Équipe de France

Josuha Guilavogui : « Au début, je me suis trompé sur le foot »

Malgré une semaine médiatique surchargée, Josuha Guilavogui n’a pas annulé le rendez-vous. « Suis dispo », a-t-il envoyé, en s’excusant pour l’heure tardive. Presque trop bien élevé, le garçon…

PLANETE FOOT : Planning surbooké pour toi. C’est la rançon de la gloire ?
Josuha GUILAVOGUI :
C’est bien mais on veut toujours plus.

PLANETE FOOT : C’est nouveau ?
J.G. :
Non, j’ai toujours été porté vers l’avant. J’aime cette idée, soigner la qualité de la dernière passe et apporter offensivement. Il m’est arrivé de dépanner en charnière centrale avec les 16 ans et les 18 ans quand j’étais au centre de formation mais mon vrai poste, c’est au milieu, dans l’axe. J’apprécie de partir de loin et de me projeter.

PLANETE FOOT : S’agit-il de ta meilleure saison ?
J.G. :
Oui. J’ai une progression linéaire depuis trois ans maintenant, je le vois au niveau de mes statistiques (ndlr : 22 matches et 1 but il y a deux ans, 32 matches et 2 buts la saison dernière, 37 matches et 3 buts cette année). J’ai marqué aussi avec les Espoirs. Si maintenant, j’arrive à remporter des trophées avec Saint-Etienne, ce sera parfait.

PLANETE FOOT : Avais-tu déjà joué au Stade de France avant la finale de la Coupe de la Ligue remportée contre Rennes (1-0) ?
J.G. :
Non, jamais. Je n’y étais jamais allé. Je n’étais même pas passé devant ! C’était la grande découverte. D’un côté, j’avais hâte de connaître ça et de l’autre, je voulais repousser l’échéance pour que ça dure le plus longtemps possible. C’était un sentiment bizarre…

PLANETE FOOT : N’était-ce pas doublement excitant parce que tu es un Vert pure souche, formé au club ?
J.G. :
Oui, pour moi comme pour Loïc (Perrin), Kurt (Zouma) ou Kevin (Mayi). On commence à être une belle colonie issue de la maison. Même si je suis le seul de ma promotion puisque nous ne sommes passés qu’à deux cette année-là. Le second était Manu Rivière (ndlr : aujourd’hui à Monaco), avec qui je suis toujours en contact. Manu, c’est mon grand pote. Et Bafé (Gomis), c’est mon grand frère.

PLANETE FOOT : Ah bon ?
J.G. :
Oui, il vient chez moi, je vais chez lui. Il est toujours là pour moi. Bafé, c’est très fort… Dès que ça va mal, il est là pour m’écouter et me parler. Le jour où il partira, je serai vraiment malheureux.

PLANETE FOOT : Tu sais qu’il joue à Lyon, toi à « Sainté » ?
J.G. :
Mais ça dépasse le foot. C’est mon grand frère, c’est tout. Justement, après le derby Saint-Etienne-Lyon, j’étais remplaçant, j’étais mal. Eh bien, il m’a envoyé un message.

PLANETE FOOT : Ton statut a-t-il changé dans le groupe ?
J.G. :
Forcément, je ne suis plus le petit jeune qui arrive. J’ai ma place dans le vestiaire. J’ai grandi.

PLANETE FOOT : Quelle place Christophe Galtier tient-il dans ta progression ?
J.G. :
C’est toujours difficile pour moi de parler du coach parce que c’est le seul que je connaisse. Ce que je sais, c’est qu’il m’a lancé. Je me souviens lorsque j’étais au centre de formation, j’ai failli partir en prêt en Ligue 2 parce qu’Alain Perrin ne me calculait pas. J’avais mon contrat Elite, je jouais dans toutes les équipe de France de ma catégorie et lui ne me faisait pas confiance. C’était très dur à vivre. Avec Christophe Galtier, la porte s’est ouverte. Au début, il a été très dur avec moi mais paternel aussi. Maintenant, ce n’est pas mon père, ce n’est pas comme Frédéric Antonetti avec Yann M’Vila par exemple. Je connais bien Yann et je sais ce que cette relation représente. Là, ça dépasse le cadre du foot. C’est une marque de reconnaissance.

PLANETE FOOT : Un coach a-t-il compté plus qu’un autre dans ton parcours ?
J.G. :
Oui, Abdel Bouhazma en 18 ans. Il a insisté sur ma qualité de passe. C’est grâce à lui que j’ai intégré l’équipe de France en jeunes. Tout était beaucoup plus pointilleux avec lui et je l’en remercie. Aujourd’hui, j’aime claquer une bonne passe appuyée. J’adore délivrer une passe décisive ! Je préfère cela à marquer. Un joueur qui vient te dire « Merci », c’est encore plus beau.

PLANETE FOOT : Peux-tu nous expliquer ce que ressent un joueur formé à Saint-Etienne lorsqu’il évolue dans le « Chaudron » ?
J.G. :
Les travaux, ça gâche un peu le plaisir. Le stade a perdu de sa magie. Parce que plein, c’est fou. Quand j’y repense, je n’en ai pas assez profité lors de ma première saison (ndlr : avant le début des travaux). C’était quelque chose de tellement fort, les deux kops… Mais bon, on se dit que c’est un mal pour un bien. Ça va être quelque chose quand tout sera fini, on a hâte de voir ça !

PLANETE FOOT : Tu es sous contrat jusqu’en 2016. Tu te sens Vert pour longtemps encore ?
J.G. :
Ça ne sert à rien d’asséner telle ou telle vérité, on sait très bien que dans le foot… Moi, j’aspire à jouer le plus de matches possible, j’ai besoin d’enchaîner. Voilà, on fera le point en fin de saison. Ce qui est sûr, c’est que si je pars, ce sera pour un club plus huppé. Maintenant, suis-je pressé ? Oui et non. Je suis ici depuis sept ans, j’ai grandi ici, j’aime cette ville, j’aime les gens de cette ville, les supporters, le club. Mais j’aime découvrir aussi. Cela dépendra de la situation.

PLANETE FOOT : Pourquoi as-tu toujours un sourire collé au visage ? Tu mets du scotch ?
J.G. :
(Il éclate de rire) Je ne peux pas dire… Ma mère m’a raconté que je souriais déjà beaucoup quand j’étais tout jeune. Et puis je relativise. Je suis allé en Afrique (ndlr : il est né dans le Var, là où sa famille vit toujours, mais puise ses racines en Guinée) pour la première fois en 2009 et j’ai vu ce qu’est la pauvreté. Là-bas, j’ai de la famille reculée dans les terres mais dans les villes, déjà, ça m’a un peu choqué. Après ça, tu prends du recul et tu te dis que tu as de la chance de faire ce métier.

PLANETE FOOT : Pourtant, à ton poste, c’est plus la bataille et les duels que les grands sourires, non ?
J.G. :
Ah mais ce n’est pas du tout pareil… Au début, je me suis un peu trompé sur le foot. Je jouais pour m’amuser. J’ai eu un déclic au centre de formation. Quand je me suis rendu compte que je voulais en faire mon métier. Là, j’ai découvert mon instinct de compétiteur. Attention, ce n’est pas de la méchanceté mais je savais que c’était un métier. J’ai toujours été dur dans les duels. Aujourd’hui, je suis payé pour gagner des matches. Ce n’est pas pareil.

PLANETE FOOT : Tu penses à l’équipe de France ?
J.G. :
Forcément. Je suis en sélection depuis que j’ai 17 ans, j’ai joué dans toutes les catégories. Mais il y a beaucoup de monde et beaucoup de joueurs de qualité à mon poste. De très bons joueurs. Mais c’est sûr que j’y pense souvent. A chaque sélection, toute ma famille enfile le maillot pour regarder le match à la télé. Il faut voir la fierté dans leurs yeux.

PLANETE FOOT : Si on te dit que ton parcours ressemble un peu à celui d’un certain Patrick Vieira ?
J.G. :
Quand j’étais plus jeune, Thierry Henry et lui me faisaient rêver. Je regardais Arsenal. Et je me souviens, j’étais au centre de formation pendant la Coupe du monde 2006. Au début, il y avait beaucoup de critiques à l’égard de Vieira. Et là, contre l’Espagne… Holala, le match qu’il sort ! Il met tout le monde d’accord. J’étais jeune, pas encore pro, je n’avais pas conscience de tout ce que cela pouvait représenter. Je lisais que les Espagnols voulaient mettre Zinédine Zidane à la retraite. Bon, ouais… Aujourd’hui, acteur sur le terrain, je me rends compte de ce que ç’a pu être pour eux. Sortir de la pelouse et dire aux Espagnols « Ce n’est pas encore la retraite », pfiou… Oui, Vieira, c’est un modèle.

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