Équipe de France

Jimmy Vérove, on ne vit que deux fois

A quoi tient une vie, une carrière, un bonheur ? Au début de la saison 1992-93, Jimmy Vérove frôle la mort sur son lit d’hôpital. Il postérize la grande faucheuse et reprend sa place sur le parquet dans les rangs du CSP. Le fils de Yves-Marie s’offrira le doublé Pro A-Euroleague…

A peine savait-il faire la différence entre le lait maternel et son biberon qu’il lui fallait déjà distinguer un jump shot d’un double pas. Précoce, Jimmy Vérove. Vingt-deux ans plus tard, avec un titre de champion d’Europe des clubs et un titre de champion de France, on se dit que, pour lui, la vie a été un long fleuve tranquille. Vrai… et faux. « Le basket, je suis né dedans puisque mon père était un joueur de haut niveau. »
Yves-Marie, 38 fois international, champion de France 1973 et 74 avec Berck, dégaine de cow-boy. C’est lui qui a appris les rudiments de la vie au petit. « Le défi. Toujours et rien que ça. Il me chambrait en permanence. »
Papa était une star au caractère bien trempé. Le fils dut se faire un prénom. Souci d’indépendance. Mais volonté aussi d’imiter ses héros. « Gamin, c’était mon père. Adolescent, c’était mes coéquipiers, comme Richard Dacoury que je côtoyais régulièrement. J’ai toujours envié leur réussite. J’ai toujours voulu être comme eux. J’étais un privilégié : je vivais à côté des stars, je voyais leur comportement hyper professionnel, j’admirais leur talent. Je découvrais que le travail était à la base de tout. Pour y arriver, je devais les imiter à la perfection mais aussi y mettre beaucoup de moi. »
A 22 ans, l’âge de la démonstration a sonné. Jimmy pose définitivement ses valises dans un coin qu’il connaît comme sa poche : Limoges, son club formateur de 1988 à 90. « Je venais de passer deux ans loin du Limousin. La première année à Villeurbanne. Un très mauvais souvenir. J’ai eu sept entorses dans la saison, le coach (ndlr : Dominique Richard) ne me comprenait pas. J’étais là pour bosser, progresser, lui me trouvait plutôt apte pour le banc… J’avais la rage. Aussi, je suis parti à Mulhouse, coaché par un super mec, Chris Singleton. Mes stats et mon volume de jeu ont pris une autre tournure. »
Une progression que Bozidar Maljkovic demande à tester. Nouvelles couleurs pour Limoges (jaune éclatant), nouveaux repères pour Jimmy. Nous sommes en 1992. « Maljkovic, je ne le connaissais pas… J’ai dégusté. Tu souffres énormément mais quand tu vois la récompense, le plaisir est immense. »
Cette réussite a pourtant failli lui tourner le dos. A l’intersaison, Jimmy revient d’une campagne européenne avec les Espoirs français. Fier de sa médaille de bronze. Heureux d’avoir respecté la tradition familiale. Papa, en seniors, et Franck, l’aîné d’un an, en Espoirs, avaient connu les honneurs de la sélection nationale. La légende de Jimmy est en train de s’écrire. Mais un staphylocoque va transformer le retour aux sources en marche funèbre. La gloire attendra. Sur son lit d’hôpital, l’arrière-ailier de 1,96 m tient par la force de son courage.
« Là, tout fout le camp. Tu t’accroches grâce à l’amitié de tes proches. Richard Dacoury, Marc M’Bahia, Didier Rose et Jim Bilba sont venus me voir. Pour le restant de mes jours, ils peuvent me demander ce qu’ils veulent. Les dirigeants du club ne m’ont pas laissé tomber eux non plus. »

Le joueur préféré de ces dames
Jimmy est un enfant du Nord. Né à Gravelines, il a fait ses premières gammes à Berck. L’enfer, il connaît. C’est un pur Ch’ti qu’on berçait en racontant la fabuleuse époque des basketteurs nordistes. Un cocktail à base de courage, de témérité et de fierté. Trois caractères qui symbolisent le personnage. La maladie trépasse, la saison commence sans lui. Limoges est une forteresse, les adversaires succombent. Quelques mois plus tard, Jimmy est de retour. « J’avais perdu du poids, j’étais maigrichon. Mais mes jambes, ce n’était plus des muscles, c’était de la dynamite ! Je voulais tout donner. »
Cette fougue, Maljkovic le stratège va la canaliser pour étouffer les meilleurs gâchettes d’Europe. Terry Teagle, Toni Kukoc, Sasha Danilovic, Zarko Paspalj, Branislav Prelevic, José Biriukov… Tout ce que le continent compte de superstars. Mais dis, t’avais pas peur des gros minets ? « Tu as vu les entraînements que je me suis tapés ? Y’avait Michael Young dans mon équipe… Quand tu passes ton temps à défendre sur lui, tu n’as qu’une seule envie à la fin : lui couper les bras. II t’écœure. Lorsque tu arrives en match, tu es blindé. C’est même une balade. »
Mais les coups, Jimmy va en prendre au lieu de les filer. « Contre Bologne, Sasha Danilovic était tellement énervé qu’il a voulu m’éclater. Je n’ai pas eu mal, au contraire : ça fait du bien de savoir que tu peux faire craquer un joueur que tout le monde admire… »
Quand cette détermination mène au sommet du basket européen, c’est un délice. Prenez le Final Four. Un moment unique que Jimmy avait connu en 1990 à Saragosse avec Limoges (3e place après une victoire 103-91 sur l’Aris Salonique). Vérove n’avait joué que quelques secondes. En 1993 à Athènes, ce n’est plus pareil. Limoges est conquérant, Vérove déterminant. C’est un battant. Un gagneur. Un joueur qui carbure à l’énergie et à l’enthousiasme. « Notre force, ce fut un changement de mentalité radical par rapport à tous les autres clubs en France. Ailleurs, tu penses d’abord à toi, après aux autres. Amuse-toi à ça ici, t’es bon pour le banc, quel que soit ton standing. »
Le Real Madrid et le Benetton Trévise vont déguster la potion limougeaude. Magique, cet instant où vous savez que vous êtes le meilleur sur le continent. « J’étais tellement ému que je n’arrivais pas à pleurer… »
Les larmes des autres auront un goût de champagne et une saveur de revanche. Heureux, Vérove ! Après le calvaire, la joie est encore plus intense. Le paradis a un visage humain, celui de Jimmy. Le fils a surclassé le père, vainqueur de la Coupe Korac en 1982 avec Limoges. Jimmy a écrit sa propre histoire, aussi belle que les plages de la Guadeloupe de son inséparable pote Jim Bilba (Jim et Jimmy, ça fait forcément la paire). Pour ne rien gâcher, Vérove a la cote auprès de ses dames. Les supportrices de Beaublanc n’ont d’yeux que pour le beau gosse du CSP.
A son départ du CSP en 1995, son palmarès affichait déjà complet. L’Europe, donc (1993). La Pro A (1989, 90, 93, 94). La Coupe Robert Busnel (1994, 95). La Semaine des As (1990). Jimmy passe un an à la CRO Lyon. Une saison à Dijon. Descendu en Pro B, il défend les couleurs de l’Etendard de Brest, coaché par son père, titre de MVP à la clé. En 2000, après un passage par Gravelines et Besançon, il est de retour en Bretagne. Il y sera sacré champion de France de Pro B en 2005, toujours sous les ordres de « Daddy ». L’aventure ne pouvait s’achever ailleurs qu’à Berck, l’équipe qu’il avait quittée comme junior en 1988. Après une pige à Landerneau (N3), retour dans le Nord. En 2011, Jimmy y est sacré champion de France de Nationale 3.
Vérove Fils a été sélectionné 6 fois en équipe de France A entre 1991 et 93. Sa carrière internationale débuta contre l’Italie et s’acheva contre la même équipe.

Constant NEMALE / MONDIAL BASKET


Vis Mon Match, Saison 1 - Épisode 12 "L... par pb86

Populaires

To Top