Basket

Henning Harnisch, l’aigle allemand

Il joue toujours avec un bandana. Il est vif, talentueux et courageux. Henning Harnisch, trésor du basket allemand, rêvait de conquérir l’Europe avant de suivre les traces de son compatriote Detlef Schrempf en NBA. Vœu non exaucé…

C’est ce qui s’appelle un parcours exceptionnel. L’Allemagne a terminé à la 7e place des Jeux de Barcelone. Le basket d’outre-Rhin qui laissait tout le monde indifférent a vu sa cote d’amour grimper à une vitesse vertigineuse. Et sortir de l’ombre du football n’était pas chose facile. Avec l’apport du meilleur Européen de NBA, Detlef Schrempf, les Allemands se sont découvert un potentiel qui existait déjà à l’état physique, technique, mais sans le mental. Symbole de ce parcours admirable : Henning Harnisch (2,02 m, 93 kg), 24 ans, ailier rebondeur, défenseur intraitable, altruiste, du courage à revendre. Un joueur qui a subi un bizutage de star bien particulier durant le stage pré-olympique de la part de Schrempf.
« Il m’a mis minable. Il a piqué une crise de colère terrible… C’est normal : en NBA, tout est organisé avec soin, aucun détail n’est laissé au hasard. En Allemagne, on n’en avait rien à cirer du basket. Il a voulu claquer la porte. Pour lui, c’était comme passer du paradis à l’enfer en un trajet d’avion. On lui a dit que j’avais le potentiel pour faire la même carrière que lui. A l’entraînement, il voulait que je défende face à lui. Il me ridiculisait, j’en prenais plein la gueule. Ça faisait drôle venant de quelqu’un que je ne connaissais pas du tout auparavant. Mais au vu de notre résultat, il faut bien admettre qu’il a agi pour notre bien. Je rêvais d’aller en NBA, j’ai compris qu’il me manquait le physique. J’ai étendu mon registre auprès de lui et je suis devenu meilleur. »
Henning ne peut plus passer inaperçu. Avec son fameux bandana aux couleurs de son club (bleu-blanc ou rouge-blanc) et un sourire qui mêle sans distinction jovialité et bonheur, le petit écolier de Marbourg est devenu un basketteur heureux sur le parquet. « Le basket, je l’ai découvert à l’école à 12 ans. Mon frère jouait au volley. Entre lui et moi, c’était une compétition féroce. Chacun cherchait à être le meilleur dans sa discipline. Ma sœur nous regardait avec amusement. »
Surtout quand le repas familial tournait en analyse des performances de chacun. « Je suis né dans le nord de l’Allemagne, explique Henning. Mes parents étaient enseignants. Avec eux, les études étaient vraiment prioritaires. »

Champion d’Europe sur ses terres
De ce côté-là, pas de déception à avoir, le gamin affiche un potentiel intellectuel enviable. Cette réussite-là va changer le cours de sa vie. A 17 ans, i| traverse l’Atlantique pour la première fois et réside pendant une année complète chez les maîtres du basket.
« Je ne suis pas parti aux USA pour des raisons sportives. Je devais me perfectionner en anglais. Pour moi, le basket, c’était le fun avant tout. Mon jeu avait pris de l’ampleur en Allemagne. En Californie, j’ai goûté à la formation made in USA. Au bout de trois mois d’efforts intenses, j’ai intégré l’équipe de mon high school. Là, j’ai commencé à songer à une carrière de basketteur pro. »
Le retour au bercail ne peut pas passer inaperçu. Harnisch a fait des progrès énormes. C’est le nouveau trésor du basket allemand. Surtout quand il confirme en tant que leader de la Mannschaft au championnat d’Europe juniors en 1986, à l’âge de 18 ans. Sa crinière blonde, qui sème le vent de l’espoir sur les parquets du petit club de Giessen, attise aussi Ies convoitises – plus alléchantes – des gros minets de la Bundesliga.
« Pour mes parents, il était hors de question que j’arrête mes études. J’ai passé les examens pour aller à l’université faire des sciences sociales et politiques. Naturellement, mon choix s’est porté sur Leverkusen. Le Bayer était le meilleur club du pays. J’ai signé en 1988 après trois saisons à Giessen. »
C’est bien connu, on ne prête qu’aux riches. Son talent et ses dunks spectaculaires qui lui valent le surnom « Flying Henning » vont permettre d’ajouter sept autres titres de champion – consécutifs ! – et quatre Coupes d’Allemagne dans la salle des trophées des nantis du Bayer. Et surtout confirmer la nouvelle envolée du basket allemand, symbolisée par une médaille d’or lors du championnat d’Europe 1993 organisé outre-Rhin. En finale, les coéquipiers de Christian Welp, coachés par Svetislav Pesic, dominèrent la Russie 71-70.
« Si on s’impose en Europe, j’aurai plus de chances de partir à l’étranger. En Italie ou en Espagne d’abord. Mais pourquoi pas Paris ? Je connais bien la ville, j’y allais souvent, ma copine était étudiante là-bas. »
Pas de voyage en France. Pas plus dans la Botte ou dans la péninsule ibérique. Et encore moins en NBA. Non, Henning Harnisch n’imitera pas son compatriote Detlef Schrempf. En 1996, à 28 ans, il rejoignit l’Alba Berlin où il disputa deux saisons. Un club dont il dirige aujourd’hui les opérations basket. Il y décrocha deux nouveaux titres de champion d’Allemagne. De 1990 à 1998, Harnisch fut toujours couronné… Cette série de neuf sacres demeure un record.

Constant Némalé / MONDIAL BASKET

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