Équipe de France

Jurij Zdovc, l’ermite slovène

Jurij Zdovc fit partie de la génération dorée yougoslave. Il se révéla lors des J.O. de Séoul et s’imposa comme l’un des meilleurs arrières défenseurs d’Europe. En 1992, le Slovène refusa un contrat chez les Lakers pour signer à Limoges. A la clé, une fabuleuse épopée européenne.

Si nous avions été au début des années 90, nous vous aurions dit de courir à Beaublanc. Ou de vous presser dans la salle la plus proche accueillant le CSP Limoges. Pourquoi ? Pour prendre une leçon de basket avec l’arrière slovène Jurij Zdovc. Il aurait très bien pu porter le même maillot jaune sur la Côte pacifique. « Les Lakers m’ont fait une proposition au cours de l’été 1992. Un contrat de 3 ans. Je me suis entraîné à Los Angeles mais j’ai préféré renoncer. Je n’avais pas envie de faire banquette. Et puis j’étais encore jeune (ndlr : 26 ans), j’avais le temps de retenter ma chance en NBA. »
Du coup, c’est en France que le champion d’Europe 1989 et 91, champion du monde 1990 et vice-champion olympique 1988 (tout cela sous le maillot yougoslave) exerce son talent au début de l’année 1993. Pour le plus grand bonheur de Limoges, invaincu en championnat et bien parti en Coupe d’Europe des clubs champions. « Zdovc est une étoile qui fait briller les autres », explique le coach limougeaud, son compatriote (à l’époque) Bozidar Maljkovic.
Embaucher un étranger de l’Est est à la mode. Antibes, Montpellier, Pau s’y sont mis. Dénicher un joueur du calibre de Zdovc est plus compliqué. Et Limoges a réussi cette prouesse. Le look « moyenâgeux » de Jurij peut surprendre. On verrait davantage ce personnage aux allures d’ermite dans un monastère que sur un parquet de basket. Qu’importe, son jeu inspire confiance. La France n’est qu’une étape de sa surprenante carrière.
Dès l’âge de 16 ans, à la mort de son père, Zdovc dut subvenir aux besoins de sa famille. Le basket sera son issue de secours. Le travail, son secret. C’est le moyen de nourrir sa mère et sa sœur. Plus tard, ce sera sa femme et sa fille. A Slovenske Konjice, dans la petite ville de son enfance, le foot est roi. Son père, maître d’école, lui a appris la discipline. Jurij adore le sport. Il se déchaîne en gym et fait du tennis de table, comme Toni Kukoc à ses débuts. Jurij découvre le basket et s’inscrit au club local, le Comet. « Mon père m’a appris la rigueur. J’ai retenu la leçon pour le basket », dit-il.
Discret, limite introverti, Jurij accepte timidement d’évoquer son pays et ses débuts. « A 17 ans, en 1983, je suis parti à l’Olimpija Ljubljana. Je devais me faire un nom et ce n’était pas facile aux côtés de Vinko Jelovac and co. Voler un ballon à l’adversaire était la seule façon de me faire remarquer et d’avoir le droit de tenter un shoot. Les joueurs plus expérimentés étaient dépositaires du jeu. Je n’avais pas le droit à l’erreur. Si un ancien manquait un point, il fallait que le mien soit décisif. »
A force de courage, d’abnégation et de travail, Zdovc devient le meilleur défenseur d’Europe, en plus d’un playmaker intelligent. Le monde le découvre à Séoul. Avant les J.O. de 1988, Jurij se blesse au dos. Dusan Ivkovic, le sélectionneur, le retient malgré tout. La confiance du coach de la Yougolasvie est récompensée : le Slovène réalise un tournoi olympique magistral. La Yougoslavie finit 2e, non sans regrets après avoir lâché la finale aux Soviétiques (76-63).
« Son talent, c’est sa défense. Sa force, c’est sa tranquillité. Son sens du jeu, c’est son capital basket », analyse Coach Ivkovic, grand manitou de cette Yougoslavie dorée qui connaîtra son zénith lors du championnat d’Europe 1989 à Zagreb. En finale, les Yougos découpent la Grèce 98-77. Les héros passeront à la postérité. Ils ont pour nom Drazen Petrovic, Toni Kukoc, Vlade Divac, Dino Radja, Sasha Danilovic.

En plein Euro, on lui conseille de plier bagage
Suivront les Goodwill Games – « Les Américains ont pleuré après leur défaite contre nous » – puis l’Argentine et un troisième titre de champion du monde pour la Yougoslavie. Carton contre l’URSS en finale : 92-75. Nous sommes en 1990. Un an plus tard à Rome, tout s’effondre. Jurij dispute l’intégralité du 1er tour de l’Euro. Puis un coup de fil venant de Slovénie lui recommande d’arrêter de participer à la compétition pour le compte de la Yougoslavie. Il décide de partir, seul. Ses compagnons remportent leur dernier titre commun (88-73 contre l’Italie en finale). « De cette génération célèbre, je suis probablement le seul à être arrivé à 100% par le travail. Mes compagnons avaient tous un talent sans pareil. Pas moi. »
Modeste, l’ami Jurij. La Yougoslavie éclate, l’équipe aussi. Comme bon nombre de ses ex-partenaires, il prend la direction de l’Italie. Pour lui, ce sera le Knorr Bologne. En Lega, il remporte le titre officieux de champion de la « regular season » (28 victoires en 30 matches). « Regular », l’adjectif lui colle à la peau. Ce qui ne convient pas, c’est ce western spaghetti. Trop de vacarme pour un gars aussi simple et silencieux. Le style de jeu lui-même l’agace. « En Italie, ils m’ont fait glisser de mon poste naturel de deuxième arrière à celui de meneur. Ce qui comprend d’autres responsabilités, vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis des autres. C’est une question de philosophie du jeu. Ce n’est qu’à Limoges que j’ai véritablement retrouvé le plaisir. »
Zdovs débarque à Limoges en 1992. Et là, même quand il doit diriger le jeu, il s’éclate. « C’est une chance de jouer dans un collectif entraîné par un coach comme Bozidar Maljkovic. Il n’y a qu’avec de très grands entraîneurs que l’on peut espérer progresser encore. Quand tu es meneur, tu dois obligatoirement tirer le meilleur de tes coéquipiers. Tu joues pour qu’ils soient au top. »
Et ils le sont. Chaque ballon volé, chaque missile à 3 points est un peu d’espoir et de réconfort pour sa famille restée au pays. Jurij vit et joue pour elle. Et il joue terriblement bien. Limoges ne s’inclinera qu’une seule fois en championnat, à Pau. En Euroleague, la CSP trace sa route jusqu’au Final Four d’Athènes. C’est Jurij qui expédie ses coéquipiers en Grèce avec un shoot à 3 secondes de la sirène. C’est encore lui qui sécurise le succès sur Trévise avec deux lancers francs. Premier titre de champion d’Europe pour une équipe française. Doublé d’une couronne nationale (3-1 contre Pau).
Le champion d’Europe cadets 1983 ne disputera qu’une saison dans le Limousin. Il retente sa chance en NBA. Essai aux Knicks. Infructueux. A l’automne, on le retrouve en Grèce, à Salonique. Durant la saison 1996-97, celle du titre du PSG Racing, il transite par la capitale. Notre bonhomme défait rarement son baluchon car il est souvent sur la route. Turquie. Slovénie. Grèce. Slovénie. Croatie. C’est à Split que son parcours s’achèvera. Dans sa besace, trois médailles d’or (Euro 1989 et 91 et Mondial 90), une en argent (J.O. 1988), le titre européen avec le CSP en 1993, deux couronnes en Pro A, deux titres de champion de Slovénie et trois Coupes de Slovénie.
Jurij Zdovc mit un terme à sa carrière internationale en 2001. Reconverti entraîneur, il entraîne Saint-Pétersbourg après avoir notamment dirigé Split, Iraklis et l’Olimpija Ljubljana.

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