Équipe de France

Lassana Diarra, come-back royal

On a tout dit, tout écrit sur son incroyable retour cette saison, tant à Marseille qu’en équipe de France. Mais, tactiquement, ça change quoi, exactement, pour les Bleus ?

Au moins, on pourra dire merci à Vincent Labrune sur ce coup-là. Le futur ex-futur président de l’OM, enfin, on n’en sait vraiment plus rien, a pris l’habitude, depuis deux saisons, de « finir les périodes de mercato complètement vidé ». L’histoire ne dit pas si c’est une volonté d’être raccord avec la balance des départs ou le peu d’épaisseur de ses recrues. Mais bon, à l’aveugle et avec une culture foot qui est… la sienne, on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir tenté des choses.
La venue de Lassana Diarra, l’été dernier, obéissait exactement à ça : un pari sur le court terme. Il y a mis du sien, il a donné de sa personne : on peut dire que, sur ce coup-là, Labrune a tout fait. Et sur ce coup-là, on peut donc lui dire merci. Surtout, il faut tirer un grand coup de chapeau à Lass’, qui répétait en privé qu’il allait revenir au plus vite et au plus haut, qu’il allait mettre tout le monde d’accord. Lancé par Michel (oui, il faut préciser que Vincent Labrune ne gagne pas, non plus, tous ses paris) lors de la réception de Troyes au stade Vélodrome, l’ancien de Chelsea et du Real Madrid n’a pas perdu de temps. 100% de passes réussies, 100% de duels gagnés et pour couronner le tout, un but venu d’ailleurs.
Ce ne fut, en fait, que l’acte de (re)naissance. Parce qu’on voulait, quand même, voir ce que ça pouvait donner dans la durée. Voir comment, après plus de quinze mois d’inactivité et plus de trois saisons bizarres, son corps de trentenaire allait digérer ce retour dans la lumière. Mais déjà, son sourire et la sérénité affichée en disaient long. « Quand je vois la dose de travail que je m’inflige quotidiennement, je suis content parce que ça veut dire que le boulot paie. »
La suite ne sera qu’un crescendo. Alors que Lass’ avait annoncé la fin de sa carrière en équipe de France il y a trois ans, Didier Deschamps le rappelle en octobre, pour les deux rencontres contre l’Arménie et le Danemark. Plus de cinq ans se sont écoulés depuis sa dernière sélection. C’est peut-être l’un des come-backs les plus inattendus. Mais certainement le plus logique. Deschamps explique alors : « Il évolue dans un rôle stratégique devant la défense qu’il connaît très bien. Il doit être là pour nous apporter son expérience. Je sais qu’il a très envie d’être avec nous, sinon je ne l’aurais pas sélectionné. »
Il revient et c’est comme s’il n’était jamais parti. Diarra prend la place et l’équipe de France se trouve une sentinelle d’expérience. Une nouveauté dans le paysage, tant les Bleus sont orphelins à ce poste depuis la fin du duo de feu Patrick Vieira-Claude Makélélé, l’arbre à deux têtes qui s’était hissé jusqu’en finale de la Coupe du monde 2006 en Allemagne. Mais lui, c’est un tronc. Le milieu de « DD » s’articule prioritairement aujourd’hui autour d’un triangle à pointe basse, qui permet de fermer les espaces vers le cœur du jeu comme sur les extérieurs, avec l’apport soit des latéraux, soit des attaquants. Or, la pointe basse n’est plus du tout la même depuis ce retour incroyable.
Yohan Cabaye, qui n’a jamais trouvé sa place au Paris SG et qui est allé chercher du temps de jeu à Crystal Palace pour accrocher le wagon de l’Euro, commet trop de fautes évitables, surtout aux abords de la surface de réparation. Le Londonien se jette trop et a la fâcheuse habitude qui va avec : il récolte beaucoup de cartons. Lassana, lui, reste debout. Il défend en avançant, gratte les ballons dans les pieds adverses, tout en conservant ses appuis. Au rugby, il serait le roi des rucks. Au foot, il n’a pas beaucoup d’équivalent.
Surtout, sa présence déteint sur le reste du triangle. Avec lui en sentinelle, Paul Pogba et Blaise Matuidi sont délestés de plusieurs tâches défensives, tant le maestro coupe les lignes de passe. Il connaît son rôle sur le bout des crampons, dans le placement et le replacement. Avec lui juste derrière eux, Pogba et Matuidi peuvent se projeter encore plus vers l’avant, dans un vrai registre « box to box ». Aussi bien quand l’équipe est en possession du ballon que sans, puisque Lass’ est le premier déclencheur du pressing et fait remonter le bloc presque naturellement plus haut, le privilège de ceux qui jouent en avançant. Blaise Matuidi a plusieurs fois fait son éloge depuis son retour. « Mais nous sommes amis. Ses déclarations n’engagent que lui, répond Lass’. C’est flatteur de sa part. »
Il faut dire qu’après Paris SG-OM et OM-Paris SG en Ligue 1, deux matches conclus par une victoire parisienne, on avait plus vu Diarra que les trois milieux parisiens réunis ! Ce qui avait aussi valu quelques louanges de Thiago Motta. « Lassana Diarra, c’est l’exemple du milieu de terrain complet. Pour moi, c’est l’un des meilleurs. Il défend, il est intelligent, il attaque, il joue bien au ballon. C’est rare. » Didier Deschamps en est convaincu lui aussi. Avec lui, il a trouvé, à dix mois de l’Euro, la pointe basse de son milieu, la pointe haute de sa charnière centrale. Bref, la pièce centrale du puzzle. Une vertèbre essentielle sur la colonne vertébrale. A l’heure de partir à l’assaut d’une phase finale, ça pèse un peu.
Diarra, qui a porté presque à lui seul (non, à deux, il y avait Steve Mandanda aussi) l’OM cette saison, a mis la priorité sur la récupération de son genou blessé et de son corps tout entier depuis le début du printemps. Il doit, on croise les doigts, revenir à bloc pour le début juin. « Collectivement, je vis la saison la plus dure de ma carrière. » Ce ne sera pas son premier Euro, il faisait partie des 23 de Raymond Domenech en 2008. Mais il n’était pas entré en jeu. C’est du banc qu’il a vu la déroute contre les Pays-Bas, la frustration face à l’Italie et la purge initiale devant la Roumanie.
La Roumanie, justement, le premier adversaire, le 10 juin au Stade de France. « Sans manquer de respect aux autres équipes, la France peut gagner l’Euro. On n’a peur de personne », assure l’intéressé. Alors, ce ne sera pas la Roumanie qui… Ah, pardon, Lass’ coupe : « Attention, il n’y a plus de petites nations. Ce sera dur mais ça va être un bel Euro. » En plus de le suivre, on a envie de le croire. 

PROFIL
Milieu défensif
Né le 10 mars 1985 à Paris
31 ans
1,73 m, 67 kg
Club : Marseille

VISA
33 sélections
Première sélection : le 24 mars 2007 à Kaunas, Lituanie-France 0-1 (qualifications Euro 2008)
Sélectionneur : Raymond Domenech
Expérience à l’Euro : 0 match (dans le groupe à l’Euro 2008, il n’est pas entré en jeu)
SA SAISON INTERNATIONALE 2015-16 : 5 matches, 338 minutes jouées
SITUATION PERSONNELLE
Sous contrat jusqu’en 2019 à l’OM. Un pacte moral conclu avec Vincent Labrune lors de sa signature doit lui permettre de partir libre dès cette saison. Le PSG, qui est déjà entré en contact avec lui, et Manchester United, notamment, sont sur le coup. Mais Igor Levin, l’avocat et l’homme de confiance de Margarita Louis-Dreyfus, aussi. Or, Igor ne veut pas en entendre parler. Qui veut Diarra devra l’acheter, dit-il. Son départ de l’OM est une certitude. Mais ça promet quand même un peu…

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