Équipe de France

Le Bastareaud 2.0 est arrivé

Absent de l’équipe de France pendant trois ans, Mathieu Bastareaud a été rappelé pour le Tournoi des VI Nations. Dans un contexte difficile, il fut l’une des rares satisfactions tricolores. Même s’il n’apporte pas encore tout ce que son potentiel physique laisse espérer.

A 24 ans, Mathieu Bastareaud confirmerait-il enfin tous les espoirs placés en lui ? S’il est difficile de juger ses performances au sein d’une équipe tricolore décevante et en manque de repères, il semble bien que le Toulonnais ait acquis une nouvelle maturité depuis le début de la saison 2012-13. Le RC Toulon a dominé le championnat – bien que battu en finale par Castres – et Mathieu Bastareaud a trouvé, dans le Var, un climat propice à son épanouissement et à sa progression. Sous la houlette de Bernard Laporte, le centre d’origine guadeloupéenne a regagné confiance et sérénité. Et cela se ressent dans son jeu.
« Il a enfin compris, c’est bien… C’est un joueur hors normes. Un rugbyman comme lui, il n’y en a pas un autre dans le monde. Quand il aura compris ça, il sera le meilleur », clame le manager toulonnais qui estime que sa marge de progression est énorme. Ses performances en Top 14 ont en tout cas convaincu Philippe Saint-André de le rappeler chez les Bleus. Bastareaud n’avait plus porté le maillot frappé du coq depuis le Tournoi 2010. « Je prends du plaisir à être ici », assurait Mathieu malgré les mauvais résultats de l’équipe.
Son histoire avec le XV de France a été faite de hauts et de bas. Appelé dès 2007 par Bernard Laporte, à 18 ans, alors qu’il n’a disputé aucun match chez les pros, Bastareaud ne peut honorer sa sélection en raison d’une blessure. Il signe ses grands débuts tricolores sous les ordres de Marc Lièvremont, à l’occasion du Tournoi 2009. On le retrouve en tournée en Nouvelle-Zélande. Sa vraie-fausse agression et l’affaire qui suit plongent le garçon dans le doute. De retour pour le Tournoi 2010, il est un élément important de l’équipe qui réalise le Grand Chelem. « Bastarocket » n’est pourtant pas convoqué pour la Coupe du monde 2011. Inconstance et problèmes de poids l’écartent de la sélection.

Bernard Laporte : « Ce n’est plus le même mec »
En début d’année, le Toulonnais a donc effectué son come-back dans le groupe. En grande forme avec Toulon, le centre surpuissant a mis fin à une véritable traversée du désert, avec un énorme passage à vide en 2012. Plus posé, comme apaisé, Mathieu Bastareaud fait preuve d’un nouvel état d’esprit. Il apparaît transformé. Un changement qui doit beaucoup à un homme, Bernard Laporte, celui-là même qui avait détecté son potentiel très jeune. « Je suis très content pour Mathieu. Même si plusieurs blessures ont favorisé sa sélection, elle était amplement méritée. Elle prouve que le travail paie », déclarait le manager toulonnais avant le Tournoi. Philippe Saint-André louait lui aussi l’attitude du joueur : « Je crois qu’il a fait des efforts énormes. Il a retrouvé de l’explosivité, de la vitesse. Il faut qu’il continue à travailler. »
Plus assidu à l’entraînement, le centre varois a pris conscience de son potentiel. Et des exigences du haut niveau. Bernard Laporte exlique avoir recadré son joueur il y a tout juste un an. « J’avais eu un accrochage avec lui au mois de mars la saison dernière. Je n’étais pas du tout d’accord avec ce qui se passait. Il ne s’entraînait pas assez, il mettait le rugby entre parenthèses. Tu ne peux pas être joueur professionnel et traîner dans des endroits à 2h, 3h du matin. Je vis à Toulon. On me faisait tout remonter, je savais tout. Je lui ai dit : « Ecoute-moi, Mathieu, il n’y aura pas d’affaire Bastareaud. Tu vas dégager comme tu es venu, si c’est comme ça. On va prendre quelqu’un d’autre. D’abord, Maxime Mermoz va signer. Et peut-être qu’un autre viendra. Moi, je ne peux pas m’entraîner pour toi, je ne suis pas dans ton cerveau. On passera à autre chose. » Là, il a fait deux très bon mois. Il a changé, il arrive tôt, il s’entraîne, il est véritablement professionnel. Quand tu as 120 kg au milieu du terrain, avec plus de vivacité qu’il n’en avait, cette capacité à franchir… Ce n’est plus le même mec. Et je le redis, il n’y en a qu’un seul comme lui dans le monde. »
De retour à son poids de forme, plus mobile, Mathieu Bastareaud fait de nombreux dégâts dans les défenses adverses. Ses charges ouvrent des brèches énormes, plusieurs joueurs devant être mobilisés pour le stopper. Titulaire face au Pays de Galles, il a cassé cinq plaquages pour mettre l’équipe de France dans le sens de la marche. S’il concentre l’attention de ses vis-à-vis, il peine encore à faire jouer derrière lui. En revanche, Bastareaud a considérablement progressé en défense. Souvent pris à défaut par le passé par des joueurs plus vifs que lui, il a prouvé qu’il pouvait aussi être une arme en phase défensive. Face aux Gallois, il a multiplié les plaquages, souvent offensifs et parfois décisifs. Mais c’est encore au niveau de l’état d’esprit que Mathieu a le plus évolué. Cette prise de conscience peut lui permettre de franchir un nouveau palier. Et pourquoi pas devenir « le meilleur du monde », comme le pense Bernard Laporte.

Paul PERIE

Populaires

To Top