Équipe de France

Kolossal Bayern !

La meilleure équipe de l’année 2012-13 est aussi un club pas tout à fait comme les autres qui déguste la vie entre traditions, culte de la victoire et une certaine idée de l’organisation. Voyage au cœur du Bayern Munich.

On se souvient de la petite phrase de Robert Louis-Dreyfus lorsqu’il reprit l’OM. « J’aimerais en faire le Bayern du Sud. » A l’échelle de l’Allemagne, les Bavarois peuvent être considérés comme des Méditerranéens. On ne trouve que l’Autriche en-dessous. Vu de Berlin ou de Hambourg, ça sentirait presque l’huile d’olive. On est toujours au Sud de quelqu’un… A Munich, ça s’étripe, ça se charcle sans faux semblants, toujours sans gants. La moindre dépression précipite souvent – et très vite – le retour du « FC Hollywood » du côté de la SäbernerStrasse, le centre de vie du club. Prétendre qu’on se dit les choses est un doux euphémisme. C’est aussi une fausse image. Aussi méditerranéen soit-il, le Bayern reste allemand. L’ordre et la cohérence sont les deux piliers de son existence. On y avance en bloc, on fait corps et l’institution passe avant toute chose. A chacun son ADN.

Géant et fier de l’être
Même s’il possède plus de dix millions de fans dans l’ensemble du pays, le Bayern est l’équipe la plus détestée d’Allemagne. Normal quand on ne laisse que des miettes au bas peuple. « C’est le club n°1 outre-Rhin, il suffit de regarder son palmarès, explique Bixente Lizarazu, tout en joie devant les triomphes répétés de « son » Munich la saison passée. C’est la « Manita », 5 Ligues des champions, 2 Coupes Intercontinentales, plus d’une vingtaine de titres de champion… Mais en même temps, c’est un club très famille. On parle ici d’une équipe du Top 4, Top 5 européen, ultra-médiatisée qui mais qui reste familiale. On s’y sent super protégé. C’est cet amalgame qui en fait un grand club. » Et qui fait des Bavarois une sorte d’exception culturelle au royaume des ogres.

Le club le plus riche du monde
Au-delà de ce qu’il représente, le Bayern est aussi un modèle économique pour les plus grandes équipes européennes. Il a dépassé Manchester United pour devenir le club le plus riche du monde (voir encadré). En 1998, Bixente était parti « dans (son) trip ». Il ne s’agissait pas d’un voyage au pays des experts comptables. Mais il avait découvert toute la rigueur bavaroise dans la façon de générer et de dépenser des euros. « A une époque où on parle beaucoup du fair-play financier, il faut savoir que c’est le seul club au monde capable de gagner des titres et de se retrouver bénéficiaire à chaque fin de saison. Les autres gros clubs ont beaucoup de mal à tenir les cordons de la bourse. » Les succès du printemps 2013 risquent de creuser encore un peu plus l’écart entre le géant de Bavière et ses concurrents à l’échelle du Vieux Continent.

Le poids de l’histoire
La direction du Bayern n’est composée que d’anciennes gloires de l’équipe, quasiment. C’est en se rappelant son histoire et en sachant d’où il vient que le Bayern avance au présent et construit son avenir. Un grand écart avec nos formations de Ligue 1, par exemple. « Liza » encore : « C’est vrai que les clubs français ne savent pas faire ça. Il faut aussi signaler que le Bayern possède l’art de faire grandir ses anciens joueurs. Ce n’est pas simplement de la com’. Ils sont encadrés dès le départ pour apprendre progressivement le métier, avant d’occuper des postes plus importants. Le temps est une notion qui compte à Munich. Uli Hoeness, par exemple, a été manager avant d’être président. Karl-Heinz Rummenigge est monté en puissance progressivement lui aussi. Tout est envisagé avec intelligence. » Quand la cohérence inspire le respect.

Et maintenant, Guardiola
Le triplé fou de Franck Ribéry et de ses coéquipiers (champions d’Allemagne, champions d’Europe, Coupe d’Allemagne) porte la marque d’un homme, Jupp Heynckes. Le coach de 68 ans est parti à la retraite avec le plus beau des présents. « Mes joueurs m’ont fait un cadeau d’adieu rêvé, se délectait-il. Ma vie de famille passe avant tout le reste maintenant. Je ne pouvais pas imaginer meilleur moment pour prendre du recul. » Pep Guardiola, qui a débuté sa mission le 26 juin très exactement, sait ce qu’il lui reste à faire : la même chose en mieux, si possible. Il a remporté la Supercoupe d’Europe fin août contre Chelsea et José Mourinho (2-2, 5-4 aux tirs au but), pour les grandes retrouvailles, il lui faut remporter le Mondial des clubs en décembre. Sacrée feuille de route. Mais l’ancien entraîneur du Barça connaît le chemin. Il a réussi pareil exploit en 2009 en Catalogne. Comme si, encore une fois, les dirigeants et têtes pensantes bavarois avaient anticipé. Il était difficile de trouver meilleur entraîneur pour prendre la suite, en tout cas.

Le grand témoin
Franck Ribéry : « Ma meilleure saison »

Franck a vécu un printemps difficile. A chaque titre du Bayern, il s’est fait doucher à la bière et il n’aime pas ça !

PLANETE FOOT : On ressent quoi quand on réussit ça ?
Franck RIBERY :
C’est incroyable ! Ce qu’on a réalisé, c’est quelque chose d’historique ! Un triplé, c’est super. On a un peu fait la fête après la Ligue des champions (ndlr : 2-1 contre le Borussia Dortmund) mais il fallait rester concentré pour la finale de la Coupe, ce dernier match de la saison en forme de cerise sur le gâteau. Ce fut dur mais on l’a fait (3-2 contre le VfB Stuttgart). Là, on a pu vraiment célébrer !

PF : Quelle a été l’émotion la plus forte ?
F.R. :
La Ligue des champions, sans aucun doute. Il s’agit d’un trophée particulier, que tous les joueurs pros rêvent de remporter. On avait perdu la finale en 2010 et en 2012. Ce fut un moment particulièrement fort. Mais à l’arrivée, le plus magnifique, c’est d’avoir remporté les trois compétitions !

PF : A titre personnel, imaginais-tu pareille consécration après les moments difficiles que tu as traversés ?
F.R. :
Je suis comblé. Même avant de gagner ces titres, je pouvais dire que je me sentais plus épanoui. Cela a été la meilleure saison de ma carrière. J’ai joué libéré. Etre à nouveau libéré en équipe de France m’a fait le plus grand bien. J’ai vécu des mois très difficiles avec les Bleus. Entendre le public français scander mon nom, ça me manquait. Donc, ça m’a fait beaucoup de bien.

PF : On te voit mal ailleurs qu’au Bayern, on se trompe ?
F.R. :
Je le répète depuis longtemps : le Bayern Munich est un grand club. Je l’ai toujours dit, je suis très content que tout le monde le sache et s’en rende compte aujourd’hui. Je suis bien à Munich. Ma famille s’y sent à l’aise. Le club a toujours tout fait pour moi, pour me protéger et me mettre dans les meilleures dispositions. Je sais ce que j’ai au Bayern et je suis très fier de faire partie de cette maison.

PF : Donc, tu vas finir ta carrière ici, c’est confirmé…
F.R. :
C’est un club magnifique, extraordinaire. Avec les dirigeants, on s’est dit que j’allais prolonger. Maintenant c’est fait. J’ai rempilé jusqu’en 2017 et j’en suis très heureux. J’aimerais vraiment terminer ici, oui.

PF : Le triplé, c’est aussi le triomphe de Jupp Heynckes. On t’a senti plus heureux avec lui qu’avec Louis Van Gaal, son prédécesseur…
F.R. :
C’est un grand monsieur. Il a su me redonner confiance et m’a fait retrouver le plaisir de jouer. C’était aussi le cas avec Ottmar Hitzfeld et Jürgen Klinsmann. J’ai effectivement vécu deux saisons très difficiles avec Van Gaal.

PF : Que t’inspirait Pep Guardiola ?
F.R. :
J’ai découvert une autre méthode, totalement différente. Mais nous étions tous très contents de le voir arriver. Il a tout gagné au Barça. Il va poser sa patte, apporter ses idées. Son arrivée montre que le club continue de grandir.

Le club des 7
Le Bayern est le septième club de l’histoire à réussir le triplé Ligue des champions-championnat-Coupe nationale. Il rejoint le Celtic Glasgow 1967, l’Ajax Amsterdam 1972, le PSV Eindhoven 1988, Manchester United 1999, le FC Barcelone 2009 et l’Inter Milan 2010.

6001220-8947586.jpg

Populaires

To Top