Équipe de France

Jean-Marc Sétier, JMS comme « Je me surpasse »

C’est l’histoire d’un gendre idéal qui gravit patiemment les échelons avec talent, patience et sagesse. Couvé par Richard Dacoury, Stéphane Ostrowski et Michael Brooks à Limoges, l’élève Jean-Marc Sétier mérita toutes les attentions.

Bien, bien, le garçon ! Style gendre idéal. Tête bien faite, propre sur lui, diplômé d’un bac hautement scientifique, écolo sur les bords et surtout basketteur de haut niveau. Voilà pour la carte de visite de Jean-Marc Sétier. Qui est donc ce blanc-bec qui s’incruste à 20 ans en équipe de France ? Bah, un p’tit gars du cru ! Plein centre de la France : Oyonnax, dans l’Ain, ville du plastique, à 50 bornes de Bourg « les poulets » en Bresse et tout et tout. Papa dirige le club, maman tient la trésorerie, le frangin fait ses classes en cadets. Tous couvent baby Jean-Marc qui s’essaie au basket en poussins.
« J’ai hésité entre basket et hand. Mon frère jouait, ça m’a tenté. Mon entraîneur, Régis Petit, originaire de Limoges, m’a branché sur les centres de formation. Là, c’est pile ou face : ça passe ou ça casse. Tu arrêtes tes études, tu t’en sors si tu es bon. Si tu es mauvais, tu te retrouves quasiment chômeur à l’arrivée après avoir seulement rêvé d’une carrière professionnelle. Je ne vais pas me plaindre car non seulement j’ai obtenu mon bac E (ndlr : dessin industriel) mais en plus, j’ai intégré très rapidement l’équipe première. Huit joueurs sur dix arrêtent leurs études. Soixante pour cent par la faute de parents parfois inconscients. Dans 20% des cas, le joueur ne sait pas ce qui lui arrive. Pour les 20 autres, c’est la faute du club qui pense – logiquement – davantage au basket qu’à l’intérêt du gamin. Moi, j’ai eu la chance d’avoir une famille qui ne m’a pas retenu et qui m’aurait même un peu poussé. »
Jean-Marc a cependant failli tout arrêter. Il est cadet. Le centre de formation de Dijon le signe mais il se blesse. Durement. La gamberge. Côté études, ça ne suit plus. Il y a la famille qui s’éloigne, le plâtre, les béquilles et la tête qui boite… « La vie se charge de nous faire mûrir », dit-il avec réalisme et assurance.
Car Sétier possède cette qualité première : une tête bien faite. Limoges l’appelle. Il réfléchit, croit rêver… et stresse. Sa force, c’est peut-être cette angoisse perpétuelle qui l’oblige à s’appliquer.
« C’est vrai que la première fois que j’ai été testé par Limoges, club leader du championnat (ndlr : en 1989), je n’étais pas fier. Et puis au bout de deux mois, l’assistant coach, Fred Sarre, m’a annoncé que je devais me tenir prêt pour l’équipe première. Je ne t’explique pas la première fois où Michel Gomez m’a dit d’enlever mon survet’… C’était contre Lorient. J’ai joué 30 secondes. Tu ne comprends pas ce qui t’arrives. Tu n’y crois pas. C’est un enchaînement, tu passes du rôle de spectateur à celui d’acteur. »
Pour « JM », intérieur de 2,06 m et 96 kg, la transition ne s’est pas mal passée. Et puis au contact des Stéphane Ostrowski et Michael Brooks, le métier rentre vite. « Ils ont été super avec moi. »
Le poussin sort vite de sa coquille. Réfléchi, bien conseillé, il se dirige vers Nancy, en Pro B, pour une saison, histoire de bénéficier d’un temps de jeu conséquent. Histoire aussi de sortir de l’anonymat.

Passionné de mécanique
« En réalité, la progression des jeunes est un cercle vicieux. Pour progresser, il faut jouer. Mais quand tu es jeune, eh ben, tu ne joues pas ! » Alors Jean-Marc se défonce sur le terrain. Il devient « JMS », « Je Me Surpasse » ! Spectaculaire, déterminé, audacieux. Calme et très cool dans la vie, il se découvre une âme de combattant une fois sur le parquet.
« Mon point fort, c’est sans doute ma rapidité par rapport à ma taille. Mon point faible se situe au niveau de mon gabarit, trop léger (ndlr : il fut pesé à 88 kg). Je n’en fais pas un complexe mais 6 à 8 kilos de plus me permettraient de lutter plus efficacement. Je compense par l’envie de gagner, d’être toujours à 100%. »
Lucide, le gamin. Et c’est vrai que sur un terrain, Sétier s’éclate. Pas de complexes, un jeu propre. Seuls un dribble et un shoot extérieur plus fiables seraient les bienvenus. A Levallois, où le natif de Vénissieux est prêté en 1992-93, son fameux temps de jeu s’accroît. Ses stats enflent, on le remarque, l’équipe de France le sélectionne. Pas évident pour un bidasse du bataillon de composer avec les devoirs militaires et les obligations professionnelles. « Je me levais tous les matins à 6h. Après 80 bornes, je me retrouvais à l’armée. Je rentrais et je m’entraînais avec Levallois. »
A défaut de grade, il se couvre de bronze avec les militaires. Mais les titres ne l’obsèdent pas plus que cela. « Le plaisir d’être champion, tu le savoures quand tu gagnes. Ça m’est arrivé avec Limoges en 1990 mais je n’en fais pas une fixation. A Levallois, je me sentais bien. »
Dès qu’il le peut, toutefois, le campagnard s’évade. Paris, c’est beau mais ce n’est pas son truc. La nature lui manque. Il fait un break aussi souvent que possible avec son amie Corinne. « J’ai un esprit indépendant. Pas au point d’être un vieil ours mais un bon dîner à la maison me branche plus que de traîner en boîte. Je viens d’une région où ski, nature et pêche participent à l’équilibre. »
Aussi doué en mécanique – son autre passion – qu’en bricolage dans les raquettes, Jean-Marc met le turbo à Levallois. Dans les années qui suivront, il ne confirmera jamais totalement. Sa carrière le mènera à Paris (1994-97), Cholet (1 an), Besançon (2 ans) et Angers (2 ans), en Pro B puis en Nationale 1. Médaillé d’argent au championnat du monde Espoirs 1993, il décrocha un deuxième titre de Pro A en 1997 avec le PSG Racing et une Coupe de France en 1998 avec Cholet. Il poursuivit sa carrière en amateurs, à La Séguinière (N3 puis N2), dans le Maine-et-Loire.

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