Basket

Hakeem Olajuwon, shake your body !

Hakeem Olajuwon est un pivot tout droit sorti d’un rêve. De son passé de footballeur, il a gardé une variété de feintes infinie et un jeu de jambes étourdissant. Son « Dream shake » aura raison des meilleurs intérieurs de la décennie 90. En 1994, il fut élu Défenseur de l’année, MVP de la saison régulière et MVP des Finales, exploit jamais réalisé ni réédité depuis.

Nous sommes en 1978, au Festival du Sport de Sokoto, à quelques kilomètres de Lagos, capitale du Nigeria. Quelques enfants jouent au volley et au basket, la plupart disputent des matches de foot. L’un d’entre eux s’amuse au hand et comme gardien de but au soccer. Un étudiant remarque cet élève qui dépasse la mêlée de quelques centimètres. L’étudiant-scout verrait bien ce joueur très particulier dans son équipe de basket au lycée. Il va voir le coach de l’équipe de hand pour le convaincre du bien-fondé de sa démarche. Une superstar de la balle orange est née. Deux ans plus tard, le prodige fera son apparition dans l’équipe du Nigeria au cours des Jeux africains. Le phénomène est enrôlé par l’université de Houston. Olajuwon se prénomme alors Akeem Abdul. Ce n’est qu’en mars 1991 qu’il deviendra Hakeem.
Fils de Salaam, un businessman qui fit fortune à Lagos, et Abike, Olajuwon a grandi confortablement, entouré de ses quatre frères et de sa grande sœur. Quand il commença le basket à 15 ans, il avait faim. Faim de reconnaissance et de titres. « Déjà au Nigeria, je détestais perdre et ce, quel que soit le sport. J’entrais dans des colères noires. »
Akeem signifie « Docteur » et Olajuwon « Vers les sommets ». Il parle anglais, français et quatre dialectes nigérians. Avant de se donner à fond pour la grosse balle orange, le hand et le foot étaient ses sports préférés (c’est un ami personnel de Peter Rufai, gardien des « Super Eagles » pour les Coupes du monde 1994 et 98, né comme lui en 1963). La légende veut que Hakeem soit arrivé outre-Atlantique avec en poche un peu d’argent et un billet retour. Premier arrêt : New York. « Quand je suis sorti de l’aéroport et que j’ai senti le froid, j’ai fait demi-tour et j’ai pris un avion pour Houston. »
Arrivé dans le Texas, Hakeem appelle Guy Lewis, le vieil entraîneur de l’université. La rencontre entre le patriarche du Sud et le jeune Africain parlant anglais comme Elisabeth II va changer la face du basket universitaire US. Au college, Hakeem étudie l’art, l’architecture et le design.

Le gang des smasheurs fous
La carrière d’Olajuwon en NCAA est étroitement liée à celle de Clyde Drexler. Après une année d’apprentissage, Hakeem explose, bien soutenu par celui que l’on surnommera « The Glide » (le Planeur) et Michael Young. Avec ce trio, les matches deviennent une compétition de deux heures faite de courses et de sauts. On les surnomme les « Phi Slama Jama » (la confrérie des smasheurs). Pendant trois saisons, les Cougars atteignent le Final Four. En 1982, les « Tar Heels » James Worthy et Michael Jordan sont leurs premiers bourreaux. En 1983, Hakeem est désigné Most Oustanding Player mais c’est N.C. State qui s’empare du titre. En 1984, les Cougars sont battus en finale par le Georgetown de Patrick Ewing. La draft couronne Olajuwon, retenu en 1ère position. Aucun frais de dépla­cement : ce sont les Rockets qui mettent la main sur cette force intérieure de 2,13 m.

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Aucune phase d’apprentissage pour le centre texan qui clôt sa première saison chez les pros avec 20.6 points et 11.9 rebonds de moyenne. Olajuwon joue aux côtés d’une autre force brute, Ralph Sampson (en photo), qui culmine à plus de 2,20 m. Les Rockets troquent un 29-53 contre un 48-34. En 1986, Houston sort les Lakers en finale de Conférence Ouest et gagne le droit de défier les Celtics de Larry Bird, Kevin McHale et Robert Parish. L’échec (4-2) est relatif car l’avenir est censé appartenir aux Rockets. Mais il ne faut pas croire que tout fut rose. Emporté par sa fougue et sa rage de vaincre, Olajuwon ne sut pas toujours traiter ses partenaires avec respect. Le loup pouvait parfois devenir un prince irri­table et irritant.
Sampson parti à Golden State, l’ex-Cougar prend le leadership. Dès le printemps 1987, Hakeem inscrivit son nom dans la meilleure équipe de la Ligue comme dans la plus défensive. Le pivot des Rockets est un redoutable scoreur mais aussi un formi­dable rebondeur, contreur et intercepteur. Il possède toute une panoplie de moves offensifs fabuleux, plus subtils les uns que les autres, avec un toucher de balle unique. Olajuwon multiplie les feintes dos au panier et possède la capacité de se retourner en un éclair pour mettre ses adversaires dans le vent. Les deux pieds collés au sol, c’est un modèle pour tous les pivots qui veulent progresser poste bas. Dans un match contre les Bucks, il réussira un quadruple-double (18 pts, 16 rbds, 10 pds, 11 cts).
Le Nigérian (pas encore Américain) est un véritable colosse mais son cœur est fragile. En 1992, il doit rester au repos une dizaine de matches en raison de battements irréguliers. On craint le pire pour le géant et surtout pour les Rockets qui n’ont encore jamais atteint le 7e ciel. Ils en sont même loin : de 1988 à 92, malgré un Ola­juwon au top, Houston n’a jamais passé un tour de playoffs. Le n°34 estime que l’on n’a pas bâti une équipe à la hauteur de son talent. En mars 1992, le torchon brûle. Olajuwon refuse de se mettre en tenue. Il affirme souffrir d’une élongation à la cuisse. Verdict des médecins du club : c’est du pipeau. Le ton monte. Hakeem annonce qu’il ne veut plus jouer à Houston et demande à être transféré. Après une rencontre avec le propriétaire Charlie Thomas, il finit par se raviser.

Le déclic Rudy T.
La saison 1992-93 marque un tournant. Avec un jeune coach, Rudy Tomjanovich, qui prône la défense et l’émulation autour du totem Hakeem, les Rockets associent vaillance et panache. Le 2 avril 1993, Olajuwon devient citoyen américain. Cela fait douze ans qu’il réside au pays de l’Oncle Sam. Charles Barkley, élu MVP de la saison, est talonné par le centre des Rockets qui cumule plus de 26 points, 13 rebonds et 4.2 contres par match. Il doit se contenter d’un premier titre de Défenseur de l’année qui témoigne assez mal de son rendement. Olajuwon devient « Hakeem the Dream ». Si en 1993, les Rockets sont battus par le Seattle de Gary Payton et Shawn Kemp dans un Game 7 en demi-finales de Conférence, la consécration est proche. Inéluctable.

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New York en fait les frais au printemps 1994. Patrick Ewing ne peut tenir le choc face au titan qui tourne à 26.9 points, 9.1 rebonds et 3.9 contres en Finales. Olajuwon a survolé la saison de bout en bout. Le pivot des Rockets joue comme un ailier virevoltant. Il feinte, pé­nètre, danse avec le ballon. Soir après soir, Olajuwon a prouvé qu’une classe le séparait du pivot des Knicks, son bourreau dans la finale universi­taire 1984. Sur la série, « The Dream » a tourné à 26.9 points à 50% contre 18.9 points à 36.3% pour « The Beast ».
A 31 ans, Hakeem est au sommet de son art. Il fait main basse sur les trophées de MVP, MVP des Finales et Défenseur de l’année, exploit jamais réalisé ni réédité. Olajuwon n’est pas seulement un aspirateur à rebonds et une machine à contrer, c’est aussi un intercepteur redoutable (seul centre dans le Top 10 des steals en carrière). Et surtout, c’est un attaquant prodigieux, qui se déplace à la vitesse de l’éclair et qui réalise toujours le geste parfait. Son passé de footballeur lui a donné une variété de feintes infinie et un jeu de jambes étourdissant. Son jeu dos au panier, tout en fakes et spin moves – le « Dream shake » -, est un modèle du genre. Meilleur intérieur de la décennie 90, Hakeem surclassera tous ses rivaux (Shaquille O’Neal, David Robinson, Pat Ewing).
En 1994-95, Olajuwon tutoie toujours les étoiles mais David Robinson est élu MVP de la Ligue pour avoir offert à San Antonio le record de victoires en saison régulière. Lorsque les Rockets déboulent en playoffs, ils sont seulement 6es de la Western Conference. Un back-to-back semble plus qu’hypothétique. Sauf qu’« il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’un champion », comme l’expliquera Rudy T. Clyde Drexler ressuscite. Hakeem Olajuwon a des comptes à régler avec David Robinson. Houston retrouve l’œil du tigre. Face aux Spurs en finale de Conférence, Olajuwon tourne à 35.3 points. « L’Amiral » est largué (25.5 pts) puis anéanti. En Finales, Hakeem doit démonter un autre « big man », un jeunot du nom de Shaquille O’Neal qui commence à faire régner la terreur dans les raquettes. Il lui met plus de 32 points et 11 rebonds sur la tête. Et puis Nick Anderson passe par là… Sweep retentissant. Houston conserve son bien.

Comme Magic, Bird et Jordan, il a créé son propre style
Homme de foi, fervent pratiquant, Hakeem Olajuwon explique que sa croyance en l’islam a été un puits de ressources extraordinaire pour sa réussite sportive. Il se réveillait tous les matins à 5 h 30 pour sa première prière quotidienne et faisait des références permanentes à Allah. « Le basket ne contrôle pas mon bonheur. Mon bonheur est avec Dieu. Même en déplacement, j’ai toujours mon tapis de prière et une boussole pour trouver la direction de la Mecque. Grâce à l’islam, je suis un homme en paix. »
Olajuwon passera encore six ans dans le Texas avec des fortunes diverses malgré les arrivées de Charles Barkley et Scottie Pippen. Les blessures, le déclin d’une équipe vieillissante et la montée en puissance des Spurs et des Lakers auront raison des Rockets. Il terminera sa carrière à Toronto. Pour beaucoup d’observateurs américains, Olajuwon est de la même veine que Jordan, Bird ou Magic : il a créé son propre style et son jeu a réellement influencé la Ligue. Champion olympique avec la Dream Team II à Atlanta, Hakeem a vu son n°34 retiré par les Rockets en novembre 2002. Un an plus tard, sa statue dominait l’esplanade principale de l’actuel Toyota Center.
Le plus bel hommage fut peut-être rendu par Leslie Alexander. Le propriétaire des Rockets déclara que la franchise ne regrettait pas d’avoir drafté Olajuwon plutôt que Michael Jordan. Larry Bird déclara un jour : « Mike est le meilleur mais pour construire une véritable équipe, je préfère Hakeem. »
« Sa Majesté » elle-même faisait de ce dernier le pivot idéal pour bâtir un cinq.

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