Étranger

Javier « Chicharito » Hernandez, le dernier trésor de MU

A 23 ans, l’attaquant mexicain fait déjà figure d’étalon à Manchester, où les places sont pourtant chères. Ou comment, en moins d’une saison, le petit diable rouge a gagné sa place au sommet du foot mondial.

Son transfert pour Manchester, c’était « Secret Story ». Loin des caméras. Ce n’était pas du tout dans les habitudes de Manchester United, pas vraiment répertorié parmi les clubs les plus cachotiers en matière de transferts. Oui mais voilà, Sir Alex Ferguson ne voulait pas le manquer. Surtout pas. Entre coup de foudre et coup de poker. Il y avait ces 29 buts en 79 rencontres avec Chivas, son club de toujours dans sa ville natale, Guadalajara. Là où il avait ouvert les yeux le 1er juin 1988, deux ans jour pour jour – ou presque – après le penalty décisif de Luis Fernandez contre le Brésil en quarts de finale de la Coupe du monde. Voilà pour les états de service. Totalement méconnu en Europe mais déjà « Chicharito ». Et pour cause : le nouveau chouchou d’Old Trafford est aussi le fils de Javier Hernandez Gutierrez, ancien international mexicain qui disputa le Mundial 1986 aux côtés des Quirarte, Negrete et Hugo Sanchez. Ils furent éliminés en quart de finale par l’Allemagne (0-0, 4 tirs au but à 1). Le padre était surnommé « Chicharo » (le pois) en raison de ses yeux verts. D’où « Chicharito » (petit pois). Héritage, quand tu nous tiens.
Et à part ça ? Arrivé à 9 ans au Chivas Guadalajara, il y signe son premier contrat professionnel à 15, malgré les réticences de Javier Hernandez père qui aurait préféré que le fiston privilégie les études. Rebelle, il en décida autrement. Et n’eut pas totalement tort. Dès ses premiers pas dans le monde des pros, la donne change. Il fait partie de la jeune génération en or du foot mexicain sacrée championne du monde des U18 au Pérou. Malheureusement, il assiste au couronnement de ses potes en spectateur. Blessé, il a dû déclarer forfait. Carlos Vela et Giovani Dos Santos pleurent de joie sur la pelouse, Javier sèche ses larmes en tribune, consolé par sa grand-mère qui a fait le déplacement avec lui. « Ton heure viendra », lui glisse-t-elle à l’oreille.

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Deux ans plus tard, pour le Mondial des U20, il prend sa chance, marque contre la Gambie au 1er tour mais le Mexique subit la loi de l’Argentine de Sergio Agüero, futurs champions, en quarts de finale. A-t-il déjà tapé dans l’œil de Sir Alex ? Toujours est-il que les scouts mancuniens ne vont plus le lâcher. Il y a là beaucoup de patience mais aussi la volonté de ne pas laisser échapper l’oisillon. La Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud va tout accélérer. En février, Jim Lawlor, scout en chef de MU, passe trois semaines au Mexique pour observer l’évolution du joyau. Son rapport, de nouveau positif, lance les grandes manœuvres. Début avril, Hernandez signe son contrat dont le montant, estimé à 10 millions d’euros, n’est pas officiellement révélé. Seuls le joueur et son père sont dans la confidence. Tout se règle en catimini. Il faut simplement que Javier obtienne son permis de travail.
L’opération « Secret Attaque » fonctionne : au Mexique comme en Angleterre, pendant plusieurs semaines, c’est « No comment ». Et pour cause, personne ne sait. Le 27 mai, le permis de travail est accordé. « Chicharito » débarque en Afrique du Sud avec le statut de futur « Red Devil ». Devant l’enthousiasme de Sir Alex, on se dit que le gamin promet quand même un minimum. « Je suis très heureux d’avoir trouvé un accord pour ce transfert. C’est un joueur très prometteur qui tient la grand forme, que ce soit avec Guadalajara ou avec la sélection du Mexique. Il va beaucoup nous apporter, j’en suis sûr. Je suis très pressé d’accueillir le premier joueur mexicain de l’histoire de Manchester. »

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La Coupe du monde sud-africaine dévoile une partie de son potentiel. Un contre supersonique, un duel gagné face à Hugo Lloris, une efficacité redoutable : son but plein de sang-froid inscrit contre les Bleus ressemble à une très incisive plaquette pub. En Afrique du Sud, il est chronométré à 19,98 m/h (32,15 km/h). C’est le joueur le plus rapide du Mondial. Mais le produit est déjà ferré aux crampons. Contrat blindé à MU. Le début de sa nouvelle vie.
Dès son premier match officiel, celui qui n’est au départ qu’une doublure pour le duo d’attaque Wayne Rooney-Dimitar Berbatov trouve le moyen de marquer. Manchester abat une première carte, 3-1 contre Chelsea. Dix-huitième victoire lors du Community Shield, traditionnelle ouverture de la saison anglaise. Sur un centre de Rooney, le ballon lui heurte la tête avant de finir sa course dans les filets. Comme dans un rêve. Un but gag qui symbolise presque à lui seul la saison qui commence. Elle sera marquéer par l’insolente réussite d’un gamin amoureux du jeu. Premier Mexicain à porter le maillot mancunien et très heureux d’y voir son surnom écrit dans le dos. « C’est une marque d’attention qui me touche énormément. Depuis que je suis arrivé, tout est constamment mis en œuvre pour que je me sente le mieux possible. »
A peine acteur, déjà oscarisé. « Chicharito » devait compléter l’effectif, il redéfinit le concept de l’adaptation en accéléré. A la sauce mexicaine. Enchaîne les bouts de match puis les matches. Prend de plus en plus de place dans l’effectif mancunien. Sur et en dehors du terrain, comme lorsqu’il se fend d’une comparaison aussi osée que virtuelle : « Rooney, c’est le parfait mélange de Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. »

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Très complémentaire d’un Wayne Rooney redevenu incisif, décisif et terriblement efficace, Hernandez a permis à l’icône d’Old Trafford de jouir d’une position nouvelle sur le terrain. Entre le 10 et le 9 et demi. Javier compensant dans ses déplacements. Même Sir Alex Ferguson doit se résoudre à l’évidence. Dimitar Berbatov, meilleur scoreur de Premier League (21 réalisations) après avoir enfilé les buts lors de la première moitié de saison, perd peu à peu sa place de titulaire aux avant-postes. Pire, lors de la finale de la Ligue des champions, le Bulgare n’est même pas sur la feuille. « Chicharito », lui, est titulaire. Du Community Shield à la finale de la C1, de Wembley à… Wembley, deux instantanés comme un raccourci de sa première saison anglaise. Celle de l’étonnante révélation d’un talent différent. Entre la vitesse supersonique et l’agilité technique. Entre le sens du but et l’intelligence des déplacements. Un vrai condensé de bonheur.
Déjà, la pépite est propriétaire du trophée Sir Matt Busby qui récompense le meilleur joueur de Manchester United élu par les fans. Un joyau qui arrache des figures de style à Wayne Rooney, c’est dire (voir par ailleurs). Ferguson l’a comparé à Ole Gunnar Solsjkaer en raison de sa bouille de fripon mais aussi à Gary Lineker, véritable légende vivante en Angleterre. « Il est comme Gary, qui n’a probablement jamais inscrit un beau but dans sa vie mais qui venait toujours marquer de la poitrine ou du tibia, en bonne position. »
Pelé, le Roi, y est allé lui aussi de sa petite dédicace en fin de saison dernière. « Pour moi, ça ne fait aucun doute, Javier Hernandez est un joueur très prometteur. J’ai vu certains de ses matches, il est fantastique. Il a un tel talent ! Il pourrait être le prochain Lionel Messi. »
A peine un an à MU. Et déjà, le Real Madrid venait aux nouvelles. Toujours poli, le board mancunien a adressé une fin de non-recevoir. Et Javier une déclaration d’amour à son nouveau nid douillet : « A partir de maintenant, j’ai une grande dette envers Sir Alex Ferguson. Je suis extrêmement motivé après une très grande saison avec Manchester. Je veux gagner de nombreux titres, rendre tout ce que je peux à l’équipe qui a ouvert ses portes pour moi. » Et diplomate avec ça.

Vu par Wayne Rooney
« Au départ, on pensait qu’il allait prendre son temps pour s’imposer et grandir en douceur. Mais son travail a payé d’entrée. C’est la recrue du siècle ! »

20 buts TTC
Sa première saison à Manchester a dépassé les attentes, les chiffres le prouvent.
20 buts dont 13 en Premier League et 4 en Ligue des champions
1 but toutes les 114 minutes en championnat
1 but toutes les 115 minutes en Ligue des champions

Javier Hernandez en short
■ Né le 1er juin 1988 à Guadalajara (Mexique)
■ 1,73 m, 62 kg
■ Attaquant
■ Roadbook : Chivas Guadalajara (2006-10), Manchester United (depuis 2010)
■ International A (Mexique). Première sélection : Mexique-Colombie (1-2) le 30 septembre 2009
■ Palmarès :
Champion d’Angleterre 2011
Vainqueur du Community Shield 2010 et 2011

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