Coupe du Monde

Jonny Wilkinson, God save the King ! (2/2)

C’est au son de l’hymne « God save The Queen », dans un Stade de France acquis à sa cause, que Jonny Wilkinson a tiré sa révérence sous les couleurs toulonnaises, en 2014. Fin de carrière en apothéose avec un doublé historique Top 14-H Cup, le premier depuis celui du Stade Toulousain en 1996. Retour sur le parcours d’un rugbyman de légende, un homme qui a autant impressionné par son aura sur le terrain que par sa discrétion et son professionnalisme en dehors.

C’est James Haskell, le troisième ligne aile du XV de la Rose, qui ose la comparaison : « Avec ce qu’il a fait pour le rugby, l’exemple qu’il a été, le fait qu’il ait réussi à rester un grand joueur en dépit de tout ce qu’il a connu, Jonny est l’équivalent de David Beckham. Il a mis le rugby sur la carte du monde. Il a gagné une Coupe du monde. Et il est terriblement humble. » Wilkinson est un parfait gentleman. Tous ceux qui l’ont côtoyé au cours de sa carrière s’accor­dent pour souligner les grandes qualités morales du bonhomme. Un garçon attachant. Un type réellement amoureux de son sport, dont il fut un remarquable ambassadeur.
Poli, disponible, Jonny était toujours prêt à signer des autographes. Il a participé à la médiatisation de sa discipline par ses exploits sur le rectangle vert mais aussi par sa personnalité. C’était le meilleur modèle possible. « Moi, ce qui m’intéresse chez Wilkin­son, c’est ce qu’il est en dehors du terrain, sa simplicité, sa remise en question permanente. C’est un exemple pour les jeunes. En le regardant faire, on comprend que même les plus grands continuent à tra­vailler pour rester performants. Il a une capacité de travail inimagi­nable ! Il continue de bosser alors que depuis plusieurs années, tout le monde dit que c’est le plus grand. Cet investissement, son humilité, sa gentillesse, sa classe, voilà ce que je retiens de lui. » Commentaire signé Guy Novès, l’ex-manager de Toulouse qui prendra les rênes de l’équipe de France après la Coupe du monde en Angleterre.
A l’instar du footeux, l’ouvreur véhicule une image de beau gosse. Son goût pour les contacts n’y change rien, son visage de gendre idéal, sa chevelure blonde et ses rides frontales, qui semblent expri­mer une inquiétude extrême, lui assurent un certain succès auprès de la gent féminine. « Costaud, silencieux, légèrement handi­capé émotionnellement et d’une platitude rassurante. Il n’est peut-être pas la chope idéale mais il est certainement l’Anglais parfait », dit de lui une journaliste du « Telegraph ». Le sondage d’un magazine féminin réalisé après la Coupe du monde 2003 en fait l’homme le plus séduisant d’Angleterre. Quand ce n’est pas le « mec le plus baisable » (sic) du Royaume-Uni.
« C’est un phénomène, un type avec une gueule incroyable, à la Robert Redford, commente Vincent Moscato, le trublion de RMC. C’est un gars qui est capable, en étant introverti, de faire se lever les foules. Il est médiatisé dans son sport pour la qualité de son jeu mais aussi pour son côté naturel, authentique. » Modèle chez Hackett et Adidas, « Wilko » a préparé la suite de sa carrière en se lançant dans le stylisme. Il a créé sa marque, Fineside, en 2011 dans le créneau « casual sportswear », aidé par son frère Mark.

III. Renaissance à Toulon
S’il est resté fidèle à son club de toujours, « Wilko » n’est plus en odeur de sainteté à Newcastle à la fin de la décennie 2000. Sa carrière a connu trop de heurts et les Falcons veulent des résultats. L’antagonisme entre les deux parties est marqué : la direction fait valser un effectif où la confiance s’étiolait, Jonny réclame stabilité et persévérance pour créer un climat serein et travailler sur la durée. Sa vie sportive s’est figée sur le drop victorieux face aux Wallabies. Il doit trouver une façon de relancer sa carrière. L’heure du départ a sonné. En 2009, il traverse la Manche, direction Toulon. Pour Steve Bates, son coach à Newcastle jusqu’en 2003, « Jonny est parti au bon moment ». Il n’était pas seulement question de rugby. L’ouvreur voulait échapper à la frénésie médiatique qui rendait son quotidien invivable. La France représente une alternative idéale avec l’un des championnats les plus relevés au monde.

La « Dream Team » du RCT
Sur la Rade, Mourad Boudjellal est en train de monter une authentique « Dream Team ». Le président du RCT prend des risques en engageant un joueur souvent aperçu à l’infirmerie mais l’arrivée d’une légende comme « Wilko » donne du crédit au projet. Jonny est séduit par l’aventure : le recrutement toulonnais, impres­sionnant, lui permet de jouer avec d’anciens adversaires ou coéquipiers illustres au sein d’un effectif résolument tourné vers l’international. Sa personnalité discrète et réservée contrebalance celle d’un président qui n’a pas sa langue dans la poche et qui n’hésite pas à bousculer le petit monde du Top 14. Jonny maîtrise le français, une langue qu’il a étudiée au lycée. Les rênes de l’équipe sont confiées à Philippe Saint-André, le plus anglais des entraîneurs français. Dans cette constellation de stars, « Wilko » impose sa présence rassurante et se voit très vite confier le brassard de capitaine. Son aura aide à canaliser les egos.
Le buteur emblématique du XV de la Rose retrouve de sa superbe. Il prend rapidement ses marques dans le championnat français comme en attestent les 17 points inscrits pour l’ouverture de la saison 2009-10 face au Stade Français. De bonnes prestations et un physique retrouvé lui valent d’être rappelé en équipe d’Angleterre. Cette première saison dans l’Hexagone s’achève sur une finale en Challenge européen (21-28 contre Cardiff) et une demi-finale de Top 14 (29-35 contre Clermont a.p.).
L’exercice suivant permet à Jonny de retrouver le parfum de la compétition européenne la plus prestigieuse. Une nouveauté pour le RC Toulonnais. L’aventure s’arrête en quarts de finale, sur une défaite 25-29 contre l’USAP. Avec les sujets de Sa gracieuse Majesté, Wilkinson remporte son quatrième et dernier Tournoi des VI Nations en tant que doublure de Toby Flood. Il participe à la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. Le XV de la Rose bute sur la France en quarts de finale (19-12). Ce sera le dernier match de « Wilko » en sélection. Il annonce sa retraite internationale peu de temps après.
Son bilan anglais (il n’est pas question ici de ses campagnes avec les Lions britanniques et irlandais) : 91 matches dont 79 en tant que titulaire, 73% de victoires, 1 179 points (6 essais, 162 transformations, 36 drops et 239 pénalités), 4 Coupes du monde disputées (1999, 2003, 2007, 2011), un titre de champion du monde (2003) et un titre de vice-champion du monde (2007). Ajoutez dix Tournois des V et VI Nations, un Grand chelem (2003) et trois victoires finales (2000, 2001, 2011). Enfin, il fut le deuxième joueur anglais le plus jeune appelé en équipe nationale (18 ans et 314 jours) derrière Colin Lair en 1927 (18 ans et 124 jours).
Le RCT poursuit son irrésistible ascension et s’installe dans l’élite du rugby français en atteignant la finale 2012 du Top 14, vingt ans après son dernier sacre (19-14 contre Biarritz). Les Varois échouent 12-18 face au Stade Toulousain. Fin d’exercice amère : trois semaines plus tôt, ils s’étaient déjà inclinés contre Biarritz (18-21) en finale du Challenge européen, dans un match sans essai.

Aiguisé comme une lame
Au printemps 2013, les Rouges et Noirs accèdent au dernier carré de la H Cup. En demi-finales, ils disposent des Saracens (24-12) dans une rencontre qui voit Jonny inscrire la totalité des points varois (performance déjà réalisée en quarts de finale face à Leicester). La finale se joue en terre irlandaise, à l’Aviva Stadium de Dublin, et elle est 100% française, mettant aux prises les mastodontes toulonnais et clermontois. « Wilko » signe une transfor­mation et trois pénalités dans une victoire 16-15 qui installe Toulon sur le toit de l’Europe. A quelques jours de ses 34 ans, il est, tel un phénix renaissant de ses cendres, désigné meilleur joueur européen par l’European Rugby Cup. Le doublé historique échappe aux hommes du président Mourad Boudjellal, piégés en finale du Top 14 par Castres (19-14). Anormalement maladroit, Jonny voit quatre tentatives déviées par les poteaux.
Ce n’est que partie remise. Il était écrit que cette « Dream Team » version rugby prendrait le pouvoir. Elle a mis à sa botte, coup sur coup, l’Europe (23-6 contre les Saracens en finale de H Cup) et le Top 14 (18-10 contre Castres en finale au printemps 2014). Fidèle à ses principes, répétant inlassablement ses gammes tel un stakhanoviste de l’ovalie – pour reprendre la formule chère à Mourad Boudjellal -, Jonny avait préparé les deux échéances qui concluraient sa prestigieuse carrière comme à son habitude. Malgré la pression, augmentée par l’officialisation de son retrait des terrains, il n’a pas manqué son rendez-vous avec l’histoire. Ciao, l’artiste ! Et merci pour tout.

Julien MAURIES / UNIVERS DU RUGBY

Son bilan toulonnais
Matches : 102 dont 93 comme titulaire
Points : 1 391 (4 essais, 135 transformations, 328 pénalités, 39 drops)
Palmarès : Top 14 2014, H Cup 2013 et 14.

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