Équipe de France

Italie-France 1994, le match d’après

Après le monumental raté de la qualification à la Coupe du monde 1994 et les horribles France-Israël puis France-Bulgarie, les Bleus sont au fond du gouffre. Mais ils vont, à travers ce match et avec un entraîneur provisoire, Aimé Jacquet, se reconstruire. Jusqu’à l’apothéose de 1998.

Le match de la mi-février 1994 devait, à l’origine, constituer une préparation pour la Coupe du monde du monde 1994 aux States. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. Retour quatre mois en arrière. Nous sommes dans l’automne tombant, en ce mois d’octobre 1993, et les feuilles commencent à se ramasser à la pelle. Les amours mortes aussi mais on ne le sait pas encore. L’équipe de France se trouve idéalement placée pour composter son billet pour la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis.
Après un parcours quasiment parfait, la formation emmenée par Gérard Houllier n’a plus besoin que d’un petit point pour entériner la chose avec, en plus, l’avantage de disputer ses deux derniers matches at home, au Parc des Princes, contre Israël puis face à la Bulgarie. Bon, OK, l’ambiance entre les Parisiens et les Marseillais, au sein du groupe, n’est pas top. Pas grave. Les Bleus ont leur destin entre leurs mains. Gérard Houllier, le sélectionneur, en est tellement convaincu qu’il demande, juste avant le fameux France-Israël, à ses dirigeants, un peu trop sûr de lui, d’être prolongé à la tête des Bleus jusqu’au Mondial 1998, organisé par la France.
Tout part bien dans ce France-Israël. A la mi-temps, les Tricolores mènent 2-1 et le speaker du Parc peut se permettre, à la pause-citron, de lancer le tube de Joe Dassin : « L’Amérique ». On vous met le son. « L’Amérique, je la veux et je l’aurai. L’Amérique, si c’est un rêve, je le saurai… » Sauf que l’histoire se termine en eau de boudin. En toute fin de rencontre, les visiteurs, par on ne sait quel miracle, inscrivent deux buts et s’imposent 3-2. Il y a, bien sûr, un peu de stupeur dans les yeux des supporters comme dans ceux des observateurs mais pas encore trop de craintes. Il reste un match et un point, toujours à glaner, au Parc des Princes. Tout semble si évident. Mais encore une fois, en toute fin de match, le scénario dérape. Alors qu’on atteint les arrêts de jeu, un diable bulgare nommé Emil Kostadinov s’en vient crucifier l’arrière-garde française, à la dernière seconde (défaite 1-2).
Le chaos qui s’en suit renvoie illico le président de la Fédé, Jean Fournet-Fayard, à ses chères études. Loin du foot. Idem pour Gérard Houllier. Jacques Georges assure l’intérim à la présidence. Tandis que les noms s’accumulent pour la succession à la tête de la sélection. Il est notamment question d’Arsène Wenger, de Guy Roux et de quelques autres. Finalement, dans le grand tohu-bohu, c’est l’ancien adjoint d’Houllier, Aimé Jacquet, qui est nommé « à titre provisoire » et le mot a son importance. Celui qui est entré à la DTN en 1991 avant, quelques mois plus tard, de devenir l’adjoint du boss est nommé par défaut. En attendant de trouver mieux. Aimé Jacquet, à ce moment, a été le coach de Bordeaux, longtemps en haut de l’affiche au plan national, avant de connaître moins de réussite à Montpellier puis Nancy. On l’a vu complètement anéanti au soir du fameux France-Bulgarie. Mais qui ne l’aurait pas été après ce scénario totalement improbable, inimaginable, effroyable ?
Il y a tout de même ce match à préparer contre la Squadra Azzurra qui, elle, n’a pas manqué la qualif’. L’état des lieux ? Il n’est pas terrible. D’abord, il faut jouer au stade San Paolo de Naples, en Italie quoi, où la France n’a plus gagné depuis… 1912 (victoire 4-3 à Turin). Vous avez bien lu, on en est, à ce moment, à 82 ans de disette de l’autre côté des Alpes. Depuis s’est étirée une série de neuf défaites et un nul. Ça les botte de nous botter les fesses dans leur Botte chérie, aux Ritals. Pour tout arranger, Jean-Pierre Papin, ulcéré par les sifflets qui ont accompagné sa dernière sortie au Parc, menace de prendre sa retraite internationale. Laurent Blanc et Franck Sauzée, également, en ont ras la casquette. Aucun des trois ne sera du voyage. Pas plus que Basile Boli, blessé et donc forfait. Bref, c’est un onze plutôt expérimental qui est aligné. Avec une équipe de départ qui atteint tout juste 12 sélections de moyenne. Grâce, surtout, à « Canto » et la Desch’ qui font remonter le niveau des capes.
D’un autre côté, le San Paolo ne ressemble pas, ce soir-là, à ce volcan incandescent qui déversait sa lave au rythme des exploits de son dieu Diego Maradona, quelques années auparavant. Ils ne sont que 17 000 dans une enceinte qui sonne tristement creux. Ça leur convient, à nos petits Français. Ils ne « complexent » même pas face aux géants italiens, emmenés par leur cohorte de Rossoneri milanais. Et ils osent, en plus. Juste avant la mi-temps, sur une mauvaise relance de Franco Baresi, David Ginola intercepte la balle, s’engouffre et voit l’appel côté gauche de Youri Djorkaeff qui reprend l’offrande d’un petit amour de l’exter’ du pied piqué et envoie Gianluca Pagliuca aux pâquerettes. 0-1, score final. Puisque la marque ne bougera plus. Le sélectionneur « provisoire » français est venu terrasser l’immense Arrigo Sacchi sur ses terres. Avec ses recettes à lui : défense de fer et réalisme offensif.
Un peu plus de quatre ans plus tard, avec plusieurs éléments de ce voyage en Italie (Marcel Desailly, Didier Deschamps, Youri Djorkaeff…), avec « Lolo » Blanc, finalement convaincu de revenir aux affaires, et un petit jeune prometteur, qui a enfilé la tenue bleue à l’été suivant – il s’appelle Zinédine Zidane -, la France se posera fièrement sur le toit du monde. Cela paraissait si peu réaliste, ce 16 février 1994…

Fiche technique
Le mercredi 16 février 1994
Match amical
Stade San Paolo de Naples
Italie-France 0-1 (0-1)
Arbitre : M. Merk (Allemagne)
Spectateurs : 17 241
But : Djorkaeff (45e)
Italie : Pagliuca – Benarrivo, Costacurta, Baresi (Minotti, 66e), Maldini – Eranio, Albertini, Evani, Stroppa (Cappiloli, 66e) – Casiraghi (Silenzi, 46e), Baggio.
Sélectionneur : Arrigo Sacchi.
France : Lama – Karembeu (Cyprien, 73e), Roche, Desailly (Martins, 90e), Di Meco – Gnako (Guérin, 53e), Deschamps, Djorkaeff, Le Guen – Cantona, Ginola.
Sélectionneur : Aimé Jacquet.

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