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Jordi Villacampa, du McDo aux J.O.

L’actuel président de la Joventut Badalone Jordi Villacampa est une figure emblématique du club catalan où il a effectué toute sa carrière de joueur (17 ans). Le titre européen se refusa à lui en 1992. Il effaça ce souvenir douloureux deux ans plus tard.

« Je ne sais pas si nous monterons sur le podium mais nous nous battrons de toutes nos forces pour faire honneur à la Catalogne et à l’Espagne. » Jordi Villacampa est fier. Nous sommes dans le courant de l’été 1991 et dans moins d’un an, Barcelone sera le théâtre de l’Olympiade. Tous les fils de Rodrigue rêvent de gloire. Les nouveaux conquistadors ne seront pas d’inutiles chercheurs d’or. Les meilleurs joueurs du monde seront là. « Nos fans nous demandent l’impossible mais nous saurons nous dépasser. Nous savons quel est notre devoir. »
L’ailier espagnol parle en champion. Les Etats-Unis et les ex-Yougoslaves seront intouchables mais il reste un accessit pour qui croit en son étoile. Et celle de Jordi ne cesse de monter haut dans le ciel. La saison qui s’annonce sera la sienne ou ne sera pas. Au programme : Coupe des champions, Jeux olympiques et évidemment toutes les compétitions espagnoles. Notamment le championnat où la Joventut de Badalone, son club, défendra sa couronne. En guise d’apéritif, Villacampa participera en octobre au McDonald’s Open à Bercy. Une occasion de mieux découvrir ce combattant exceptionnel.
A 27 ans, Jordi (1,96 m) est au sommet de son art. Il a triomphé aussi bien avec son équipe qu’en sélection. A son tableau de chasse : un titre de Liga ACB (1991), deux Coupes Korac (1981 et 90), une médaille de bronze à l’Euro 91 et une finale de Coupe Saporta en 1988, perdue contre le CSP Limoges (96-89). La Joventut est toute sa vie. Il est passé par toutes les catégories de jeunes et y a débuté en pros à 16 ans. Il n’a pas connu d’autre club et n’en connaîtra pas d’autre. Affronter les Lakers à Bercy avec Badalone, c’est un peu la cerise sur le gâteau. « Je suis content de les rencontrer car… je suis un grand fan des Chicago Bulls (ndlr : tombeurs de la franchise californienne lors des Finales NBA 1991)… »
Villacampa est sans doute, avec peut-être Andres Jimenez (Barcelone), l’unique joueur espagnol capable à l’époque de s’adapter au style de jeu pratiqué outre-Atlantique. « En NBA, je pense qu’il existe trois types de joueurs : les superstars, les très bons joueurs et les remplaçants. Je pourrais être sur le banc sans problème. Mais Toni Kukoc a renoncé à y aller pour l’instant. Pour moi, c’est significatif. »
Modeste, Jordi. Pourtant, son histoire est celle d’un gagneur-né. Il montra une sacrée force de caractère pour surmonter la plus grande déception de sa carrière : être privé de la médaille d’argent remportée par l’Espagne aux J.O. de Los Angeles, en 1984. En dépit de son jeune âge, Villacampa participa à tous les matches de qualification et de préparation. Au dernier moment, le sélectionneur ibérique Antonio Diaz-Miguel (en poste 27 ans, de 1965 à 92 !) préféra miser sur l’expérience de José Manuel Beiran, l’ailier du Real Madrid. Ironie de l’histoire : Beiran ne joua pas une seule seconde… Cette mésaventure est-elle à l’origine du comportement de Jordi, critiqué pendant de nombreuses années ? On dit qu’il brille davantage en club qu’en sélection. Mais le changement de système de jeu, l’identité de ses partenaires et sa personnalité complexe sont autant d’explications possibles.
Tout change lors du Mondial 1990 en Argentine. Accablé par les blessures, l’équipe d’Espagne est privée de ses leaders naturels. Jordi surgit avec toute sa fougue et son adresse. Spécialiste du contre, ce joueur de classe au tempérament de feu fait parler son agressivité offensive. L’Espagne se classe 10e. Lors du championnat d’Europe 1991 en Italie, il confirme son nouveau statut. La Seleccion prend la médaille de bronze derrière la Yougoslavie et l’Italie en dominant la France 101-83 dans la petite finale.

Tel-Aviv pour chasser les fantômes du passé
Ne vous fiez pas à la gueule d’ange de Jordi, son jeu est implacable et fait de dureté. Avant d’en arriver là, il joua de nombreuses années dans l’anonymat avec la Joventut. L’équipe maudite. Badalone est toujours placée mais souvent poursuivie par un destin contraire, à l’échelle nationale comme au niveau européen. Jusqu’à cette année 1991. L’année du sacre. Badalone, nouveau champion d’Espagne et nouvel étendard de la Catalogne, déboulonne l’immense Barcelone. « Nous avons su gommer notre image de losers. Avec la Coupe des champions, nous aurons vraiment l’occasion de démontrer que nous sommes une grande équipe. C’est la première fois que nous jouerons à ce niveau mais la qualité n°1 de la Joventut est sa capacité à se surpasser. »
Avec ses deux atouts majeurs – sa vitesse et son adresse extérieure -, Jordi Villacampa entend emmener Badalone et l’équipe d’Espagne très haut. La première est à deux doigts de faire mordre la poussière aux Lakers lors de ce fameux Open McDonald’s à Paris. En finale, les coéquipiers de Magic Johnson (MVP du tournoi) ne s’imposent que de deux malheureux points (116-114).
L’irrésistible ascension badalonaise se confirme avec un deuxième titre de champion d’Espagne en 1992 et une finale de l’Euroleague à Istanbul (défaite 71-70 contre le Partizan Belgrade sur un shoot à la dernière seconde de Sasha Djordjevic). Deux printemps plus tard, c’est la consécration avec un succès dans la compétition suprême, à Tel-Aviv : 59-57 face à l’Olympiakos en finale. Villacampa portait le brassard.
Badalone s’adjugea aussi la Copa del Rey en 1997. L’Espagne termina 9e des Jeux de Barcelone. La carrière de Jordi s’acheva en 1997, à 34 ans. Depuis 2000, le natif de Reus occupe la présidence du club. Sous son mandat, le club a enlevé une Eurocup (avec Rudy Fernandez, Ricky Rubio et Jérôme Moïso), une Copa del Rey et une Coupe ULEB. Son maillot n°8 a été retiré en 1997. Dans les décennies 80 et 90, il se sera imposé comme l’un des scoreurs les plus prolifiques d’Europe et l’un des meilleurs ailiers du continent. Villacampa totalise 513 matches et 8 980 points sous les couleurs de la Joventut plus 158 sélections. Il participa à deux Olympiades (1988, 92), trois championnats du monde et quatre Euros. Il établit un record en inscrivant 48 points contre le Venezuela lors du Mondial 1990.
« Le titre européen de 1994 fut le plus grand moment de ma carrière, expliquait-il sur le site officiel de l’Euroleague. Il n’y a pas de titre plus prestigieux qu’un club européen puisse espérer remporter. Et je le redis : nous l’avions perdu deux ans plus tôt alors que nous avions la rencontre face au Partizan en main. Notre premier titre de champion d’Espagne, en 1991, fut également quelque chose de très grand. (…) Pour ce Final Four à Tel-Aviv, on ne voulait pas se mettre trop de pression. Et nous avons réussi. Le matin précédant la demi-finale face à Barcelone, nous sommes allés au zoo. Je me souviens que Corny Thompson avait conduit une voiturette de golf. Il disait qu’il était crevé. Le matin précédant la finale, nous avons fait la même chose en allant cette fois dans un parc d’oiseaux. Notre coach, Zeljko Obradovic, voulait disputer deux matches à petit score. Nous n’avions pas la meilleure équipe. Aussi, cela augmentait nos chances de victoire. (…) J’ai ressenti une immense joie. On attendait ce couronnement deux ans plus tôt et louper le titre nous avait fichu un sale coup. Ce jour d’avril 1994 à Tel-Aviv, nous avons chassé les fantômes du passé. La première chose que j’ai faite sur le parquet fut d’enlacer mes coéquipiers et amis Ferran Martinez et Rafa Jofresa. »

Ricardo BARRANCO / MONDIAL BASKET

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