Équipe de France

Howard Carter, l’aigle des Pyrénées

Howard Carter signa une grosse saison senior chez les universitaires américains avant de connaître des débuts chaotiques en NBA. Son ami George Fisher, coach d’Orthez, le convainquit de traverser l’Atlantique. Bonne pioche : Carter devint l’un des meilleurs marqueurs de l’histoire du club béarnais.

« Les blessures auraient pu me coûter ma carrière. Tout le monde m’a soutenu. Je remercie ceux qui m’ont fait confiance. A Orthez comme à Châlons-en-Champagne. »
Mister Howard Carter est un gentleman. De la race des grands seigneurs. Le héros meurtri a tout connu. Pas une saison sans faire la Une des chroniques médicales. Le basket lui a beaucoup apporté mais son corps a souffert. Il ne regrette rien. Son père l’avait pourtant mis en garde. « Il jouait au football américain dans un college de Baton Rouge (Louisiane), où je suis né, explique Howard. Il voulait avoir un fils footballeur. Il m’a transmis la passion du sport. Lorsque j’ai choisi le basket, c’est ma mère qui a insisté pour que je continue à jouer. »
Imaginez Carter au foot US… Comme tous les kids américains, il tâte, goûte et apprécie le basket sur les playgrounds de son quartier, en Louisiane. A Baton Rouge, une ville qui fleure bon le temps passé. L’époque des Indiens ! Il a 10 ans et ne sait pas encore que ses tirs, ses dribbles et ses passes vont le mener aux quatre coins du monde. Howard joue. S’entraîne toute la journée. A l’école, sur les terrains libres. Papa Carter a cédé aux caprices du bambin. Tu as choisi le basket, fiston ? Tu vas en voir. Le soir, il l’emmène supporter LSU, la célèbre université locale. Le college de Pete Maravich, héros national. Howard écarquille les yeux. Il ne peut imaginer que plus tard, des gamins viendront l’admirer à leur tour.
Howard O’Neal (oui, oui, comme Shaquille) Carter prend son envol. Au sortir du lycée, la Redemptorist High School, il opte pour l’université du coin. Il a choisi son nid. Ce sera Louisiana State University. Là, l’aiglon prend rapidement de l’altitude. Les deux premières années se passent comme dans un rêve. « Nous avons atteint le Final Four NCAA en 1981 (ndlr : défaite 67-49 contre Indiana en demi-finales). J’avais 19 ans. C’était le début de la grande aventure. J’ai rencontré Indiana, Virginia, North Carolina… Je me frottais déjà à Isiah Thomas, Ralph Sampson et James Worthy. »
Que du beau monde. Howard doit finir sa scolarité. Pour le basket, ce ne sera pas vraiment le pied. Les aînés sont partis. Carter devient l’homme à tout faire de LSU. Il jouera même pivot ! Les Nuggets le choisissent en 15e position de la draft 1983 alors qu’il a bouclé son cursus (15.2 pts et 4.4 rbds sur 4 ans). Dès lors, l’aigle prend son envol. Il ne plane pas pour autant sur les montagnes du Colorado. Plus tard, Carter regardera cette époque avec regret. Au lieu de se surpasser au moment d’accéder à la NBA, Howard se laisse aller à l’euphorie et à un certain relâchement. « Ce n’était pas vraiment un manque de sérieux mais plutôt une ignorance des règles. Si ça arrivait aujourd’hui, je ne referais plus les mêmes erreurs. »
Il faut savoir se poser sur les cîmes de la NBA. Et surtout savoir redécoller. Sa saison rookie n’est pas négative : 55 matches, 12.5 minutes pour 6.2 points dans une formation emmenée par le trio Kiki Vandeweghe (29.4 pts)-Alex English (26.4 pts)-Dan Issel (19.8 pts). Mais Denver, 3e de la division Midwest (38-44), lui coupe les ailes. Direction Dallas le 3 août 1984. Au pays des cowboys, « l’Indien de Baton Rouge » ne parvient pas à s’imposer. Il dispute 11 matches sous les ordres de Dick Motta et boucle ses valises. Il a 23 ans. Sa carrière NBA est finie après une saison et trois mois… Direction les Philippines. L’enfer du Pacifique. Carter (1,94 m, 100 kg) joue avec des nains. Il est pivot. Rien ne va plus.

Coéquipier de Michael Jordan en 1981
L’oiseau a besoin de migrer. George Fisher, entraîneur d’un petit village gaulois depuis 1979, le contacte à ce moment-là. L’aigle américain rejoint son cousin des Pyrénées. George est là pour l’accueillir à l’aéroport de Pau ce 21 novembre 1985. Et lui acheter une paire de gants tant le climat est rude… Howard ne se pose pas de questions : Orthez, c’est petit, ça sent la campagne mais c’est sa chance.

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« Après quelques minutes passées à la Moutète (ndlr : salle historique du club), je me suis dit que je retournerais au college. Le niveau du basket que je découvrais me semblait être moins fort que celui des universités américaines. Mais je l’avoue, le niveau en France n’a cessé de progresser, surtout chez les joueurs tricolores. »
Howard savait que cela ne serait pas facile. Pour deux raisons : il fallait ne pas se laisser envahir par le sentiment de facilité, comme jadis, et surtout faire le point après ces quelques mois passés aux côtés des meilleurs joueurs du monde. Tirer un trait sur le passé tout en imposant ses acquis dans un nouveau milieu. Finalement, l’air des montagnes environnantes réussit à merveille à ce shooting guard très constant, doté d’une pureté de tir remarquable. Il ne cause pas beaucoup mais il flingue. Son amitié avec le président Pierre Seillant le comblera sur le plan humain. Le plus beau souvenir ? Le premier titre national remporté par Orthez en 1986 (il y en aura deux autres, en 87 et 92, plus deux Tournois des As). Premier exercice bouclé, aux côtés du meneur Freddy Hufnagel, avec une moyenne de 23 points.
Lorsqu’il ferme les yeux, penseur et un peu timide, Howard se repasse les images. II n’oublie pas l’aigle américain et le maillot étoilé. « J’ai été champion du monde. J’ai remporté l’Universiade d’été 1981 avec les USA à Bucarest. Dans I’équipe, il y avait Kevin Magee (ndlr : passé par le Paris Basket Racing), John Bagley (Boston), Fred Roberts (Milwaukee) et John Pinone (Estudiantes). On a tapé les Soviétiques en finale. L’année d’après, j’ai fait une tournée en Europe avec une sélection US des meilleurs joueurs universitaires. A mes côtés se trouvait Michael Jordan… »
De Michael Jordan à Didier Gadou, que de chemin parcouru ! A Pau, l’aigle a trouvé son nid. Il pouponne son fils Kerwin (il aura une fille, Kimberley), rêve de grands espaces et de conquêtes en attendant de couver lui-même, un jour, de petits aiglons. Victime d’une rupture du tendon d’Achille qui le laisse sur le carreau pendant un an, Carter quitte Orthez en 1990. Courte pige à Châlons-en-Champagne, en Nationale 2, titre et accession en Nationale 1B à la clé. Retour dans les Pyrénées-Atlantiques en 1991. Impliqué dans une affaire de drogue, il devra quitter la région en 1995. « La tête m’a dicté mon comportement mais mon cœur refusait qu’il parte, expliqua Pierre Seillant à « Libération ». Mais c’est ainsi… »
Deux fois All-Star, en 1987 et 95, Carter passa également une saison à Montpellier. Sa carrière s’acheva en Grèce en 1999. Naturalisé français, il compte 5 sélections sous le maillot tricolore. Il aura disputé 66 matches en NBA (5.3 pts) et inscrit 5 958 points pour Pau-Orthez en 334 matches (17.8 pts de moyenne).

Zdenko MARASOVIC et Fred LESMAYOUX / MONDIAL BASKET

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