caméras, devant les pneus dernier cri de son nouveau gros bolide à plus d’un million qu’on lui aura offert, pendant que le Real paiera son amende.
Pas de saccage dans les chambres d’hôtel mais son image en prendra un coup quand même, ce qui est paradoxal puisque c’est pour la dissimulation de revenus liés à… ses droits d’image que l’enquête a été ouverte. Il marquera trois buts pour le Real et l’image reprendra ses reflets. Merengue, les reflets.

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

Populaires

To Top