Coupe du Monde

Jonny Wilkinson, God save the King ! (1/2)

C’est au son de l’hymne « God save The Queen », dans un Stade de France acquis à sa cause, que Jonny Wilkinson a tiré sa révérence sous les couleurs toulonnaises, en 2014. Fin de carrière en apothéose avec un doublé historique Top 14-H Cup, le premier depuis celui du Stade Toulousain en 1996. Retour sur le parcours d’un rugbyman de légende, un homme qui a autant impressionné par son aura sur le terrain que par sa discrétion et son professionnalisme en dehors.

Samedi 31 mai 2014. La finale du Top 14 vient de s’achever. Dans les coulisses du Stade de France, Jonny Wilkinson est partagé entre plusieurs sentiments. Il y a l’allégresse du titre de champion de France, un trophée après lequel Toulon courait depuis 22 ans. Il y a l’honneur d’être le capitaine du premier club français à réaliser le doublé Top 14-H Cup depuis le Stade Toulousain en 1996. Mais il y a aussi la tristesse et la peur face à l’inconnu au moment où s’ouvre une retraite pourtant méritée.
« Je ne sais pas trop ce qui m’attend, confiait la légende du rugby anglais à LCI après avoir livré, contre Castres (18-10), son tout dernier match. J’ai commencé ma carrière professionnelle à l’âge de 18 ans et à partir de ce moment-là, je n’ai pensé qu’au rugby. J’ai tapé dans un ballon tous les matins. Alors, je ne sais pas exactement ce que je vais faire maintenant. Ça me fait peur… J’ai eu le privilège de faire quelque chose que j’adorais pendant la moitié de ma vie et c’est tout ce que je sais faire. C’est comme quand je pars en vacances. Les deux premiers jours sont magnifiques, le troisième est horrible… Au moins, je savais que la saison arrivait cinq ou six semaines plus tard. L’équipe, les joueurs, l’énergie positive, la pression, les déceptions, les grands moments, tout ça va me manquer. » Wilkinson n’a plus à s’inquiéter de son avenir puisqu’il a intégré le staff varois. Il ne quittera donc pas totalement ce jeu.

I. Des débuts à la consécration
Que de chemin parcouru entre le 25 mai 1979, jour qui vit naître l’ouvreur anglais dans le comté de Frimley, et ce 31 mai 2014 à Saint-Denis ! Pendant 35 ans, la légende de Jonny Wilkinson se sera écrite en lettres majuscules, de Newcastle à Toulon en passant par Twickenham.

Et Jonny devint Wilkinson
Jonny grandit dans une famille où la pratique du sport est une affaire sérieuse. Sa mère Philippa a joué au squash pour le comté, son père est un ancien joueur de cricket (très bon), son frère aîné Mark lui a transmis la passion du rugby. Le petit Wilkinson manifeste très tôt un penchant pour le travail bien fait. Il se met une telle pression que son père doit s’arrêter en route en l’emmenant aux matches : la star en herbe est prise de vomissements… En 2008 dans le « Guardian », Jonny racontait : « J’ai commencé à 4 ans et jusqu’à disons 13 ans, j’ai juste pris du plaisir. Non, peut-être moins que ça. Jusqu’à 10 ans. »
Jonny se démarque dès le lycée et suit son entraîneur, Steve Bates, promu à la tête des Falcons de Newcastle. Son éclosion au plus haut niveau est rendue possible grâce à l’influence de Steve Black qui lui livre les clés de la préparation mentale. Jonny se dote des qualités – concentration, sang-froid – nécessaires pour affronter la compétition de haut niveau. Son entraîneur se souvient : « Steve fut une figure déterminante dans son développement. Il est difficile d’imaginer la trajectoire qu’aurait suivie Jonny s’ils ne s’étaient pas connus. Steve l’a encouragé et lui a appris comment avoir confiance en lui. Il l’a aidé à dompter le doute. »
En 1998, « Wilko » est appelé en équipe nationale pour la fameuse tournée de juin. Tournée infernale marquée par de nombreux forfaits sur blessure et une humiliation 76-0 face aux Wallabies. « A l’époque, déjà, il faisait preuve d’une grande force de travail », témoigne son ancien camarade de sélection Richard Hill. L’ouvreur se console avec le titre de champion d’Angleterre acquis la même année.

L’excellence par le travail
Jonny commence à tutoyer les sommets grâce à un investis­sement hors normes. Il enchaîne inlassablement les séances de « goal kicking » après les entraînements. Entre deux et quatre heures par jour. C’est Steve Black qui encourage cette forme d’acharnement. Perfectionniste, Wilkinson ne veut rien laisser au hasard. Longtemps, il vécut comme si une caméra imaginaire filmait ses moindres faits et gestes. En 2005, il racontait au « Guardian » : « J’essaie de respecter cette philosophie. Chaque soir, quand je me couche, je veux avoir le sentiment d’avoir fait abso­lument tout ce qu’il fallait pour avancer dans ma vie. J’ai besoin de cette autosurveillance permanente. Se fixer des objectifs et les atteindre est crucial. »
Cette obsession de la perfection n’est pas isolée, elle est la marque des grands champions. Mais souvent, perfection et obsession alimentent un égocentrisme exacerbé. Pas chez Wilkinson. S’il possède des qualités de leader indéniables, l’Anglais est très discret en dehors des terrains et notamment en société. « Quand je quitte le stade, je ne suis pas très bon… », commente-t-il avec humour. Toulon lui offrira un cadre idéal pour concilier vies publique et privée, loin de l’agitation des tabloïds anglais.

Le meilleur joueur du monde
Sir « Wilko » restera un modèle pour des générations entières de rugbymen. Ses performances individuelles furent frappées du sceau de l’excellence. Au début du troisième millénaire, la pré­cision de son jeu au pied (aussi bien le droit que le gauche) trauma­tise les poteaux adverses et pose les bases des plus grands succès. L’année 2003 restera un millésime à part. Reçu 5 sur 5 dans le Tournoi des VI Nations, « Wilko » la conclut sur un titre de champion du monde en Australie. Il est décisif en phase finale, inscrivant 23 des 28 points du XV de la Rose contre le Pays de Galles en quarts de finale (28-17) et l’intégralité des points anglais contre la France en demi-finales (24-7). Ajoutez le drop décisif durant la prolongation de la finale pour arracher la victoire 20-17 face aux Wallabies. Wilkinson accède au rang de star mondiale du rugby. Icône planétaire, il est élu sportif de l’année par la BBC et l’International Rugby Board.
Jonny Wilkinson, ce n’est pas seulement l’athlète qui excelle dans sa discipline, c’est aussi l’homme sain de corps et d’esprit, prompt à s’excuser auprès d’un adversaire pour un plaquage un peu rude. Le buteur venu d’outre-Manche est l’incarnation même des valeurs de l’ovalie, le sport de voyous joué par des gentlemen. Viril mais correct. En 2003, « Wilko » est au sommet de sa gloire, au point d’être anobli par la reine à seulement 24 ans.

II. Les années galère
Cette popularité grandissante est dure à vivre pour un homme qui tient à son espace privé et qui aime la discrétion autant que la quiétude. Il n’est pas fait pour vivre sous les feux de la rampe. Sur le sol britannique, la pression est permanente. Jonny a droit à tous les honneurs. On l’invite partout. Les attentes sont élevées. La « Wilkomania » bat son plein. La victoire en Coupe du monde porte sa griffe. Il incarne ce succès historique, un peu comme notre Zinédine Zidane national après 1998. L’après-Mondial est délicat à gérer pour l’Anglais.

Le physique lâche, le mental aussi
Jonny ne s’économise toujours pas à l’entraînement. Cela se réper­cute sur sa technique mais aussi et surtout sur son physique. L’année 2004 s’ouvre sur une première blessure à l’épaule. Elle le prive des campagnes avec la sélection (VI Nations, tournée d’été) et c’est en spectateur qu’il assiste au sacre de ses coéquipiers de Newcastle en Coupe d’Angleterre.
Suivront des mois de galère avec une blessure à un genou en janvier 2005, un traumatisme du plexus brachial lors de la tournée des Lions britanniques et irlandais en mai (il dispute là son premier match international depuis la Coupe du monde 2003) et une hernie provoquée par des entraînements intensifs (au moins deux heures de tirs au but, on le rappelle). Malgré les pépins (déchirure d’un ligament du genou en septembre 2006, douleur au rein), « Wilko » est encore capable de coups d’éclat quand il peut se mettre en tenue. Dans le Tournoi 2007, il prend part au rendez-vous contre l’Ecosse (42-20), inscrit 27 points et se voit désigné Homme du match. Durant la rencontre suivante, face à l’Italie, il devient le rugbyman ayant marqué le plus de points dans l’histoire du Tournoi.
Ménagé pendant la Coupe du monde 2007 suite à ses nombreuses rechutes, Jonny devient le meilleur marqueur de l’histoire de la compétition face à l’Australie, en quarts de finale (12-10). Il apporte 9 des 12 points du XV de la Rose, noircit à nouveau les livres de records en participant à une deuxième finale de Coupe du monde consécutive mais voit la Coupe Webb Ellis lui échapper, cette fois, au profit des Springboks (6-15 en finale).

Merci, Bouddha
Cette période qui s’étale de 2004 et 2009 (56 matches à son actif) est un calvaire, aussi bien physiquement que moralement. Les blessures, les rééducations et les rechutes successives minent le moral de Jonny qui doit faire face à une avalanche de critiques. Sa place de titulaire en sélection est contestée. Compétiteur né, il vit très mal la défaite et l’éloignement du terrain et finit par tomber en dépression.
L’Anglais trouve du réconfort auprès de ses proches mais aussi dans le bouddhisme. Il parle de cette phase éprouvante dans son autobiographie (« Mémoires d’un perfectionniste », éditions JC Lattès) : « C’est le grand tournant de ma vie, le début d’un voyage spirituel. » La pensée bouddhiste est une source d’inspiration. Il en suit les préceptes. « Etre gentil avec les gens et voir le positif en chaque chose. » Wilkinson réapprend à prendre du plaisir sur le terrain. Les entraînements font office de séances de méditation. Là, il se sent « dans la zone ».

Julien MAURIES / UNIVERS DU RUGBY

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