Équipe de France

Jim Bilba, Jim Tonic

« Gentleman Jim » n’était pas le meilleur attaquant du monde mais il avait un cœur énorme, une grosse détente et le sens du spectacle. Dunkeur et contreur redoutable, ce véritable guerrier des parquets compta parmi les meilleurs défenseurs du Vieux Continent. Bilba fut l’un des éléments-clés du titre de champion d’Europe décroché par Limoges en 1993.

Guadeloupe, Pointe-à-Pitre. Décor de carte postale. Le rêve. Le soleil, le sable chaud, les sorties avec les copains. La fête non-stop sur l’île où l’on tape sur les CRS (punch Citron-Rhum-Sucre) à volonté. Bienvenue dans l’univers paradisiaque de Jim Bilba. Quand on est là-bas, on n’a pas vraiment envie de s’en aller. Mais question avenir, y’a pas grand-chose à faire. Sur l’île, le sport est roi. On ne résiste pas à la tentation de taper dans le ballon à la sortie de l’école. « Je jouais au foot avec tous mes copains. C’est le sport le plus reconnu chez nous. Là-bas, Zico, Diego Maradona, Marius Trésor ou Gérard Janvion (ndlr : anciens internationaux français) sont des dieux », explique-t-il de sa voix douce et sucrée aux intonations créoles.
Un jour, les copains se dirigent vers un terrain de basket. Jim a 13 ans, il suit le mouvement. Sympas, ses potes se chargent de lui apprendre les règles. Souvenirs : « Il fallait mettre la balle dans ce foutu panier. Un vrai cauchemar… Par défi, je suis revenu. J’étais plus grand que mes copains mais eux étaient diablement plus adroits. Certains smashaient alors qu’ils faisaient une tête de moins que moi. Et bien sûr, le dunk était le geste de référence pour se faire remarquer. Moi, je n’étais pas coordonné du tout. Je ne pouvais pas le faire avec un ballon de basket. Alors, j’ai commencé à m’entraîner avec une balle de tennis, puis avec mon petit ballon de plage et enfin avec une vraie balle orange. »
Six mois après avoir posé le pied sur la planète basket, Bilba s’inscrit à Ban é Lot, le club de sa ville. A l’école, ça ne marche pas fort. Jim est en Troisième et veut faire un CAP d’électronique. Pas de solutions sur l’île. Maman prend les choses en main. Deux entraîneurs du club lui certifient que son fils peut faire du basket en métropole, poursuivre ses études et trouver un boulot. L’idéal, quoi ! En secret, elle prend contact avec un agent. Jim se souvient : « Quand ma mère m’a appris que j’allais partir, j’étais profondément choqué. A 17 ans, j’avais la sensation que l’on me déracinait. Je m’éloignais de mes copains, de mon frère et de mes trois sœurs. »
Pour tous les efforts fournis par sa mère, il va se jurer de réussir. Mais elle pose ses conditions. « Elle voulait que je soigne mon genou récalcitrant. En avril 1986, je me suis fait opérer du ménisque. Fin juin, je posais mes valises en métropole. »
Pas forcément l’idéal pour débuter une carrière. Recalé à Orthez, il tente sa chance à Cholet. Où il séduit. « Je suis arrivé dans la bonne équipe au bon moment et dans de bonnes circonstances. » Le mal du pays s’efface progressivement devant sa réussite sportive avec le club des Mauges. Son statut d’espoir lui ouvre les portes d’un brillant avenir. « Il avait un potentiel énorme, en particulier une détente naturelle impressionnante. Ce n’était pas un fainéant, il a toujours eu une immense volonté de travailler », constate Laurent Buffard, son formateur.
Jim est petit pour un intérieur (1,98 m pour 105 kg). Il n’a pas de tir à mi-distance mais compense par sa détente. « J’ai appris à jouer contre des grands, plus costauds et expérimentés que moi. Il me fallait être près du panier pour marquer. J’avais peur de ne pas être à la hauteur. »
Jean Galle, coach de Cholet de 1987 à 89, va faire de lui une terreur défensive. Bilba se coltine ailiers et intérieurs sans distinction. Aller au charbon devient sa spécialité. Bon, question adresse, il faudra repasser… « J’étais le sixième homme idéal de l’équipe. C’est vrai, mon tir à mi-distance était minable. Chaque fois, l’entraîneur blessait mon orgueil en me proposant une opération chirurgicale impossible : me greffer la main de Graylin Warner (ndlr : gâchette américaine de Cholet)… »
Jim comprend le message. A chaque fin d’entraînement, il prend sa dose de tirs. Une bonne centaine. Mais ce spécialiste du contre aime avant tout dunker. « Comme je n’avais pas de shoot, mes entraîneurs me disaient toujours : « Smashe, cela fera 2 points et tu auras peut-être un lancer bonus. » »

« Face à Sabonis, Fasoulas, Radja, je me trouvais inutile »
Jim écoute et applique. L’entraîneur national, Francis Jordane (en poste de 1988 à 93), apprécie son travail. « On connaissait ses qualités défensives. Maintenant, il a un registre offensif considérable – car il s’est doté d’un petit shoot extérieur fiable – qui fait de lui l’un des meilleurs intérieurs français. »
Bilba est le pilier du présent et du futur pour la sélection. Et ce statut de tricolore ajoute à son bonheur. « Lorsque j’ai reçu, un matin de 1989, ma première convocation pour l’équipe de France, je n’y croyais pas. Je me suis pincé, je ne rêvais pas… J’étais le plus heureux des hommes. J’ai défendu sur Arvydas Sabonis, Panagiotis Fasoulas ou Dino Radja. Je me trouvais inutile et me demandais, face à de telles montagnes, si j’étais bien basketteur. Mais j’aime relever les défis, alors je me suis accroché. »
Comme toujours. Jim est un guerrier des parquets qui ne vit que pour le sens du spectacle et pour hurler son slogan : « Jim Tonic, le basketteur qui désaltère les panneaux »… Et « Jimbo » a soif. Il veut des titres, il veut progresser, il veut s’imposer. Alors en 1992, il quitte Cholet, ses potes, ses habitudes. L’évolution passe par une mutation. Direction Limoges pour remplacer Stéphane Ostrowski, parti à l’Olympique d’Antibes Juan-les-Pins.
« Gentleman Jim » rejoint le CSP – qui troque le vert contre le jaune – au meilleur moment. Dans le schéma ultra-défensif de Bozidar Maljkovic, Jim joue sur du velours. Du fait de sa taille, il se coltine souvent des intérieurs plus grands, plus massifs et plus puissants mais il compense son handicap par une présence athlétique et un sens du placement hors normes. C’est le joueur d’équipe par excellence. Dévoué à l’équipe et habité du sens du sacrifice. Jim dunke comme un malade. Défend comme un mort de faim. Contre avec l’énergie du désespoir. A son poste d’ailier fort, il deviendra l’un des meilleurs défenseurs du continent.
Cette campagne 1992-93 est celle de tous les bonheurs. Premier titre de champion de France. Et surtout le titre suprême en Euroleague. Le premier d’une équipe tricolore à l’échelle du continent puisque l’Olympique de Marseille ne remportera la Coupe d’Europe des clubs champions qu’en mai. Les héros limougeauds se nomment Michael Young, Richard Dacoury, Juric Zdovc, Frédéric Forte… Dans la finale contre le Trévise de Toni Kukoc et Terry Teagle, le natif de Pointe-à-Pitre rapporte 15 points, 8 rebonds, 2 interceptions et 1 contre. Son plus bel exploit fut peut-être de succéder aussi aisément et rapidement à une valeur sûre comme Stéphane Ostrowski.
Bilba dispute un deuxième Final Four en 1995 à Saragosse (4e place). En 1996, il rejoint l’ASVEL. Villeurbanne s’invite au Final Four de l’Euroleague organisé à Rome au printemps suivant mais Jim n’est pas de la partie. L’équipe a obtenu son billet en allant s’imposer 62-57 à Istanbul, sur le terrain de l’Efes Pilsen, le 3 avril. La fin de match dégénère avec des supporters turcs déchaînés. Les projectiles pleuvent. Jim court vers les vestiaires. Poussé contre une porte vitrée qui se brise, il est victime d’une rupture des ligaments du pouce qui le prive du rendez-vous italien. Les coéquipiers de Delaney Rudd perdront leurs deux rendez-vous face à Barcelone et Ljubljana et termineront 4es. Bilba est à deux doigts – sans jeu de mots – de stopper sa carrière mais il reprendra sa place sur les parquets.
Quatre fois, il atteindra la finale du championnat. Quatre fois, le titre se refusera aux joueurs de Greg Beugnot. Défaite 0-2 contre le PSG Racing en 1997. Défaite 0-2 contre Pau-Orthez en 1999. Défaite 1-2 contre Limoges en 2000. Défaite 1-2 contre Pau-Orthez en 2001. Après une pige à l’AEK Athènes, « Jim Trampoline » et un passage éclair en Espagne, à Vitoria, il revient, à 34 ans, dans le club de ses débuts. C’est là qu’il met un terme à sa carrière en 2007.
Depuis 2008, Jim Bilba est entraîneur adjoint aux côtés d’Erman Kunter. Marié et père de trois enfants, il a été international à 170 reprises. Le sommet de l’aventure tricolore fut bien évidemment la médaille d’argent obtenue à Sydney en 2000 lors des Jeux Olympiques. Dès 1996, il obtint le brassard chez les Bleus. Au championnat d’Europe, il termina deux fois 4e (en 1999 à Paris et en 1991 à Rome), deux fois 6e (en 1989 à Zagreb et en 2001 à Istanbul), une fois 7e (en 1993 à Munich) et une fois 8e (en 1995 à Athènes).

Constant NEMALE / MONDIAL BASKET

Palmarès
Champion d’Europe en 1993
4e de l’Euroleague en 1995 (Limoges) et 97 (ASVEL)
Champion de France 1993 et 94
Champion de Grèce 2002
Vainqueur de la Coupe Robert Busnel en 1994 et 95
Vainqueur de la Coupe de France en 1997 et 2001
Médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Sydney
MVP de Pro A 1998 et 2001
MVP du All-Star Game 1993 et 2000
12 fois All-Star
All-Star européen 1999
Joueur le plus adroit de Pro A (66.8%) en 1995
Champion de France Espoirs 1988 et 89


Légendes du basket français - Jim Bilba par FFBB

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