Équipe de France

La nouvelle vague bleue (2/2)

Ils sont cinq, quatre exilés et un Dogue en stock. Paul Pogba, Raphaël Varane et Eliaquim Mangala ont fêté leur première sélection. Lucas Digne ne devraient pas tarder à les rejoindre. Suivi, un peu plus tard, par M’Baye Niang. Zoom sur le futur des Bleus en version cinq étoiles.

Paul Pogba, Vieira en mieux ?

Oui le milieu de la Juve a du grand Pat dans les jambes. Mais pas seulement…

Au moins, avec ses traits fluos sur son crâne rasé, on ne risque pas de se méprendre. Paul Pogba n’est pas le nouveau poulpe, juste le nouveau Paul des Bleus. Et quel nouveau… Face à la Géorgie, pour sa première cape et sa première titularisation, il a été le joueur qui a touché le plus de ballons (105). Il voulait se fondre dans le groupe, ce fut raté. Au milieu du terrain, là où sa silhouette imposante en imposait, impossible de le louper ! « Quand je suis arrivé à Clairefontaine, j’ai repensé à ma première sélection avec les 16 ans. Je me suis dit : « Une nouvelle étape commence, c’est le début de quelque chose. » J’ai ressenti une grosse fierté d’être appelé en équipe de France. » Fier mais pas apeuré, le garçon. « Peur ? Mais de quoi ? Moi, je prends du plaisir à jouer au foot. »
Parti très tôt à l’étranger (il avait quitté Le Havre pour Manchester United à 16 ans), Paul a appris, dès le cours élémentaire du footballeur, la remise en question quotidienne, la soif de vaincre des plus grands. Une vilaine blessure à la cheville au printemps 2012, à quelques semaines de l’échéance de son contrat, mit fin à l’aventure anglaise. L’épopée se poursuit depuis en noir et blanc du côté de Turin. Quatre ans de contrat mais quelques mois seulement pour mettre tout le Piémont à sa botte. Décisif, efficace, parfois monstrueux, Pogba a fait sortir son coach, Antonio Conte, ancien collègue de « DD » à la Juve, de son pragmatisme. « J’ai entendu Didier (Deschamps) parler de lui comme du futur. Je lui ai dit qu’il se trompait. Paul, c’est le présent. »
Contre la Géorgie, l’intéressé a montré ses aptitudes dans le jeu long, où ses transversales tendues et des deux pieds ont fait des merveilles, en même temps que son goût prononcé pour la frappe au but. Dans ce rayon, affirmer que les Bleus sont des nains du jeu est un euphémisme. Avec Pogba, c’est la nouvelle donne. Replacé à la pointe basse du milieu contre l’Espagne, Paul a rassuré par son impact physique et son sens du duel. Il commet, par exemple, un peu moins de fautes que Patrick Vieira à son âge.
Vieira, le modèle ? « On me dit souvent que je cours comme lui. On fait la même taille, ça doit être pour ça. Ce n’est pas un modèle, plutôt un exemple. Il a montré le chemin qu’il faut prendre. Mais je ne veux pas faire du Vieira. Je veux être Pogba. » Qu’il ne se prive surtout pas d’être. « Si je suis ici (ndlr : en Bleu), c’est que le coach me fait confiance. Et si le coach me fait confiance, c’est que je suis prêt. Je sais ce que je veux. Je dois continuer à bosser. » A demain, alors.

■ Un chiffre : 2
Comme ses frères internationaux guinéens. Mathias (attaquant) joue à Crewe Alexandra, en Angleterre, Florentin (défenseur) à Saint-Etienne.

Lucas Digne, le ch’ti nouveau

En six mois, Lucas est passé de quatrième choix à Lille à révélation de France.

Au début, ce fut au mieux une bonne surprise. Un concours de circonstances. Mathieu Debuchy voulait quitter le LOSC puis il s’est blessé. Franck Béria s’est décalé du couloir gauche vers le couloir droit, pour le remplacer. Rudi Garcia a fait appel à Lucas Digne pour compenser le trou côté gauche. Lille s’avançait vers un mois d’août torride avec un tour préliminaire de Ligue des champions à négocier face au FC Copenhague. C’est là que Lucas le Francilien (il est né à Meaux mais a commencé à jouer au foot à l’US Crépy-en-Valois, dans l’Oise, avant d’être repéré par le LOSC) est entré en scène.
Buteur au retour, dans le tout neuf Grand Stade lillois, Digne envoya les Nordistes vers la phase finale de la C1 en même temps qu’un message : le talent n’a pas d’âge. En bon gestionnaire de groupe et coach d’expérience, Garcia s’empressa de protéger le nouveau locataire du couloir. « C’est un potentiel, un talent hors normes qui doit nous apporter beaucoup. Mais c’est un jeune joueur qui découvre le haut niveau et la Ligue 1. » C’était la fin de l’été et c’était le temps des interrogations. Le petit nouveau allait-il enchaîner les matches ? A quel niveau de performance ? Les réponses fusèrent à un rythme quasi-hebdomadaire.
Révélation de la saison, Lucas a perforé les lignes adverses en même temps qu’il assumait avec brio les tâches défensives à son poste. Il a du feu dans les jambes et de la poudre dans son pied gauche. De quoi susciter, en quelques mois, l’intérêt de l’Europe entière. « Ça fait plaisir de savoir que de grands clubs s’intéressent à moi mais je ne me prends pas la tête avec ça, disait-il. Je préfère vivre au jour le jour. Je me sens très bien à Lille. C’est mon club de cœur, mon club formateur. »
Lucas a prolongé son contrat chez les Dogues jusqu’en 2017. « Je n’envisage pas de partir, ajoutait-il. Je suis dans l’idée de rester un bon moment pour continuer à emmagasiner de l’expérience et du temps de jeu. » Il se dit que Sir Alex Ferguson avait craqué sur lui. Le propre frère de Sir Alex, Martin Ferguson, recruteur pour MU, était à Créteil en février dernier pour suivre la victoire des U20 (2-0) contre le Portugal. Lucas avait joué la première mi-temps et ouvert le score d’un centre-tir parfait dans la lucarne opposée !
Pré-convoqué par Didier Deschamps pour les deux rencontres du mois de mars face à la Géorgie et l’Espagne, Digne a continué de vivre sa vie en accéléré. Mais pas dans sa bulle. « J’ai eu un frisson, quand même… J’ai appelé mes parents direct ! Mais je sais qu’il reste beaucoup de travail. Je me rends compte de ce que je vis. Il y a un an, j’arrivais dans un groupe champion de France. Je ne m’attendais pas à jouer autant. Derrière, j’entends que je suis l’un des latéraux les plus prometteurs… Mais ça veut dire quoi ? Combien de joueurs ont été prometteurs et n’ont rien fait ensuite ? »

■ Un chiffre : 1 415
Le nombre de ballons joués par Lucas au cours de ses 25 premiers matches de championnat, sur 2 085 minutes. Cela donne une moyenne de 56,6 ballons par match. Pas mal pour un arrière latéral, non ?

M’Baye Niang, Super French Mario

Buteur en Ligue 1 à 16 ans et 5 mois, M’Baye Niang a longtemps enchaîné les exploits et les bêtises. Il semble avoir grandi à Milan. Et ça change tout.

« Quand j’ai appris qu’il avait été en boîte avec les Espoirs, je lui ai envoyé un texto. Je l’ai fracassé. Il a brûlé tous ses jokers. S’il ne comprend pas, il est mort pour le foot. Ce serait un grand gâchis. Je suis content d’avoir lancé un mec de 16 ans et quatre mois en Ligue 1. Il a sauvé le club (ndlr : Caen) de la relégation. C’est un phénomène. Mais c’est un gosse. » Franck Dumas n’a pas vraiment apprécié de voir le nom de M’Baye Niang parmi les vilains petits canards des Espoirs en octobre dernier (avec Yann M’Vila, Antoine Griezmann, Chris Mavinga et Wissam Ben Yedder, il avait fait le mur au Havre pour aller passer la soirée sur les dance floors parisiens). Niang a été suspendu de toute sélection nationale jusqu’au 31 décembre 2013. Les mauvaises langues diront qu’il n’a rien à faire dans ces pages. Oui, mais…
Est-ce le texto de Franck Dumas ou quelque chose comme l’expérience qui commence à rentrer ? D’abord, M’Baye n’a pas fait appel de sa sanction. « J’ai eu tort. J’assume. » Surtout, celui qui adorait se faire appeler « Balotelli » à Caen (« Parce que je trouve que c’est un super attaquant et que je suis un peu fou, comme lui ») a enchaîné les matches et les bonnes performances sous le maillot du Milan AC. Titulaire au Camp Nou lors du 8e de finale retour de Ligue des champions, il aurait même pu inverser la tendance (4-0 pour les Blaugrana dans une folle soirée catalane) si son intérieur du pied n’avait pas trouvé le poteau de Victor Valdes. « Je n’en veux pas à Niang, avait expliqué le coach, Massimiliano Allegri. Il a fait un très bon match, il a su se procurer des occasions. Je n’ai rien à reprocher à mes joueurs et encore moins à lui. »
A Milan, M’Baye a la cote. Et semble lancé (pour de bon ?) sur les bons rails. Rapide, véloce, adroit devant le but, il rappelle Balotelli. Un profil que la France du foot n’a pas. « Milan m’a tiré les oreilles et m’a mis la pression, ça m’a fait comprendre qu’il y avait des exigences, qu’il fallait consentir des sacrifices pour arriver au plus haut niveau. Je donne deux fois plus. La route est longue. Allegri continue de me dire de faire les choses calmement. Je l’écoute, je m’applique à apprendre le plus possible. »
L’entraîneur du géant lombard sait qu’il a une pépite sous la main. Et qu’une pépite se polit. « C’est un jeune qu’il faut suivre de près, à qui on doit donner les bons conseils parce qu’il a de grandes qualités qu’il ne doit pas dilapider. » M’Baye a quelques mois pour postuler à une place en Bleu et s’installer définitivement là où son potentiel doit théoriquement l’emmener.

■ Un chiffre : 1-1
Le 7 mai 2011, Caen accueille Lens à Michel d’Ornano. Score final : 1-1. Buts de M’Baye Niang pour Caen et Raphaël Varane pour Lens. Leur premier en pro. La seule fois où deux des plus grands espoirs du football français se sont croisés sur un terrain.

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