Étranger

Kevin De Bruyne, la flèche wallonne

Le meneur offensif Kevin De Bruyne, passé du VfL Wolfsburg à Manchester City durant l’été, n’était pas seulement le meilleur joueur de Bundesliga la saison passée. Il était aussi le meilleur passeur d’Europe. Plus qu’un petit diable, ce Belge. Portrait.

« La Coupe, quelles sensations ! Superbe façon de terminer une saison merveilleuse. » C’est l’avantage avec Twitter. Les mordus d’orthographe s’y arrachent régulièrement les cheveux en lisant de la phonétique mais les esprits concis y trouvent toujours leur compte. Avec la limitation des caractères, pas le choix, il ne faut pas s’épancher.

Avec Kevin De Bruyne, c’est « all inclusive ». Zéro faute dans l’énoncé et on va direct à l’essentiel. Même sur le digital (pardon, le numérique), le blondinet qui tire sur le rouquin – la tendance diable rouge, sans doute – est irréprochable. Parce que bon, « superbe » et « merveilleuse », on ne peut pas dire que les adjectifs soient exagérés concernant la saison 2014-15. Peut-être aurait-il pu rajouter « profonde » sous le coup de la douleur. Comme la plaie béante sur sa cheville, en finale de la Coupe d’Allemagne contre le Borussia Dortmund. Elle l’obligea à déclarer forfait pour la soirée « Portes ouvertes » au Stade de France face aux Bleus (victoire 4-3 de la Belgique le 7 juin), avant un duel bien plus sérieux contre le pays de Galles de Gareth Bale en vue de la qualification pour l’Euro 2016. La cheville ouvrière du VfL Wolfsburg – transférée à Manchester City durant l’été – gardait bon pied bon œil malgré les cinq points de suture que lui avait infligés le médecin pendant la mi-temps (!) de la finale. Un peu chatouilleux, le Kevin, mais définitivement dans une autre catégorie de joueurs depuis quelques mois.

Joueur de l’année en Bundesliga

Cette nouvelle saison pleine à Wolfsburg est venue confirmer non seulement le talent du bonhomme mais aussi et surtout l’influence, nouvelle, qu’il exerçait sur le jeu et les résultats de son équipe (ex, donc), de façon assez vertigineuse. Le Diable rouge a clôturé un exercice à 27 passes décisives (20 en championnat, 5 en Ligue Europa et 2 en Coupe d’Allemagne) en 51 matches. Le tout saupoudré de 16 buts. Un menu là aussi « all inclusive », avec entrée-plat-dessert et le buffet en libre service à toute heure.

Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas mieux : De Bruyne était le meilleur passeur européen de l’année. Il trônait devant Cesc Fabregas, Lionel Messi (18 offrandes chacun), Dimitri Payet et Cristiano Ronaldo (16). Haute voltige. Une saison de mammouth chez les Loups qui lui a valu la récompense suprême en Allemagne : élu Joueur de l’année en Bundesliga. « C’est un grand honneur pour moi. C’est aussi grâce à mes coéquipiers. Je ne suis pas vraiment surpris car j’ai longtemps évolué à un très haut niveau. » Avec 52,5% des voix exprimées, « KDB » a récolté plus de la moitié des votes. Loin, très loin devant Arjen Robben (23,5%).

Celui qui avait été définitivement transféré en Basse-Saxe en janvier 2014 (en provenance de Chelsea) a littéralement éteint la concurrence en Allemagne la saison passée avec 10 buts et 21 passes rien qu’en championnat. Il a été, à la fois, le détonateur et le dynamiteur des Loups, celui par qui la différence ou la décision, à moins que ce ne soit les deux, sont arrivées. A quatorze reprises en championnat, il a été décisif à la passe. Cinq fois, il a réussi un doublé dans ce registre. Insolent ? Oui, un peu, comme contre le Werder Brême le 1er mars avec… un triplé de passes décisives !

Blacklisté par José Mourinho

C’est au Werder Brême, où Chelsea l’avait prêté en 2012-13, que Kevin avait découvert la Bundesliga. Il n’y avait pas été manchot non plus (9 fois passeur et 10 fois buteur en 33 rencontres). Klaus Allofs, l’inamovible directeur sportif, n’a pas oublié son séjour au club. « On le suivait déjà depuis deux ou trois ans. On avait envoyé nos scouts pour scruter le foot belge et De Bruyne apparaissait comme un garçon très spécial. Presque tous les rapports le concernant étaient très, très positifs. Chelsea est parvenu à l’engager car il était trop cher pour nous. Il avait et il a tout : il aime le jeu, il est ambitieux. Il se montre sur le terrain, il prend des risques, parfois inutiles, mais c’est quelqu’un qui veut faire la différence. Il a tout pour y arriver : la vitesse, la technique. Et il peut encore énormément progresser. Physiquement, il va aller plus haut, j’en suis certain. Kevin sait absolument tout faire ! »

Champion de Belgique en 2011 avec le Racing Genk et son pote Thibaut Courtois un mois avant d’avoir 20 ans, le garçon n’avait pas perdu de temps pour faire parler de lui. Il resta une saison de plus que le grand Thibaut, transféré dans les effluves du titre à Chelsea (puis prêté dans la foulée à l’Atlético Madrid). Ce sera l’affaire de quelques mois pour Kevin, recruté à son tour par les Blues en janvier 2012. Les Londoniens le laissent en prêt dans son club jusqu’à la fin de la saison. Il est de nouveau prêté la saison suivante et c’est donc au Werder Brême qu’il découvre la Bundesliga.

Dix buts et des matches pleins, c’est plutôt bon mais pas encore assez aux yeux de José Mourinho qui a jeté son dévolu sur André Schürrle et qui veut inclure De Bruyne dans le deal avec le Bayer Leverkusen. Seulement, Kevin est un dur à cuire. Il refuse, du haut de ses 22 ans, jusqu’à ce que Mourinho l’appelle pour affronter Hull City en ouverture de la saison, à Stamford Bridge. Les Blues s’imposent 2-0. Pour son premier match de Premier League, le Belge délivre une passe décisive à Oscar. Sky Sport le désigne « Man of the match » mais rien n’y fait. Le « Special One » le scotche tantôt sur le banc, tantôt (souvent) en tribunes. En janvier, avec l’échéance Coupe du monde qui approche, le joueur demande à partir. C’est Wolfsburg qui décroche la timbale contre 21,5 millions d’euros quand même.

Son transfert à City fait sauter la banque

La suite ? Le meilleur joueur d’Allemagne n’est ni au Bayern, ni à Dortmund, mais dans le fief de Volkswagen. La question était de savoir jusqu’à quand. Car ses performances ne laissaient évidemment personne de marbre. Et pas qu’en Bundesliga. Au cœur de l’hiver, le PSG avait déjà manifesté son intérêt, notamment par la voix de Laurent Blanc. Mais Paris était toujours freiné par les contraintes du fair-play financier, de moins en moins fair-play avec Paris d’ailleurs. Et Kevin avait l’embarras du choix. Le Bayern Munich, Manchester City et le Real Madrid étaient entrés dans la danse. Ce sont les Citizens qui ont eu le dernier mot. Montant de la transaction : 74 millions d’euros, 80 avec les options. Durée du contrat : 6 ans. « KDB » devient le Belge le plus cher de l’histoire. Christian Benteke, passé d’Aston Villa à Liverpool, avait porté le record à 46,5 millions. C’est aussi le plus gros transfert en Bundesliga. Et le plus gros transfert pour un joueur arrivant en Premier League (il y a match avec Anthony Martial, on attend le calcul des bonus divers). Rappelons que City avait déjà lâché 69,4 millions pour faire venir Raheem Sterling de Liverpool.

A 24 ans, Kevin sait que le temps joue pour lui. Il n’est pas pressé. Il était même prêt à livrer une saison de plus en Basse-Saxe. Patrick De Koster, son agent, a passé un été très chaud. « J’ai vu les déclarations de Mino Raiola, qui disait recevoir vingt coups de téléphone par jour concernant Paul Pogba. Eh bien c’est la même chose pour moi avec Kevin. » Avant la finalisation de la transaction avec City, il précisait : « Je vais discuter avec tout le monde mais il faut savoir que Kevin est très, très heureux à Wolfsburg. Heureux aussi de la manière dont le club l’a traité depuis qu’il y est arrivé en provenance de Chelsea. »

Au sujet du PSG, il ajoutait : « C’est une équipe offensive et cela représente un vrai plus. Les balles qu’il peut distribuer à des joueurs comme Edinson Cavani et Zlatan Ibrahimovic apporteraient beaucoup au PSG. On s’est rencontré, on a discuté. Paris a des possibilités, c’est un club qui a des ambitions. Les dirigeants sont sains au niveau de la gestion. Ça peut plaire à Kevin. » A écouter le principal intéressé, il n’y avait qu’une possibilité à rayer de la carte. « Aussi longtemps que José Mourinho sera le manager de Chelsea, je ne retournerai pas à Stamford Bridge. » Clair, net et précis. Comme ses passes ciselées. Ou ses tweets.

Une Coupe pour Junior

Junior Malanda est décédé le 10 janvier dans un accident de voiture. Capitaine de la sélection Espoirs belge, il était très proche de Kevin De Bruyne avec lequel il jouait à Wolfsburg. Quand le VfL a remporté la Coupe d’Allemagne en fin de saison (le 30 mai face au Borussia Dortmund), Kevin a tenu à lui dédier le trophée. « Junior a toujours été à mes côtés, c’était comme mon petit frère. Depuis la trêve hivernale, nous jouons pour lui. Il nous a aidés à gagner ce match. Cette Coupe est pour lui. »

Vu par… Marc Wilmots, sélectionneur de la Belgique

« Je travaille avec Kevin depuis 2012. A l’époque, il était déjà très important pour les Diables rouges mais il était barré à Chelsea à cause de la concurrence. Nous avions alors parlé de sa situation. Je lui avais conseillé d’aller en Bundesliga. Il a bien fait d’y aller. Ce qu’il a réussi la saison passée avec Wolfsburg est fantastique mais ça ne m’étonne pas. Je sais de quoi il est capable. »

Profil

■ Né le 28 juin 1991 à Drongen (BEL)

■ Milieu offensif

■ 1,80 m, 68 kg

■ International A (Belgique), 37 sélections, 10 buts

■ Première sélection : le 10 août 2010 à Turku, Finlande-Belgique (1-0)

■ Roadbook : Racing Genk (BEL, 2008-12), Werder Brême (ALL, 2012-13), Chelsea (ANG, 2013-janvier 2014), VfL Wolfsburg (ALL, janvier 2014-15), Manchester City (depuis cet été)

■ Palmarès : Champion de Belgique en 2011 avec le Racing Genk, Coupe d’Allemagne 2015 avec le VfL Wolfsburg

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