Équipe de France

Kingsley Coman : « Je sais où je veux aller »

C’est l’un des derniers arrivants du groupe France. L’ailier fort du Bayern Munich Kingsley Coman est bien parti pour griller toute la concurrence sur la voie de l’Euro. Et tout ça poliment, en plus. Interview jeune premier.

PLANETE FOOT : Première sélection à six mois de l’Euro. Penses-tu entrer dans le bon timing pour faire partie de l’aventure ?
Kingsley COMAN :
 Oui, j’ai une carte à jouer. Il y a énormément de joueurs qui n’ont pas encore été appelés. Moi, j’ai la chance de l’être. Nous ne sommes pas si nombreux à présenter mon profil, un profil de joueur offensif sur un côté. Par rapport à mes qualités, je sais que je peux bien faire dans ce rôle.

PF : Quel a été l’accueil chez les Bleus ? On imagine que Paul Pogba et Patrice Evra, que tu as côtoyés à la Juve, t’ont pris sous leur aile ?
K.C. :
J’ai été très bien accueilli par tout le monde. Mais effectivement, j’ai été très content de revoir Paul et Patrice. Je connaissais aussi un peu les plus jeunes.

PF : Comment es-tu arrivé ? Sur la pointe des pieds ? Avec l’envie de tout casser ?
K.C. :
Je veux tout casser et je pense que c’est normal ! L’équipe de France, c’est quelque chose… C’est grand, plus que tout sans doute. Mais je ne vais pas être plus impressionné en arrivant en équipe de France que lorsque j’ai débarqué au Bayern ou à la Juventus. Je ne ne pense pas avoir plus de pression avec les Bleus qu’en club.

PF : Cette faculté à ne pas céder à la pression, comme lorsque tu as remplacé Robert Lewandowski en Ligue des champions, pour tes vrais débuts sur la pelouse de l’Olympiakos (il avait disputé deux fois une minute, dans le temps additionnel, la saison dernière avec la Juventus en C1, dont la dernière minute de la finale), est-ce ta qualité première ?
K.C. :
Je ne sais pas. Je ne sais pas si c’est de l’insouciance. Mais je suis tellement content de jouer de gros matches! Je travaille, je me bats pour ça depuis tout petit. Donc, au moment où j’ai la chance de toucher cela, je ne vais pas commencer à avoir peur. Au contraire, il faut que je reste concentré. Et je ne dois pas être trop excité.

PF : Entre ton tempérament et tes qualités de footballeur, qui est Kingsley Coman ?
K.C. :
Je sais ce que je veux et où je veux aller. C’est, à mes yeux, le plus important. En dehors du terrain, je suis quelqu’un de très calme. On pourrait croire que je suis timide, je n’aime pas m’ouvrir trop facilement aux autres. Mais non, je ne suis pas un timide.

PF : Tu es même plutôt excentrique si on se réfère à certaines coupes de cheveux. A ce sujet, tu n’as pas craint de te faire chambrer lors de ton arrivée chez les Bleus ?
K.C. :
Non. Avec l’équipe de France, je ne crains rien. Il y a Paul ! C’est lui, le maître dans ce domaine ! Sa coupe, c’est même un truc d’artiste. Moi, ce n’est pas si extravagant.

PF : Peux-tu nous dire ce que représentent les trois couleurs de ta mini-tresse ? Le rouge, le jaune et le vert…
K.C. :
Les Antilles. Le rouge pour le sang des esclaves, le jaune pour le soleil et le vert pour la faune.

PF : Paul Pogba était un peu ton grand frère à la Juve. Et chez les Bleus ?
K.C. :
On est régulièrement en contact. J’ai été très heureux de le retrouver en équipe de France. Si vous nous voyez souvent ensemble, c’est normal. On a toujours énormément de choses à se raconter.

PF : Pourquoi avoir quitté la Juventus ?
K.C. :
Pour avoir ma chance. Pour gagner du temps de jeu. Je savais que le dispositif du Bayern était plus adapté à mes qualités. Le style de jeu me correspondait davantage. Maintenant, si on m’avait dit que j’allais être appelé en équipe de France et que j’aurais autant de temps de jeu en Bavière, je ne l’aurais peut-être pas cru. Personne ne m’avait rien garanti.

PF : Quel bilan retiens-tu de ton passage en Italie ?
K.C. :
Il est très positif. Je suis fier d’y avoir joué, j’ai énormément appris. Surtout tactiquement. Jouer dans l’axe, jouer sur un côté. Savoir me démarquer au cours d’un match. Comprendre ce qu’un défenseur aime et n’aime pas faire… Le club m’a toujours accordé sa confiance. Même si j’en suis parti, je n’étais pas considéré comme le petit jeune qui sortait du centre de formation, comme c’était le cas au Paris SG.

PF : On y vient. Ton départ de France, si jeune et pour un club comme la Juve…
K.C. :
Aurais-je autant appris en restant à Paris ? On apprend en jouant et je ne jouais pas. Je ne regrette rien. Les raisons ? Elles sont nombreuses mais pour résumer, c’est ce que je disais, j’étais seulement considéré comme un petit gars du centre de formation. Ce qui était vrai. Après, j’avais l’impression que, quoi que je fasse, il me serait impossible de gagner mes galons de titulaire, impossible de me trouver au même niveau que les joueurs du groupe.

PF : Partir a donc été un choix gagnant ?
K.C. :
(Il coupe) Je n’ai pas spécialement quitté la France, j’ai quitté le PSG parce que je voulais jouer. Mais je ne suis qu’au début de ma carrière.

PF : En quoi évoluer au Bayern Munich peut-il représenter un avantage en vue de l’Euro ?
K.C. :
Quand on est dans un grand club, on ne dispute que des grands matches. L’expérience s’accumule plus vite. Chaque matin, à chaque séance, je me trouve aux côtés de grands joueurs. La Bundesliga est un championnat très relevé, contrairement peut-être à ce qui se dit. On a une équipe qui est au-dessus mais pas uniquement au-dessus de son championnat. Nous avons l’une des meilleures équipes d’Europe.

PF : Tu dis : « Je sais où je veux aller ». Où veux-tu aller ?
K.C. :
J’ai des objectifs personnels très élevés. Et d’autres plus modestes, des sous-objectifs. Mais je préfère ne pas en parler, j’ai peur de me porter le mauvais œil !

Les dessous de son arrivée au Bayern
Formé au PSG, parti en 2014 pour la Juventus Turin, puis un an plus tard au Bayern. Drôle de trajectoire pour un kid de 19 ans ? Pas tant que ça quand on sait que c’est Pep Guardiola en personne qui a appelé le Français. Au bout du fil, les mots de Pep sont très clairs. « Ne t’inquiète pas, tu vas jouer. Je veux que tu dribbles. » C’est vrai qu’il y a de quoi être convaincu. Un choix payant comme l’a répété récemment Karl-Heinz Rummenigge, le président du Bayern. « On suivait déjà Coman quand il était au PSG. Au vu de ses premiers mois chez nous, je ne suis pas étonné qu’il ait été convoqué en équipe de France. C’est un garçon rapide, adroit, dribbleur. L’un des deux ou trois meilleurs ailiers de sa génération en Europe. » Il aura 20 ans le 13 juin…

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